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Chercheuse détenue en Iran : le ton monte entre Téhéran et Paris

lundi 30 décembre 2019, par siawi3

Source : https://www.dna.fr/france-monde/2019/12/29/chercheuse-detenue-en-iran-le-ton-monte-entre-teheran-et-paris

Diplomatie
Chercheuse détenue en Iran : le ton monte entre Téhéran et Paris

Détenue en Iran pour des accusations d’« espionnage », Fariba Adelkhah a cessé de s’alimenter. Vendredi, le Quai d’Orsay a convoqué l’ambassadeur d’Iran à Paris. Téhéran a répliqué ce dimanche.

Par AFP -

Hier à 12:16 -
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Fariba Adelkhah, une anthropologue franco-iranienne, est détenue en Iran. Photo Thomas ARRIVE/Sciences Po/AFP

Les autorités iraniennes ont dénoncé ce dimanche l’« ingérence » de Paris dans l’affaire de Fariba Adelkhah, une anthropologue franco-iranienne détenue en Iran pour des accusations d’« espionnage ».

Vendredi, le Quai d’Orsay a convoqué l’ambassadeur d’Iran à Paris pour dénoncer la détention « intolérable » de Fariba Adelkhah et du chercheur français Roland Marchal, faisant part dans un communiqué de son « extrême préoccupation » sur la situation de Fariba Adelkhah, qui a cessé de s’alimenter.

Vives tensions avec plusieurs pays

L’Iran, qui connaît de vives tensions avec plusieurs pays européens dont la France sur la question nucléaire, ne reconnaît pas la double nationalité.

« Le communiqué du ministère français des Affaires étrangères au sujet d’une ressortissante iranienne est un acte d’ingérence. Nous considérons cette demande comme n’ayant aucune base légale », a déclaré le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes Abbas Moussavi dans un communiqué.

« La personne en question (...) a été arrêtée pour des actes d’espionnage » », a-t-il ajouté, précisant que l’avocat de la chercheuse avait été informé des détails du dossier.

S’agissant de Roland Marchal, il est détenu pour avoir « comploté contre la sécurité nationale », et son consulat a pu avoir accès à lui « à de nombreuses reprises » », a indiqué Abbas Moussavi. Son avocat est en contact avec la justice, selon lui.

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Source : https://www.liberation.fr/planete/2019/12/27/en-iran-greve-de-la-faim-pour-deux-chercheuses-emprisonnees_1771169

Détention
En Iran, grève de la faim pour deux chercheuses emprisonnées

Par Eva-Luna Tholance

27 décembre 2019 à 12:11 (mis à jour à 17:55)

Emprisonnées en Iran depuis plusieurs mois, les universitaires Kylie Moore-Gilbert et Fariba Adelkhah ont entamé une grève totale de la fin depuis quatre jours. Photo Department of Foreign Affairs And Trade et Thomas Arrive. Sciences Po. AFP

L’Australienne Kylie Moore-Gilbert et la Franco-irannienne Fariba Adelkhah, deux universitaires retenues en Iran pour « espionnage » entament leur quatrième jour sans manger.

En Iran, grève de la faim pour deux chercheuses emprisonnées

La décision est grave et les prochains jours inquiétants. Le 24 décembre, Kylie Moore-Gilbert et Fariba Adelkhah, deux chercheuses retenues en Iran pour « espionnage », ont entamé une grève totale de la faim. Dans la lettre ouverte qu’elles ont fait passer hors de la prison d’Evin, dans le nord de Téhéran, elles demandent non seulement leur libération immédiate, mais également « justice pour les innombrables hommes et femmes qui endurent le même traitement que le nôtre, voire pire, et qui ont été emprisonnés en Iran alors qu’ils n’ont commis aucun crime ».

Cette mesure inquiète grandement leurs collègues et leurs proches, alors que les deux femmes, l’une australienne et l’autre franco-iranienne, sont incarcérées respectivement depuis quinze et sept mois, sans avancée notable de la part de leurs diplomaties respectives. « Nous sommes dans une situation d’urgence », affirme Marielle Debos, porte-parole du comité de soutien pour Fariba Adelkhah et Roland Marchal, un collègue qui a été emprisonné en même temps que l’anthropologue et spécialiste de l’islam chiite pour « collusion contre la sécurité nationale. » « Cet acte radical est très courageux, mais nous savons qu’un compte à rebours a démarré lorsque les chercheuses ont commencé leur grève de la faim et de la soif, et qu’il y a un réel risque pour leur santé. Nous espérons que des mesures seront prises très vite pour permettre leur libération. » Vendredi après-midi, Marielle Debos a précisé à France 24 que « Fariba Adelkhah avait recommencé à boire ».

Tortures psychologiques

Depuis la prison, Fariba Adelkhah a très peu de contacts avec l’extérieur. « Nous avons appris sa grève de la faim par des sites iraniens qui ont publié sa lettre ouverte, qu’elle et Kylie ont fait sortir de la prison clandestinement, continue Marielle Debos. Même si elle est binationale, puisqu’elle est née en Iran et possède un passeport iranien, le pays ne la considère pas comme française et ne l’autorise pas à rencontrer un membre du consulat comme elle le fait pour son collègue Roland Marchal. »

Elle n’a donc de contact qu’avec son avocat, qu’elle voit régulièrement mais qui ne peut s’assurer de sa santé au quotidien. « Dans leur lettre, les deux femmes confirment ce que l’on s’imaginait déjà : qu’elles sont sujettes à des tortures psychologiques et émotionnelles comme l’isolement, ainsi qu’à des violations de leurs droits humains », poursuit Marielle Debos.

La non-reconnaissance de la binationalité de la part des autorités iraniennes complique les négociations diplomatiques avec la France : début décembre, Emmanuel Macron a tweeté son soutien aux deux chercheurs français, considérant leur emprisonnement « intolérable » et demandant leur libération « sans délai ». En retour, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Abbas Moussavi, a accusé Paris « d’interférence inacceptable » dans ses affaires domestiques, insistant que « les Français ne doivent pas oublier que l’Iran est souverain et indépendant ».

Monnaie d’échange

Dans leur lettre, Fariba Adelkhah et Kylie Moore-Gilbert attirent en particulier l’attention sur les chercheurs et chercheuses emprisonnés en Iran et au Moyen-Orient « pour des motifs fallacieux, et pour avoir simplement fait leur travail en tant que scientifiques ». Le pays n’est donc pas étranger à ces pratiques.

« A notre connaissance, il y a quinze chercheurs étrangers actuellement emprisonnés en Iran, déclare Béatrice Hibou, membre du comité de soutien de Fariba Adelkhah et de Roland Marchal. Mais il y a probablement d’autres cas, puisque nous découvrons régulièrement la présence d’autres scientifiques dont on ne connaissait pas l’existence dans les prisons. Et c’est sans compter les chercheurs, écrivains et intellectuels iraniens. »

De son côté, Edouard Brézin, membre de l’Académie des sciences, au sein de laquelle il siège à un collectif sur les chercheurs emprisonnés, affirme entendre parler d’une centaine de cas similaires par an dans le monde. « Nous ne pouvons que faire des hypothèses sur l’usage que fait l’Iran des scientifiques emprisonnés, mais nous imaginons qu’ils peuvent fonctionner comme une monnaie d’échange dans des négociations diplomatiques », dont on ne connaît pas vraiment la teneur. Au quatrième jour de grève de la faim, le temps presse.