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Crash d’un Boeing 737 en Iran : « J’ai tout perdu, femme, enfants, tout... »

mardi 21 janvier 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/crash-d-un-boeing-737-en-iran-j-ai-tout-perdu-femme-enfants-tout?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Témoignage
Crash d’un Boeing 737 en Iran : « J’ai tout perdu, femme, enfants, tout... »

Par Behrooz Assadian

Publié le 20/01/2020 à 12:21

La tragédie du crash de l’avion civil près de Téhéran, au delà du drame humain, met en lumière une autre réalité de la société iranienne : la fuite des cerveaux.

Depuis la Révolution islamique, la situation économique et politique du pays pousse à l’exode des milliers de personnes hautement qualifiées, notamment des scientifiques et des chercheurs. Le Canada est l’une des destinations favorites où résidaient 86 des 176 passagers du Boeing 737 d’Ukraine International Airlines.

La famille Ghandchi avait franchi le pas en 2014, émigrée au Canada pour « assurer aux enfants un avenir meilleur ». Mais la défense anti-missile iranienne en a décidé autrement. Faezeh Falsafi était à bord de l’avion, avec ses deux enfants âgés de 16 et 8 ans lorsqu’il a été abattu. Ils rentraient au Canada après les vacances de Noël.

« L’oiseau est mortel »

Son époux Alireza Ghandchi, 45 ans, les attendait à l’aéroport de Toronto. Contacté par Marianne alors qu’il est de retour à Téhéran pour les funérailles, c’est un homme brisé qui semble étrangement très calme quand il évoque ses enfants : « Dorsa était une élève brillante. À 13 ans elle a commencé à vendre ses animations graphiques aux compagnies américaines. Regardez sa page Youtube, son travail est remarquable. Parsa était dans une école franco-anglaise, mais on lui parlait toujours en persan, et avec sa grande-mère, il apprenait l’azéri. Hélas, le destin ne lui a pas accordé le temps de s’épanouir » et sa femme qu’il a rencontrée à l’université, il y a 21 ans : « Deux semaines avant son départ pour toujours, elle a posté ce poème sur Instagram, un message prémonitoire : ’Personne ne me présentera au soleil, Personne ne me conduira à la fête des moineaux, Souviens-toi du vol, L’oiseau est mortel’. »

Ingénieure en génie mécanique, à l’instar de treize autres passagers, Faezeh Falsafi était diplômée de l’Université de technologie de Sharif, la plus sélective et la plus prestigieuse d’Iran. C’est elle qui est à l’origine de l’entreprise familiale, un centre d’éducation supérieur, spécialisé en génie mécanique, créé en 2001 et basé à Téhéran. « Sans son intelligence et sa persévérance, le projet n’aurait jamais eu lieu », précise son époux, « une fois installés au Canada, j’ai pris le relais et j’allais souvent en Iran. Elle, s’est reconvertie dans l’immobilier, pour passer plus de temps avec les enfants. Elle a eu à deux reprises le prix de meilleur agent de l’année à Toronto. »

Comme eux, 150.000 à 180.000 spécialistes hautement qualifiés quittent le pays chaque année, selon les sources officielles du gouvernement iranien. Beaucoup de victimes du crash étaient des chercheurs et des étudiants rattachés à 19 universités canadiennes.

« Pas un mot de condoléances »

Si les Ghandchi ont tenu à conserver leur entreprise familiale en Iran, ce n’est pas là-bas qu’ils souhaitaient vivre, ni qu’ils envisageaient l’avenir de leurs enfants. Le rapport avec le pays natal est complexe et la complexité a pris toute son ampleur avec le drame : « J’ai tout perdu, femme, enfants, tout. Mais personne [de la part des autorités] n’est venu me dire un mot de condoléances. S’ils disent que ma famille fait partie des ‘martyrs’, ne faut-il pas qu’ils leur rendent un hommage digne de ce nom ? Les canadiens en ont fait bien plus », se désole Alireza.

Comme les Ghandich, d’autres familles en deuil que Marianne a pu contacter espèrent que le Canada, où vivent quelque 210.000 binationaux irano-canadiens, parvienne à obliger Téhéran à faire toute la lumière sur cette tragédie. Une tâche ardue car, d’une part, l’Iran ne reconnaît pas la double nationalité, et, d’autre part, les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues depuis 2012.

Lire aussi : Iran : après le crash de l’avion ukrainien, l’étau se resserre autour du régime

Jusqu’à présent, le gouvernement canadien a envoyé une équipe à Téhéran afin de fournir un soutien consulaire aux familles des victimes. A cela s’ajoutera « une aide financière de 25.000 dollars par victime pour répondre à leurs besoins immédiats », a annoncé Justin Trudeau ce vendredi, qui n’a pas souhaité faire de distinction entre les 57 citoyens canadiens et les 29 résidents permanents. Tous les proches des victimes auront droit à cette aide d’urgence. Le Premier ministre canadien a également exigé que l’État iranien assume l’entière responsabilité du crash et s’engage à dédommager les familles.

Du côté iranien, le président Hassan Rohani a tenté tant bien que mal d’apaiser la colère qui s’est emparée du pays depuis l’annonce du crash, dû à « une erreur humaine » selon les forces d’armées. Il a demandé une enquête judiciaire approfondie sur cette erreur qu’il a qualifiée d’« impardonnable ». En revanche, le Guide suprême Ali Khamenei a tenu à rappeler que « ce drame amer » ne devait pas faire oublier « le sacrifice du général martyr Soleimani » - tué en Irak par les Américains. Le Guide, qui est aussi le chef des armées, n’a ni présenté d’excuses aux familles ni demandé que les responsables du crash soient poursuivis.