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Acharnement contre Julian Assange

dimanche 20 octobre 2019, par siawi3

Source : https://www.monde-diplomatique.fr/2018/12/HALIMI/59366

Décembre 2018, page 1

Pour Julian Assange

par Serge Halimi

Fier comme Artaban, souriant, entouré d’une cinquantaine de photographes et de cadreurs, Jim Acosta a opéré, le 16 novembre dernier, son retour en fanfare àla Maison Blanche. Quelques jours plus tôt, il avait perdu son accréditation de correspondant de Cable News Network (CNN), mais la justice américaine a obligé le président Donald Trump àannuler la sanction. « C’était un test, et nous l’avons passé avec succès, a fanfaronné Acosta. Les journalistes doivent savoir que, dans ce pays, la liberté de la presse est sacrée, et qu’ils sont protégés par la Constitution [pour] enquêter sur ce que font nos gouvernants et nos dirigeants.  » Fondu enchaîné, musique, happy end…

Réfugié depuis six ans àl’ambassade d’Équateur àLondres, M. Julian Assange n’a sans doute pas pu suivre en direct sur CNN un dénouement aussi émouvant. Car son existence àlui ressemble àcelle d’un prisonnier. Interdiction de sortir, sous peine d’être arrêté par les autorités britanniques, puis, sans doute, extradé vers les États-Unis ; communications réduites et brimades de toutes sortes depuis que, pour complaire àWashington, le président équatorien Lenín Moreno a résolu de durcir les conditions de séjour de son « hôte  » (lire « En Équateur, le néolibéralisme par surprise  »).

La détention de M. Assange ainsi que la menace de quelques dizaines d’années de prison dans un pénitencier américain (en 2010, M. Trump avait souhaité qu’il soit excharécuté) doivent tout au site d’information qu’il a fondé. WikiLeaks est àl’origine des principales révélations qui ont indisposé les puissants de ce monde depuis une dizaine d’années : images des crimes de guerre américains en Afghanistan et en Irak, espionnage industriel des États-Unis, comptes secrets aux îles Caïmans. La dictature du président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali fut ébranlée par la divulgation d’une communication secrète du département d’État américain qualifiant cette kleptocratie amie de Washington de « régime sclérosé  » et de « quasi-mafia  ». C’est également WikiLeaks qui révéla que deux dirigeants socialistes français, MM. François Hollande et Pierre Moscovici, s’étaient rendus, le 8 juin 2006, àl’ambassade des États-Unis àParis pour y regretter la vigueur de l’opposition du président Jacques Chirac àl’invasion de l’Irak.

Mais ce que la « gauche  » pardonne moins que tout àM. Assange, c’est la publication par son site des courriels piratés de la campagne de Mme Hillary Clinton. Estimant que cette affaire a favorisé les desseins russes et l’élection de M. Trump, elle oublie que WikiLeaks a alors dévoilé les manÅ“uvres de la candidate démocrate pour saboter la campagne de M. Bernie Sanders durant les primaires de leur parti. À l’époque, les médias du monde entier ne s’étaient pas privés de reprendre ces informations, comme ils l’avaient fait pour les précédentes, sans pour autant que leurs directeurs de publication soient assimilés àdes espions étrangers et menacés de prison.

A Ainsi, sur la chaîne MSNBC, l’animateur-vedette Christopher Matthews, ancien cacique du Parti démocrate, n’a pas hésité àsuggérer que les services secrets américains devraient « agir àl’israélienne et enlever Assange  »â€¦

Serge Halimi