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La menace en 2020 du terrorisme d’extrême-droite

lundi 30 décembre 2019, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/blog/filiu/2019/12/29/la-menace-en-2020-du-terrorisme-dextreme-droite/

Publié le 29 décembre 2019

par Jean-Pierre Filiu

La menace en 2020 du terrorisme d’extrême-droite

La montée inquiétante du terrorisme d’extrême-droite en 2019 risque fort de se poursuivre, voire de s’accentuer en 2020.

Photo : Hommage aux victimes de l’attaque, le 9 octobre 2019, de la synagogue de Halle, en Allemagne

L’année 2019 a vu Daech, le bien mal-nommé « Etat islamique », perdre ses derniers bastions territoriaux en Syrie, avant que les Etats-Unis n’éliminent son chef, Abou Bakr al-Baghdadi. Pendant que ces coups étaient portés au terrorisme jihadiste, une autre forme de terrorisme de masse, lié à l’extrême-droite raciste, a commencé de se répandre à l’échelle de la planète, depuis l’attaque contre deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 15 mars (51 morts) jusqu’à la tuerie anti-mexicaine dans la ville américaine d’El Paso, le 3 août (22 morts) et l’attentat contre la synagogue de Halle, le 9 octobre (2 morts). Les conditions semblent réunies pour que le suprémacisme blanc continue d’inspirer en 2020 d’autres actes terroristes.

LA DIFFUSION VIRALE DE LA HAINE

Anders Breivik apparaît à la fois comme le précurseur et la référence de cette nouvelle vague de terrorisme. En juillet 2011, cet ultranationaliste norvégien tue 77 personnes dans un attentat contre un complexe gouvernemental à Oslo, puis dans une fusillade contre un camp de la jeunesse travailliste. Il prétend justifier son carnage par la diffusion d’une « Déclaration d’indépendance européenne ». Huit années plus tard, Brenton Tarrant, l’auteur australien du massacre de Christchurch, se réclame de Breivik et diffuse, comme lui, juste avant le bain de sang, un manifeste intitulé « Le Grand remplacement ». Il s’y pose en rempart contre un « génocide blanc » dont l’immigration majoritairement musulmane serait le principal instrument. John Earnest, qui assassine une personne dans la synagogue californienne de Poway, le 27 avril 2019, accuse « les Juifs » d’être les instigateurs d’un tel « génocide blanc ».

Patrick Crusius, le massacreur d’El Paso, a, lui aussi, mis en ligne une « Vérité dérangeante » où il déclare combattre « l’invasion hispanique du Texas ». Comme à Christchurch et à Poway, c’est le forum 8Chan, très populaire à l’ultra-droite, qui sert de plate-forme à cette revendication. Dans les trois cas, les tueurs diffusent également en direct les images qu’ils filment eux-mêmes de leur assaut. Il aura fallu ces trois scandales pour que 8Chan soit enfin neutralisé, mais pour réapparaître en 8Kun le mois dernier. Quant à Stephan Balliet, l’assassin de Halle, c’est sur Twitch qu’il diffuse un manifeste imprégné de thèses antisémites, conspirationnistes et néonazies, puis la vidéo en direct de son attaque de la synagogue, le jour de Kippour. Balliet s’en prend ensuite à un restaurant turc tout proche. Tarrant, Earnest, Crusius et Balliet, malgré leurs déclarations flamboyantes, se sont tous rendus sans opposer de résistance aux forces de l’ordre, comme d’ailleurs Breivik en 2011.

LA MONDIALISATION D’UNE NOUVELLE TERREUR

Certains éléments de cette séquence terroriste de 2019 se trouvaient déjà dans l’attaque du 27 octobre 2018 contre une synagogue américaine de Pittsburgh (11 morts), où le massacreur stigmatisait « les Juifs » pour leur supposée « collaboration » à « l’invasion » de son pays par les immigrants. De fait, la mobilisation de Washington contre le terrorisme jihadiste a permis aux réseaux de cette nouvelle terreur de se développer dans une relative indifférence, alors même que l’extrémisme de droite avait déjà inspiré les trois quarts des attentats perpétrés aux Etats-Unis de 2009 à 2018. L’absence de tout contrôle sérieux sur les armes, malgré la fréquence des tueries, et la banalisation par l’administration Trump d’un virulent discours contre les Musulmans, d’une part, et les immigrants illégaux, d’autre part, font des Etats-Unis le terreau privilégié de ce suprémacisme ultra-violent. Le FBI reconnaît suivre plus de deux cents dossiers de ce type de terrorisme et le Département de la Sécurité intérieure (Homeland security) s’inquiète des « menaces croissantes d’extrémistes violents à motivation raciste, en particulier les suprémacistes blancs aux Etats-Unis ».

Il n’y a malheureusement aucune raison que s’interrompe la réaction en chaîne qui a déjà motivé successivement les tueurs de Christchurch, Poway, El Paso et Halle. L’exaltation des quatre massacreurs sur certains forums d’ultra-droite ne peut qu’inspirer de nouvelles vocations homicides, alors que les thèses sur le « grand remplacement », autrefois marginales, s’infiltrent de plus en plus ouvertement dans le débat public des démocraties occidentales. Au-delà de ce contexte très favorable, la difficulté à repérer de tels « loups solitaires » avant leur passage à l’acte est d’autant plus ardue qu’ils ne sont rattachés à aucune organisation constituée, mais se réclament d’une nébuleuse raciste et paranoïaque. En France, la focalisation compréhensible sur la menace jihadiste n’a sans doute pas permis de prendre toute la mesure de ce nouveau péril. Deux mosquées ont pourtant été attaquées en 2019, le 27 juin à Brest (deux blessés, l’attaquant se suicidant peu après) et le 28 octobre à Bayonne (deux blessés graves). Le refus par la justice de qualifier l’attaque de Bayonne de « terroriste », alors même que l’agresseur a été candidat sur une liste d’extrême-droite, a dès lors été très mal ressenti.

2020 pourrait ainsi devenir l’année où se confirmerait la mondialisation et la diffusion de cette nouvelle forme de terrorisme. Mais le pire n’est jamais sûr. Souhaitons-le plus que tout en ce cas.