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Iran : Déclaration de la manifestation nationale des étudiant.e.s de gauche à Téhéran

lundi 23 décembre 2019, par siawi3

Source : http://www.iran-echo.com/echo_pdf/declaration_des_etudiants.pdf

L’Iran a connu un soule ?vement de masse pendant environ une semaine la mi-novembre de 2019. Ce soule ?vement e ?tait, en fait, une vague ge ?ne ?ralise ?e, e ?norme et re ?volutionnaire cherchant a ? de ?manteler le syste ?me politique et e ?conomique capitaliste et the ?ocratique en Iran. Il y a deux ans, lors des manifestations de masse de de ?cembre-janvier 2017-2018, l’ensemble du pays a e ?galement e ?te ? implique ? dans des manifestations massives, mais cette anne ?e la porte ?e des protestations e ?tait beaucoup plus large, tout comme la re ?pression, la violence et les massacres du gouvernement. Lors des manifestations de novembre, le gouvernement a bloque ? Internet afin d’invisibiliser la re ?volte qui a fait plus de 500 morts, au moins 2 500 blesse ?s et neuf mille arrestations. Pendant ce temps, de nombreux militant.e.s de gauche et e ?tudiant.e.s ont e ?te ? arre ?te ?.e.s. Toujours en prison pour certain.e.s, leur situation est inconnue. La classe ouvrie ?re a e ?te ? a ? l’avant-garde des manifestations, et la majorite ? des personnes tue ?es sont issues de cette classe. Le 7 de ?cembre, a ? l’occasion de la journe ?e des e ?tudiant.e.s, des militant.e.s universitaires iraniens ont annonce ? une manifestation de solidarite ? avec les luttes du peuple iranien, e ?galement en solidarite ? avec les manifestations de masse contre le capitalisme au Chili, au Liban, en Irak et ailleurs. Au cours des cinq dernie ?res anne ?es, les e ?tudiant.e.s syndicalistes ont fait campagne contre les politiques d’auste ?rite ? de l’universite ? et contre l’exploitation et la re ?pression de la classe ouvrie ?re iranienne.
Ce que nous reprenons ici est une de ?claration conjointe des syndicalistes des Universite ?s de Te ?he ?ran et d’Allameh, qui a e ?te ? lue puis publie ?e le jour de la manifestation des syndicalistes universitaires

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De ?claration de la manifestation nationale des e ?tudiant.e.s de gauche a ? Te ?he ?ran

7 de ?cembre 2019

Ici et maintenant, dans l’un des moments historiques les plus importants que nous ayons ve ?cu, les masses des diffe ?rentes parties du monde se sont e ?leve ?es contre l’oppression produite par le syste ?me capitaliste. En moins de deux ans, un bouleversement de masse en Iran a de nouveau fait rage. L’accumulation de contradictions et l’incapacite ? du re ?gime capitaliste-the ?ocratique actuel a conduit a ? de nombreux soule ?vements, dont la re ?volte de janvier 2018. Les re ?pressions sanglantes pre ?ce ?dentes n’ont pas pu e ?teindre le feu de la cole ?re des opprime ?.e.s et les e ?tincelles restantes des flammes en 2018 ont de nouveau flambe ? en raison de l’augmentation du prix du carburant - cette fois en novembre 2019. L’ampleur et l’intensite ? des manifestations ont augmente ?, tout comme l’ampleur et l’intensite ? de la re ?pression. Avec le silence des me ?dias et la coupure d’Internet, une re ?pression sanglante a eu lieu depuis les roselie ?res de Mahshahr jusqu’aux ruelles du Kurdistan, de la banlieue de Shiraz, des de ?serts du Sistan et des rues de Te ?he ?ran, faisant de nombreux morts dans son sillage. Mais nous, les e ?tudiant.e.s, en ce moment critique, blesse ?.e.s par les terribles fouets de l’oppression et de l’exploitation, ne sommes pas et ne serons pas des observateurs passifs.

Nous entendons les sons de ces fouets depuis des anne ?es comme les cris des masses. Mais nous ne sommes pas encore habitue ?s a ? la ritournelle de ces sons, avec leurs diffe ?rentes fre ?quences dans l’Histoire. Tout le monde a entendu le bruit de la re ?pression et le rugissement des opprime ?s, me ?me ceux dont les inte ?re ?ts e ?taient ignore ?s. Les efforts avorte ?s des re ?formistes, des conservateurs, des monarchistes, etc. pour confisquer, de ?former et nier ces voix, ne font que prouver cette affirmation.

