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France : féminisme et mouvement de libération

vendredi 2 juillet 2010, par siawi2

Source : l’humanté, 29 juin 2010

Berty Albrecht « Une figure du féminisme et du futur Mouvement de libération française  »

29/06/2010

portraits de résistants

Par Michel Dreyfus, historien, directeur de recherche au CNRS

Née Berty Wild àMarseille en 1893, Berty Albrecht a joué un rôle déterminant tant pour les droits de la femme qu’au sein de la direction du mouvement Combat pendant la Résistance.

Issue d’une famille de la haute bourgeoisie protestante d’origine suisse, Berty Wild semblait destinée àune existence paisible. Elle fit ses études secondaires àMarseille et àLausanne puis prépara un diplôme d’infirmière, qu’elle obtint en 1912. Elle partit alors pour Londres, où elle fut surveillante dans une pension de jeunes filles. Puis elle revint àMarseille au début de la Première Guerre mondiale et elle travailla pour la Croix-Rouge dans plusieurs hôpitaux militaires. Elle rencontra le banquier néerlandais Frédéric Albrecht, qu’elle épousa en 1918 ; le couple, qui devait avoir deux enfants, vécut d’abord aux Pays-Bas puis àLondres àpartir de 1924. Là, Berty Albrecht se lia aux féministes britanniques et se passionna pour la lutte des femmes : elle y découvrit le mouvement pour le contrôle des naissances, le Birth Control.

Séparée ensuite de son époux, elle vécut seule àParis àpartir de 1932. Elle se lia alors avec Victor Basch, qui était professeur àla Sorbonne et président de la Ligue des droits de l’homme. Berty Albrecht commença àmiliter pour la cause des femmes et, en 1933, elle mit sur pied une revue trimestrielle, le Problème sexuel, dans laquelle elle défendit la liberté de contraception et de l’avortement. Rappelons qu’àcette date, les Françaises étaient considérées comme des citoyennes de seconde zone puisqu’elles ne disposaient pas du droit de vote : il ne devait pas leur être accordé avant 1944. En 1936, Berty Albrecht suivit les cours de l’École des surintendantes d’usine puis, devenue assistante sociale, elle exerça son nouveau métier dans une fabrique d’instruments d’optique. En 1940, elle était surintendante aux usines Fulmen de Clichy et de Vierzon.

Sensibilisée très tôt par la montée du nazisme, Berty Albrecht avait accueilli dès 1933 dans sa villa de Sainte-Maxime les réfugiés allemands qui fuyaient le régime hitlérien. C’est dans ce cadre qu’elle fit la connaissance d’un jeune capitaine, Henri Frenay, qui devait jouer un rôle de premier plan dans la Résistance. Henri Frenay fut subjugué par cette femme exceptionnelle.
Après la défaite de la France, Berty Albrecht retrouva Henri Frenay en décembre 1940 àVichy. Elle participa alors avec lui àla constitution du Mouvement de libération nationale, futur Mouvement de libération française.

Tout d’abord, Berty Albrecht et Henri Frenay rassemblèrent des informations sur les premiers actes de Résistance et ils les publièrent àpartir de mai 1941 dans un bulletin que Berty Albrecht dactylographiait elle-même. Fin 1941, Berty Albrecht et Henri Frenay reconnurent, non sans réserves, le général de Gaulle comme symbole et dirigeant de la Résistance. Henri Frenay se détacha alors peu àpeu de la Révolution nationale que, de son côté, Berty Albrecht avait toujours rejetée. Tous deux publièrent plusieurs revues clandestines : Bulletin d’information et de propagande, les Petites Ailes de France puis Vérités et enfin Combat. Le mouvement prit alors le nom de Combat.

à partir de 1941, Berty Albrecht travailla au Commissariat au chômage àVilleurbanne, près de Lyon. Elle organisait le service social, qui aidait les personnes emprisonnées et leurs familles. C’est làqu’elle se lia avec un imprimeur, Martinet, qui tira les Petites Ailes entre 2 000 et 3 000 exemplaires, puis que, àpartir de septembre 1941, elle publia Vérités. Mais devenue fonctionnaire de l’État français dans le cadre de son nouveau travail, Berty Albrecht était étroitement surveillée par la police française et sans doute par les services allemands

Devenue codirigeante, avec Henri Frenay, du mouvement Combat et responsable de son service social, Berty Albrecht fut arrêtée en janvier 1942 ; relâchée, elle fut ànouveau arrêtée et internée àVals-les-Bains. Elle entreprit alors une grève de la faim, ce qui entraîna son transfert àl’hôpital d’Aubenas, puis en octobre àla prison Saint-Joseph, àLyon. Simulant alors la folie, elle fut placée en novembre 1942 àl’asile du Vinatier, près de Lyon, d’où elle fut libérée par un commando de Combat. Elle refusa ensuite de partir àLondres et reprit son action clandestine dans la Résistance.

L’invasion de la zone libre par les Allemands rendit sa situation encore plus difficile. Capturée par la Gestapo le 28 mai 1943 àCluny, elle fut aussitôt transférée dans la prison de Fresnes, où elle se donna la mort. Son corps fut retrouvé dans le cimetière de la prison en mai 1945. Son corps repose dans la crypte du Mémorial de la France combattante au mont Valérien où, avec Renée Lévy, elle est la seule femme ày avoir été inhumée. Enfin, Berty Albrecht est l’une des six femmes compagnon de la Libération. Comme le disent Laurent Douzou et Dominique Veillon dans la notice qu’ils lui ont consacrée dans le Dictionnaire historique de la Résistance (Éditions Robert Laffont, collection Bouquins, 2006, page 344), cette « figure du féminisme s’engagea très tôt dans la défense des droits de la femme avant de jouer un rôle déterminant àla direction du mouvement Combat pendant la Résistance  ».

(*) Coauteur du livre Le Siècle des communismes, éditions Points, 790 pages, 12,50 euros.