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Algérie : La mémoire des années sous la botte intégriste- une lutte contre l’oubli

lundi 11 novembre 2019, par siawi3

Source : https://www.lesoirdalgerie.com/soit-dit-en-passant/memoire-et-transmission-en-parallele-33058

Mémoire et transmission en parallèle

par Malika Boussouf

le 05.11.2019

Au lendemain de la somptueuse marche du 1er Novembre, l’association Djazaïrouna des familles victimes du terrorisme islamiste organisait, pour la quatrième année consécutive, deux journées consacrées à la mémoire. Se sont rencontrées, à l’occasion, victimes directes et indirectes, mais toutes concernées par une lutte contre l’oubli. Un engagement qui se justifie et dit clairement sa raison d’être depuis que Bouteflika a décidé de banaliser les crimes commis par le terrorisme islamiste et d’insulter le drame qui a ébranlé le pays dans son ensemble.

Les uns et les autres ont répondu à l’appel de l’association et de sa présidente, Cherifa Kheddar, dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne ménage jamais aucun effort pour réunir ceux qui s’interrogent sur les notions de mémoire et de transmission et travaillent sur les blessures profondes qui empêchent d’aller vite lorsqu’il faut impérativement consigner la douleur et la tragédie en question. Exprimer les sentiments qui en découlent par écrit, à travers un film, une peinture, une pièce de théâtre ou sous couvert d’une tout autre réalisation. Ce que je retiens de ces journées, c’est qu’à chaque nouvelle édition, ce sont des personnes différentes qui se réunissent pour en débattre et partager les résultats de travaux consacrés aux faits qui ont marqué la décennie rouge. Ni les raisons multiples à l’origine de ces rencontres ni le thème choisi pour conduire le débat n’entament la volonté de briser le silence imposé.

Les personnes présentes sont là parce qu’elles estiment impensable de céder au scepticisme ou de faire la part belle à une loi qui interdit à une victime d’aspirer à une quelconque réparation. Se bouscule, inévitablement, le ressentiment à l’égard des fossoyeurs des droits et d’un système autiste. Sourd pour des raisons qui renforcent le cynisme de ceux qui squattent le sommet de la pyramide. Heureusement, le dépit est, pour un temps, anéanti par le fait de se raconter, de parler d’avenir possible et de lumière au terme de l’attente.

Difficile, très difficile, de reproduire la colère et les blessures des survivants qui portent en eux autant de mutilations.

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Source : https://www.lesoirdalgerie.com/soit-dit-en-passant/quand-la-memoire-fait-defaut-33115

Quand la mémoire fait défaut !

par Malika Boussouf

le 06.11.2019 , 11h00

Un jour, quelqu’un m’a dit qu’il se sentait coupable d’avoir survécu aux siens ! C’est dans une atmosphère à cheval entre la révolution (et pas le Hirak, insistera une dame pour laquelle j’ai une admiration, un respect et une tendresse infinis) et le travail au profit d’une mémoire blessée qui réclame que l’on œuvre à sa préservation, que se consignent les témoignages bouleversants de victimes toujours en quête de moyens qui leur permettraient de faire le deuil de leurs disparus.

J’ai parlé, hier, des 4es Assises de la mémoire organisées par l’association Djazaïrouna des familles victimes du terrorisme. Le réconfort vient du fait que tout ne soit pas enseveli et que des Algériens refusent de céder aux injonctions écrites ou de tourner la page sur une tragédie qui n’a pas dit ce qu’il faudrait lui consacrer pour oublier l’horreur, si tant est qu’il soit possible de le faire.

« La mémoire, c’est dans 40 ans que l’on pourra en parler en tant que telle. Pour l’instant, on est encore dedans parce que c’est trop frais. » l’auteure de cette réflexion est cinéaste, elle-même famille de victime.

Alors, si tel est le cas, comment faire pour ne pas que nous échappe le récit authentique et qu’il ne soit pas remplacé par de vagues réminiscences ? Il faut tout consigner tant que c’est encore frais et possible de le faire avec l’émotion que cela instruit. Il a, aussi, beaucoup été question de deuil.
Les personnes présentes à la rencontre se sont demandé si une approche de ce dernier était possible. Comment l’envisager quand le corps n’a jamais été retrouvé ? Quand il n’y a pas de sépulture qui permette de dérouler l’histoire, d’aller à la rencontre du passé et d’intégrer ce dernier dans ce qui contribuerait à un début d’apaisement ? Quelqu’un d’autre a évoqué l’espoir que bien des survivants cultivent. Celui de voir réapparaître un proche porté disparu. Et à Cherifa Kheddar, la présidente de Djazaïrouna, de citer le cas de cette femme qui lui a, un jour, parlé de son malaise à ce propos. « J’ai peur de dire à mes enfants que leur père va revenir et qu’il ne revienne jamais ou de leur affirmer qu’il est mort et qu’il réapparaisse un jour » !

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Source : https://www.lesoirdalgerie.com/soit-dit-en-passant/pourquoi-il-est-important-de-temoigner-33226

Pourquoi il est important de témoigner

par Malika Boussouf

le 09.11.2019 , 11h00

Lorsque l’on parle de victimes du terrorisme, on évoque le plus souvent des personnes connues. L’injustice consiste à ne jamais évoquer les anonymes. Ils sont triplement victimes ; ils sont tués trois fois. Par les terroristes, par ceux qui négligent d’en parler et par ceux qui ordonnent de tourner la page sur la tragédie qui les a emportés en les plongeant dans un deuil permanent.
Des assises de la mémoire ! Il fallait penser à en organiser et ne plus se contenter d’y faire seulement allusion. Ceux qui y participent réalisent, à chaque rendez-vous organisé par l’association Djazaïrouna, combien pareilles rencontres participent à lever le voile sur l’horreur. Elles permettent à des victimes d’intervenir, de se réapproprier la parole et de raconter les mutilations héritées de la barbarie intégriste, mais aussi à celles et ceux (écrivains, cinéastes, peintres, médecins, juristes, sociologues, psychologues et autres acteurs de la société civile) qui s’y intéressent et travaillent dans ce sens de rappeler en quoi il est important de le faire sur la base des témoignages recueillis.

La violence des récits aide à mieux comprendre le drame dans ce qu’il a eu de plus anxiogène. Combattre psychologiquement la lassitude qui s’empare des victimes et qui devient perceptible dès lors qu’un survivant se raconte spontanément, comme pour se délester d’un poids qui l’enferme, dans cette maudite déprime dont tous se revendiquent et que tous décrivent avec les mêmes sanglots dans la voix.

Le dépit est le même quand tous parlent d’injustice et du sort que l’on persiste à leur faire. Comme celui de leur dénier le statut de victime du terrorisme. Lorsque la mémoire porte en elle autant de blessures, il faut en panser les effets.

Quelle réparation possible à la violence vécue et comment empêcher ceux dont c’est la mission inavouée de déposséder les autres d’une transmission indispensable à une société qui peine à progresser ? Il y aurait tant à dire à ce propos. A défaut d’y consacrer plus d’intérêt et plus de temps, rien n’interdit de réfléchir aux compétences les mieux habilitées à protéger ladite mémoire de toute manipulation.

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