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Algérie : Plus de 70 détenus du hirak libérés : L’apaisement ?

samedi 4 janvier 2020, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/plus-de-70-detenus-du-hirak-liberes-lapaisement-04-01-2020

Plus de 70 détenus du hirak libérés : L’apaisement ?

Iddir Nadir

04 janvier 2020 à 10 h 15 min

L’appareil judiciaire s’est mis en branle. Soixante-seize personnes, des détenus d’opinion, dont le moudjahid Lakhdar Bouregaâ et le général à la retraite Hocine Benhadid, ont été libérées jeudi dernier. L’opération, visiblement concertée, a touché des dizaines de détenus en prison à travers tout le territoire national.

Le coordinateur du Comité national pour la libération des détenus (CNLD), Kaci Tansaout, parle d’une « décision étonnante ». « Ni les avocats ni les familles des détenus n’étaient au courant. Nous-mêmes à la CNLD, nous attendions la libération, d’un moment à l’autre, des vendeurs de pin’s à El Harrach, lorsque Me Djerdjer nous a informés qu’il y a eu la programmation au tribunal de Sidi M’hamed du procès de 17 détenus arrêtés le 13 septembre et le 4 octobre. »

En arrivant au tribunal, on nous annonce la libération surprise du Commandant Lakhdar Bouregaâ. On s’est vite déplacés alors à El Harrach, où se trouvaient Hani, le fils de Bouregaâ, et Samira Messouci. Nous avons vécu un moment surréaliste : des détenus commençaient à sortir un à un en criant : « Djazaïr horra democratia ! » (Algérie libre et démocratique), raconte stupéfait le coordinateur. Durant la journée, les réseaux sociaux bruissaient de nouvelles sur la libération des détenus d’opinion.

D’abord le Commandant Lakhdar Bouregaâ accueilli en héros à sa sortie. Puis, durant l’après-midi et une partie de la soirée, d’autres détenus : le jeune poète de La Casbah, Tadjadit Mohamed, des membres du RAJ, Hakim Addad, etc. Selon l’EPTV, 51 détenus ont été libérés à Alger, 2 à Tlemcen, 4 à El Oued, 2 à Oran, 3 à Constantine, 2 à Tiaret, 1 à Boumerdès, 6 à Chlef, 2 à Tipasa, 2 à El Tarf et enfin 1 à Tissemsilt. « Il s’agit, ne nous trompons pas, de libération provisoire. Donc, les procès sont programmés pour les prochaines semaines : début février et mars », précise Tansaout.

« Se débarrasser d’un fardeau »

Pour le vice-président de la LADDH, le pouvoir semble vouloir « se débarrasser de ce lourd fardeau que sont les détenus ». « La programmation des procès en catimini est une façon d’éviter la mobilisation autour de ces procès. Il semble que la tendance est à la libération de l’ensemble des détenus. On se réjouit que nos camarades retrouvent la liberté et rejoignent le hirak. Est-ce une première mesure d’apaisement pour une solution politique ?

Nous prenons acte. Mais ce n’est pas suffisant. Il ne faudra pas diluer ou oublier le fond de la question et pour laquelle les activistes se sont retrouvés en prison : le changement effectif du système. Nous attendons d’autres signaux, notamment l’ouverture des champs politique et médiatique », tranche Saïd Salhi.

Pour l’ancien diplomate Abdelaziz Rahabi, la libération du moudjahid Lakhdar Bouragaâ constitue le début de « réparation » d’une injustice qui doit être suivie de celle de tous les détenus d’opinion encore incarcérés. « Cette mesure constitue un signe positif qui pourrait participer à la mise en place de mesures de confiance et d’apaisement sans lesquelles aucune sortie de crise ne peut être valablement envisagée.

La stabilisation de la situation en Algérie, aussi urgente que nécessaire, appelle le président de la République à prendre des mesures certes courageuses mais qui relèvent de ses prérogatives constitutionnelles de chef d’Etat, garant de l’unité de la nation et de la stabilité du pays », soutient Rahabi, qui appelle de tous ses vœux à la satisfaction des revendications légitimes du peuple algérien, tout comme il apporte son soutien aux actions de dialogue et de concertation pour prémunir l’Algérie des risques multiformes de l’impasse politique actuelle.

Plusieurs autres détenus politiques, à l’instar de Karim Tabbou, Samir Benlarbi, Abdelouahab Fersaoui, Fodil Boumala, Kadour Chouicha, etc., dont la libération a été annoncée jeudi, sont toujours en prison. « Ils seront éventuellement libérés dimanche », signale Me Yasser Belamri.

