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France:l’épiscopat s’exprime sur la politique envers les étrangers et la laïcité

Sunday 29 August 2010, by siawi2

Mgr Schockert « Il faudrait parler plus positivement des étrangers »

Fin juillet, Claude Schockert, évêque de Belfort, en charge de la Pastorale des migrants, signait avec l’évêque de Vannes un appel contre la stigmatisation des Roms et des gens du voyage. Il revient aujourd’hui sur la surenchère du discours sécuritaire.

Dans l’appel que vous avez publié le 27 juillet avec l’évêque de Vannes, vous regrettez une « recrudescence de 
la stigmatisation des Roms et gens du voyage ». Que vous inspire, un mois après ce texte, le traitement réservé actuellement àces populations ?

Monseigneur Schockert. Les démantèlements de camps de Roms et leur expulsion existaient déjàmais de façon ponctuelle et individualisée. Après les événements de Saint-Aignan, c’est devenu plus organisé et plus collectif. On pointe du doigt ces populations. Des mesures sécuritaires sont prises àleur encontre car cela séduit une partie de la population. Or c’est pour fuir les difficultés économiques de la Bulgarie et la Roumanie que les Roms viennent chez nous. Il faut donc trouver des solutions au niveau européen, afin que ces deux pays s’intéressent un peu plus àleurs ressortissants. La France les renvoie mais comment vont-ils être reçus ? Il ne s’agit pas simplement de leur donner 300 euros pour qu’ils partent. Dans ces conditions, ils risquent de revenir.

On observe ces derniers jours 
un sursaut assez inédit de la part 
des gens d’église...

Mgr Schockert. Tout d’abord, au nom de l’Évangile, on se doit de dire certaines choses du point de vue de l’humanitaire et de l’accueil de l’étranger. C’est dans ce sens que le pape a évoqué dimanche la « fraternité universelle ». Pour nous, la non-fraternité qui s’exprime dans les mesures actuelles amène automatiquement les évêques àréagir. Ça n’est pas une opposition directe àceux qui nous dirigent. Nous intervenons afin de rappeler qu’il n’y a pas des bons et des mauvais et que tout homme dans l’humanité est un frère.

La politique du gouvernement ne tend-elle pas justement àdésigner des bons et des moins bons ?

Mgr Schockert. Oui. On le voit bien dans la distinction opérée entre l’immigration subie et l’immigration choisie. Le phare est mis sur ceux qui vivent chez nous et qui, selon certains, n’auraient rien ày faire. Pour nous, ce sont des frères et c’est pour cela qu’on réagit.

Comment se fait-il que la voix 
de l’Église, particulièrement forte 
en ce moment vis-à-vis des Roms, 
soit moins entendue dans le cas 
des travailleurs sans papiers ?

Mgr Schockert. Avec les gens du voyage et les Roms, nous sommes particulièrement en contact. Ils vont de pèlerinage en pèlerinage, et on les rencontre régulièrement. C’est notre devoir de défendre cette communauté. En même temps, si des gens ne sont pas en règle, il est normal que la loi s’applique. Mais on ne veut pas que toute la communauté soit stigmatisée. En ce qui concerne les autres migrants, on essaie d’intervenir, mais en dehors du concert politique. Ainsi, pour le délit de solidarité, on a fait une déclaration parce qu’on sentait que le climat en France était assez tendu. Beaucoup d’associatifs ont peur d’être inculpés pour avoir accueilli des personnes en situation irrégulière. Nous ne cherchons pas àentrer dans le jeu politique. Et ce malgré le fait qu’on nous reproche parfois d’avoir le même discours que la gauche. Les fondements de notre engagement ne sont pas les mêmes que ceux de l’engagement politique. On essaie de conscientiser les chrétiens mais ça n’est pas facile. Ils ont des peurs, comme tout le monde, telle la peur de l’étranger, de celui qui ne partage pas notre culture. Nous organisons chaque année la Journée mondiale des migrants et des réfugiés pour aider les chrétiens àréfléchir sur ces questions.

Avez-vous le sentiment que les évêques expriment le point de vue 
de la communauté catholique ?

Mgr Schockert. On sent bien que nos réactions contre le discours actuel suscitent les réticences d’une partie des catholiques. Je reçois des lettres de protestation contre mes prises de position dans lesquelles on me dit : « Je ne donnerai plus au denier de l’église. » Mais au nom de l’Évangile, nous nous devons de réagir. Aujourd’hui, des Mexicains, des Algériens ou des Polonais vivent en France, et le défi de la fraternité se pose de manière plus aiguë qu’avant. Il faudrait donc parler plus positivement de la présence d’étrangers chez nous. L’ouverture àl’autre et la présence de cultures différentes représentent une grande richesse. C’est ce qu’on essaie de faire, en nous appuyant notamment sur l’expérience vécue par des chrétiens qui sont proches des sans-papiers et des Roms.

Nicolas Sarkozy risque-t-il de s’éloigner des catholiques ?

Mgr Schockert. On peut analyser cela comme on veut, mais ça n’est pas en fonction de l’Évangile que le gouvernement prend ses décisions. Maintenant, je ne sais pas si les catholiques vont s’éloigner pour autant du pouvoir. Peut-être que certains d’entre eux réagiront par leur vote ou autrement mais ça n’est pas une loi générale. La séparation de l’Église et de l’État est quand même une réalité, et nous, on essaie de la respecter, donc on ne veut pas s’immiscer dans les décisions des gouvernants.

Le ministre de l’Agriculture a affirmé que l’Église n’avait pas àintervenir dans le débat politique…

Mgr Schockert. Nous partons de la réalité et du quotidien des Roms et des gens du voyage. Nous faisons retentir la voix de l’Église sur ces sujets-là. L’Église est donc dans son rôle. Ça me rappelle Pasqua qui dans les années quatre-vingt-dix souhaitait « que les évêques s’occupent de leurs sacristies » (àpropos des évêques qui protestaient contre les expulsions de sans-papiers – NDLR). Or on estime que l’Église doit faire entendre sa voix dans le débat public. C’est un éclairage que l’on donne.

Brice Hortefeux veut continuer le démantèlement des camps de Roms. L’opposition des ecclésiastiques peut-elle infléchir cette politique ?

Mgr Schockert. Oui. Notre but est de faire prendre conscience des enjeux de cette réalité. Pour nous c’est important d’aider àréfléchir, de prendre du recul. Dans les quartiers populaires, si on agit uniquement sur les faits sans chercher àrégler leur cause sociale, ça ne règle pas le problème. Beaucoup d’hommes politiques s’interrogent aujourd’hui sur ces mesures sécuritaires. La prise de position de l’Église peut donc avoir, àmon sens, une influence. On y travaille en tout cas.

Entretien réalisé par 
Virgile Dessirier

source: Humanité Quotidien, 27 Août, 2010

http://www.humanite.fr/26_08_2010-mgr-schockert-%C2%AB-il-faudrait-parler-plus-positivement-des-%C3%A9trangers-%C2%BB-452146