Avec l’intensification des contradictions du syste ?me capitaliste mondial aujourd’hui, l’oppression des masses dans diverses parties du monde augmente. Le gouvernement actuel, sous toutes ses formes et apparences, a pu saisir le pouvoir en usant de ces contradictions. En essayant de les re ?soudre pour son propre be ?ne ?fice, l’E ?tat est intervenu dans des conflits de ?vastateurs dans la re ?gion, re ?pandant ses armes a ? travers l’Irak, la Syrie, le Liban et le Ye ?men. L’inge ?rence imbrique ?e des pays impe ?rialistes dominants et du re ?gime iranien existant dans la re ?gion n’a eu pour effet que d’accroi ?tre l’oppression et l’exploitation des masses de la re ?gion. Ainsi, toute solution re ?formiste propose ?e, tout en maintenant le cadre du syste ?me capitaliste, tant au niveau national qu’international, continue de reproduire l’exploitation et la re ?pression sous diverses formes.

Nous, les e ?tudiant.e.s, tout en maintenant la distance des deux po ?les, soulignons le sort commun des masses iraniennes et de toutes les autres classes ouvrie ?res du monde - du Chili a ? l’Irak, a ? la Syrie et au Liban. Nous de ?fendons leurs protestations le ?gitimes et nous poursuivrons notre lutte pour soutenir leurs inte ?re ?ts

L’e ?tat actuel a e ?te ? en mesure de lier la forme la plus moderne de l’exploitation avec de plus anciennes formes d’oppression. Nous sommes confronte ?s a ? un E ?tat dont les re ?gles de droit sont influence ?es par l’ide ?ologie religieuse dominante. La suppression des minorite ?s religieuses (chre ?tiens, sunnites, derviches, etc.) est enracine ?e dans ces lois. Nous, les e ?tudiant.e.s, de ?fendons la liberte ? d’expression, la liberte ? de croyance et de religion, et affirmons notre solidarite ? dans ces revendications et ces luttes le ?gitimes pour la libe ?ration de masse.

L’antagonisme de genre est une autre contradiction inhe ?rente au syste ?me capitaliste, acque ?rant des caracte ?ristiques spe ?cifiques en raison du dispositif ide ?ologique du pouvoir en Iran.

Nous, les e ?tudiant.e.s, sommes conscient.e.s de l’importance des luttes pour l’e ?mancipation des femmes afin de construire une socie ?te ? sans oppression ni exploitation, et nous conside ?rons que toutes les formes traditionnelles et modernes d’oppression des femmes aboutissent finalement a ? la reproduction du capitalisme et de son existence. D’autre part, cette oppression est l’un des piliers les plus fondamentaux de l’ide ?ologie dominante et joue un ro ?le de ?cisif dans la formation de l’E ?tat au pouvoir. Les me ?canismes de cette ide ?ologie sont de contro ?ler et de subordonner les femmes dans tous les lieux et institutions, de la

famille a ? l’universite ?, au travail et dans la rue. Mais les femmes, malgre ? toutes leurs protestations au fil des de ?cennies - du rassemblement des femmes en mars 1979 au rassemblement des e ?tudiantes contre le Hijab obligatoire en mai 2019 - tout en maintenant la distance avec l’opposition conservatrice, ne sont pas reste ?es silencieuses contre cette tyrannie. Paralle ?lement a ? ces luttes, nous, les e ?tudiant.e.s, avons entendu la cole ?re rugissante des femmes pour une ve ?ritable e ?mancipation et de ?clarons a ? nouveau notre solidarite ? dans les luttes contre la poursuite de « l’inte ?gration de la religion et du gouvernement » et toutes les formes de patriarcat.
En outre, ces dernie ?res anne ?es, l’antagonisme national a abouti a ? un point critique, avec une importance particulie ?re dans les luttes re ?centes. Les habitant.e.s de diffe ?rentes re ?gions de l’Iran ont combattu courageusement dans ces luttes : les Arabes, les Turcs, les Lors, les Baloutches, les Kurdes, les Turkme ?nes et d’autres ethnies vivent sous l’oppression, le cho ?mage et la pauvrete ?. Cela n’a fait que s’intensifier, car les exigences culturelles et sociales les plus e ?videntes de ces personnes sont se ?ve ?rement re ?prime ?es.

Tout en de ?fendant vigoureusement les luttes des minorite ?s ethniques, nous, les e ?tudiant.e.s, de ?clarons notre opposition a ? toutes les formes de nationalisme et cherchons ainsi a ? lier leurs luttes le ?gitimes a ? l’e ?mancipation des masses. Pour re ?sumer : nous avons passe ? deux anne ?es agite ?es, te ?moins de la prolife ?ration croissante de la re ?pression et de l’exploitation de janvier 2018 a ? novembre 2019. Les anne ?es qui ont pre ?ce ?de ? janvier 2018 ont vu s’acce ?le ?rer la crise intrinse ?que du syste ?me existant et de ?clenche ? la re ?action de divers groupes de personnes opprime ?es, dont l’apparition a e ?te ? observe ?e dans les manifestations et gre ?ves ouvrie ?res ge ?ne ?ralise ?es a ? partir de 2011. La solidarite ? du mouvement ouvrier aux co ?te ?s des protestations des agriculteurs, des enseignants, des e ?tudiants et des « Filles de la rue Enghelab » (contre le voile obligatoire) a donne ? une importance particulie ?re a ? janvier 2018.