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Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/les-detenus-avaient-ete-arretes-sur-instruction-ils-sont-sortis-de-prison-apres-des-instructions-04-01-2020

Interview avec Abdelghani Badi. Avocat

« Les détenus avaient été arrêtés sur instruction, ils sont sortis de prison après des instructions »

Iddir Nadir

04 janvier 2020 à 10 h 11 min

Plusieurs détenus du mouvement populaire (76, selon l’EPTV), dont une de ses figures, le Commandant de la Wilaya IV historique, Lakhdar Bouregaâ, 86 ans, ont été libérés jeudi. Que vous inspire cette décision inattendue ?

Il faut savoir que le procès du moudjahid qui devait s’ouvrir jeudi n’a pas eu lieu. Le juge a décidé de sa libération provisoire tout en programmant l’audience pour le 12 mars prochain.

Nous nous réjouissons de cette libération. Je précise toutefois que notre collectif de défense a demandé à maintes reprises la libération provisoire de Bouregaâ, au moins 3 demandes ont été formulées ces derniers mois, depuis son arrestation le 30 juin. La dernière demande formulée par mes collègues devant le juge d’instruction près le tribunal de Bir Mourad Raïs a été rejetée.

Pourtant, les avocats ont donné toutes les garanties, ils ont présenté un dossier médical du concerné et toutes les justifications devant permettre sa libération. Mais toutes les demandes ont été rejetées. Les autorités nous donnent l’impression qu’elles font peu de cas des procédures ordinaires.

Les autorités judiciaires et administratives n’ont pas communiqué sur la décision. L’annonce de la décision a été faite par un seul canal : l’EPTV. Pourquoi ?

Revenons d’abord au texte : le Code de procédure pénale (CPP) autorise les autorités judiciaires à communiquer par des conférences et des communiqués. Elles ne l’ont fait qu’à de très rares exceptions, comme pour les ministres poursuivis dans les affaires de corruption, ou pour le cas de Bouregaâ, le jour de son arrestation. Mais pour ce dernier cas, il n’y a eu aucune déclaration après sa libération provisoire.

Les autorités ont de tout temps été adeptes du secret ; elles ne veulent pas donner l’impression de s’excuser d’une situation qu’elles ont largement provoquée par des décisions arbitraires. Rien ne justifie l’arrestation des détenus et leur placement en détention par les juges instructeurs. Les poursuites engagées depuis le début du mouvement populaire n’ont pas d’assises légales. Il y a comme une gêne de leur part à communiquer sur ces décisions.

Les autorités judiciaires ont-elles été libres dans leur décision ?

Le système judiciaire algérien a décidé de la libération de 76 détenus à travers les wilayas d’Alger, Constantine, Oran, Chlef, etc. Disons-le sans ambages : c’est une décision politique. Les détenus avaient été arrêtés sur instruction, ils sont sortis de prison après des instructions. Cette situation affligeante nous permet d’affirmer que les institutions, telles qu’elles fonctionnent actuellement, n’offrent pas toutes les garanties pour respecter les libertés des citoyens et l’Etat de droit.

Il n’est pas de l’intérêt du pays que cette situation catastrophique perdure. Ce qui s’est passé jeudi nous renforce dans notre conviction que l’institution judiciaire est malheureusement dépourvue de tout pouvoir, avec toutes ces décisions enveloppées dans un emballage politique. La justice doit obligatoirement être forte pour nous protéger tous. Les magistrats doivent arracher leur indépendance, ils ne doivent pas se faire dicter leurs décisions.

Parce que les juges eux-mêmes et leurs enfants peuvent subir l’arbitraire. Le magistrat est le garant des libertés. Il doit se protéger contre les décisions politiques dictées par des cercles sécuritaires dont on connaît la nuisance depuis plusieurs années. Il doit aussi se débarrasser de l’« autocontrôle », puisque nous avons constaté que dans les affaires politiques, plus particulièrement, les juges prennent des décisions ineptes sans qu’ils reçoivent nécessairement des injonctions.

C’était le cas, par exemple, des arrestations politiques de militants en vue, comme Karim Tabbou, Samir Benlarbi ou autres. Les juges ont estimé qu’ils devaient rendre un verdict qui plaît aux décideurs du moment. Les décisions prises nous renseignent sur une chose : les libertés des justiciables sont menacées, puisque les Algériens peuvent d’un moment à un autre et sans motif légal se retrouver en prison pour des accusations farfelues.

Les magistrats eux-mêmes ne sont pas protégés contre de telles décisions venues d’en haut. Nous disons une chose : les personnes injustement arrêtées et placées en détention préventive sur instruction doivent être dédommagées. Il est légitime qu’elles attendent des excuses des autorités qui ont dicté leur décision à l’appareil judiciaire.