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Égypte : « Beaucoup d’athées ont été jetés en prison pour blasphème »

jeudi 5 décembre 2019, par siawi3

Source : https://www.lepoint.fr/societe/egypte-beaucoup-d-athees-ont-ete-jetes-en-prison-pour-blaspheme-05-12-2019-2351512_23.php

Société
Égypte : « Beaucoup d’athées ont été jetés en prison pour blasphème »

INTERVIEW. Ancien salafiste devenu figure de l’athéisme, le blogueur égyptien Ahmed Harkan est interdit de sortie du territoire. Il est en grève de la faim.

Propos recueillis par Clément Pétreault et Omar Youssef Souleimane

Publié le 05/12/2019 à 09:00 | Le Point.fr

Il s’appelle Ahmed Harkan et est âgé de 36 ans. Ancien salafiste devenu apostat, ce blogueur égyptien se bat pour le droit à l’athéisme. Il est en grève de la faim depuis le 30 octobre. Alors qu’il devait se rendre en Tunisie pour se marier, il a été empêché de sortir du territoire. C’est la troisième fois qu’il tente de quitter l’Égypte, sans succès, depuis 2016. Cette interdiction de voyager ne lui a été signifiée par aucune autorité administrative ou judiciaire. Ce sont, d’après lui, son engagement d’athée et son droit à mener une vie libre qui sont visés par cette restriction de liberté arbitraire. Son état de santé se dégrade et une pétition internationale a été lancée. Nous avons voulu comprendre son combat et la difficulté de porter une parole athée en Égypte.

Interview.

Le Point : Tout d’abord, comment allez-vous ?

Ahmed Harkan : Mon état de santé se détèriore très vite. Après mes deux premières semaines de grève de faim, mes proches ont voulu m’hospitaliser. Mais quand on m’a amené à l’hôpital, un agent de la sécurité nationale est venu me dire que si je continuais ma grève de la faim, je serais poursuivi pour « blocage du fonctionnement d’un service public ». Je suis donc ressorti de l’hôpital sans avoir été hospitalisé. Un de mes reins a arrêté de fonctionner. Sur le plan juridique, je n’ai aucune décision du tribunal qui me notifie une interdiction de voyager et aucun antécédent judiciaire. J’attends simplement qu’on me laisse partir pour me marier, d’autant plus que j’ai un visa valide.

Avant d’être athée, vous avez été salafiste… Pouvez-vous nous raconter ?

Je viens d’une famille modeste. Mon père qui était salafiste m’a forcé à étudier le Coran et la Charia dans une école religieuse. Je suis devenu imam d’une mosquée avec un diplôme d’études approfondies dans les courants islamiques. J’ai vécu en Arabie saoudite, pays qui adhère au courant de Mohammed Abdel Wahab, j’ai donc étudié ses livres et ceux qui composent son mouvement. Le mouvement salafiste était très radical et ne reconnaissait pas la légitimité d’autres mouvements islamiques. Ce conflit permanent entre tous les mouvements islamiques est d’ailleurs l’une des raisons qui m’a mis sur la voie de l’athéisme.

Comment êtes-vous devenu athée ?

En 2010, j’ai commencé à douter de tout ce que j’avais pu apprendre à propos de ma religion. J’ai constaté qu’il y avait tellement de choses contradictoires dans le Coran… Il y avait aussi ces versets qui incitaient à la haine. Après une longue réflexion, je suis arrivé à la conclusion que cette religion n’est que l’invention d’une personne appelée Mohammed. Par la suite, j’ai annoncé mon athéisme à ma famille et à mon entourage. J’étais devenu athée. Mon histoire s’est propagée dans tous les médias égyptiens.

Votre vie de salafiste était-elle plus facile que votre vie d’athée ?

En général, les salafistes sont respectés en Égypte et n’ont pas de problèmes avec la police. La situation est très différente pour les athées. Beaucoup d’athées ont été jetés en prison après avoir été inculpés de blasphème ou diffamation de la religion. En vérité, personne n’ose rendre son athéisme public, car une société qui applique la loi islamique estime qu’il faut tuer toute personne qui quitte l’islam.