Toutes ces contradictions, dans leur unite ?, forment l’inte ?gralite ? de l’Etat. Ces contradictions ne sont ni des possibilite ?s ni arbitraires - ce sont les ne ?cessite ?s essentielles sur lesquelles repose la vie de l’E ?tat au pouvoir. Les prisons repre ?sentent ce fait de la re ?pression la plus violente. Aujourd’hui, les prisons accueillent un grand nombre de prisonnier.e.s politiques diffe ?rents, ainsi que : des militant.e.s des syndicats d’e ?tudiants, des militantes des droits des femmes, des militant.e.s des droits de l’enfant, des e ?cologistes, des enseignant.e.s, des militant.e.s syndicaux, des militant.e.s politiques arabes, des Baloutches, des Kurdes, des militant.e.s des minorite ?s religieuses et d’autres militant.e.s politiques. En outre, plus de sept mille personnes qui ont dirige ? l’e ?meute de novembre 2019 sont emprisonne ?es pour avoir lutte ? pour l’e ?galite ? et la liberte ?. Nous, les e ?tudiant.e.s, condamnons la re ?pression et l’arrestation de tous les militants politiques et demandons la libe ?ration de tous les prisonnier.e.s politiques.

En attendant, le ro ?le de l’universite ? est crucial. Au cours de ces anne ?es, l’universite ? est devenue une institution pour reproduire et stabiliser le statu quo et une institution qui a tente ? de supprimer la re ?sistance des e ?tudiant.e.s au cours des dernie ?res de ?cennies. Arrestations massives et condamnations judiciaires lourdes d’e ?tudiant.e.s dans les anne ?es 2010, institutions paralle ?les, re ?gles disciplinaires, e ?tudiants e ?toile ?s (e ?tudiants juge ?s politiquement peu fiables ou inde ?sirables par les services de se ?curite ? de la Re ?publique islamique) et la privation du droit des e ?tudiant.e.s, l’intimidation des membres du syndicat

e ?tudiant et de leur famille par les agences de se ?curite ? et son bras acade ?mique, le gardien de l’universite ?, sont des exemples de ces efforts. Cette anne ?e, nous avons vu un autre signe d’absence d’autonomie universitaire et leur coope ?ration ouverte avec les agences de se ?curite ?. Certain.e.s e ?tudiant.e.s ont e ?te ? arre ?te ?s avec la collaboration des forces de l’ordre et des agents de se ?curite ?, en utilisant diffe ?rentes techniques telles que les arre ?ter dans les re ?sidences d’e ?tudiants ou en utilisant une ambulance (comme ve ?hicule de transport de prisonniers). En outre, les tentatives des responsables de l’universite ? et des agents de se ?curite ? d’intimider les familles des e ?tudiant.e.s contre une action en justice et a ? les coups de Taser a ? une e ?tudiante syndicaliste arre ?te ?e de l’universite ? de Te ?he ?ran, ont re ?ve ?le ? le degre ? le plus e ?leve ? de cette sale collaboration.

Entre-temps, le silence continu des professeurs des universite ?s est le reflet d’une re ?pression syste ?matique au cours de ces de ?cennies. En re ?duisant leur fonctionnalite ? a ? reproduire l’ide ?ologie dominante et a ? maintenir le statu quo, ils ont perdu toutes leurs missions sociopolitiques. Nous de ?clarons que, a ? notre avis, le silence des professeurs n’a d’autre sens que de coope ?rer clairement avec le syste ?me pour opprimer les masses et les e ?tudiant.e.s ; et nous ne resterons pas silencieux face a ? cette coope ?ration. Comme les autres mouvements inde ?pendants des dernie ?res de ?cennies, le mouvement des syndicats e ?tudiants inde ?pendants depuis les anne ?es 2010 va de l’avant, re ?sistant aux forces qui veulent que l’institution universitaire soit une institution ide ?ologique reproduisant le statu quo. Nous et nos camarades arre ?te ?s, comme beaucoup d’autres, nous sommes toujours engage ?s non seulement a ? soutenir les masses exploite ?es, mais aussi a ? transmettre notre message a ? la socie ?te ?. La re ?ponse des forces re ?pressives a e ?te ? la coercition, l’intimidation et la re ?pression. Ils nous font constamment peur des conse ?quences potentielles de nos actions, mais la machine a ? broyer n’a pu bloquer ni la rue ni l’universite ?. Soyons clairs cette fois : nous, les e ?tudiant.e.s, n’oublions pas le sang dans la rue. Nous le promettons aux martyrs et a ? leurs assassins.