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France : Communautarisme : en mission dans les quartiers, Gabriel Attal mise sur les associations

vendredi 24 janvier 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/politique/communautarisme-en-mission-dans-les-quartiers-gabriel-attal-mise-sur-les-associations?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Le secrétaire d’Etat Gabriel Attal est venu rencontrer des jeunes de Vénissieux pour échanger, notamment, au sujet du communautarisme. - Ministère de l’Education

Reportage
Communautarisme : en mission dans les quartiers, Gabriel Attal mise sur les associations

Par Hadrien Mathoux

Publié le 21/01/2020 à 12:53

Comment combattre le communautarisme sans heurter les jeunes des banlieues populaires ? Tête chercheuse pour Emmanuel Macron à qui il remettra des propositions à la fin mars, le secrétaire d’Etat à la Jeunesse Gabriel Attal mise sur les associations, plus que sur le renforcement de la présence de l’Etat. Reportage à Vénissieux (Rhône).

Emmanuel Macron a donné le ton. Anticipant des élections municipales difficiles pour la majorité, le président a exhorté ses ministres à se saisir du sujet du communautarisme lors du conseil des ministres du 15 janvier. Depuis plusieurs mois, le chef de l’Etat a mis le thème à son agenda : après un entretien à Valeurs actuelles en octobre et la circulaire Castaner de novembre, il a promis lors de ses voeux pour l’année 2020 de « prendre de nouvelles décisions » pour lutter « contre les forces qui minent l’unité nationale » au nom « des origines, des religions, des intérêts ».

Concrètement, plusieurs ministres ont été chargés de plancher sur le communautarisme, dont le jeune secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education, Gabriel Attal. Le trentenaire a programmé une dizaine de déplacements dans des « quartiers de reconquête républicaine » (QRR), dispositif créé pour renforcer les moyens de police dans des zones touchées par les trafics et la délinquance. Pour cet élu des Hauts-de-Seine passé par le Parti socialiste, la lutte contre le communautarisme n’était pas un penchant naturel. Mais il raconte avoir « eu une prise de conscience à [son] arrivée au ministère de l’Education nationale », citant « le nombre important de remontées sur les atteintes à la laïcité, la croissance des écoles hors contrat ou de l’enseignement à domicile. »

Plus de 50.000 enfants sont scolarisés dans le hors contrat, un chiffre en hausse exponentielle, tiré vers le haut par l’essor du privé musulman. L’enseignement à domicile, qui représente près de 40.000 élèves, a également le vent en poupe pour des raisons confessionnelles. Désormais chargé de lutter contre le communautarisme, Gabriel Attal, qui doit bientôt rencontrer le spécialiste du djihadisme Hugo Micheron, s’était opposé à Manuel Valls sur la laïcité lorsqu’il était au PS, à l’image d’Emmanuel Macron. « Je n’étais pas d’accord avec Manuel Valls car j’avais le sentiment d’une instrumentalisation politique visant avant tout à cliver, sur des sujets comme le burkini », justifie-t-il aujourd’hui. Il affiche sa détermination à lutter contre un phénomène qui « se produit quand certains parviennent à placer des quartiers sous la coupe de lois qui ne sont pas celles de la République, mais d’une conception dévoyée de la religion. »

Lire aussi : Bernard Rougier : « L’islamisme est une machine à détruire la France »

Avant de visiter Sevran (Seine-Saint-Denis) et Maubeuge (Nord), le secrétaire d’Etat était ce vendredi 17 janvier à Vénissieux (Rhône), dans la banlieue sud de Lyon. C’est dans cette commune populaire, où le trafic de drogue fait des ravages et dont un imam salafiste avait été expulsé en 2004, qu’avait démarré la « Marche pour l’égalité et contre le racisme », vite qualifiée de « Marche des beurs », en 1983. Au programme de la visite : une rencontre avec des jeunes organisée par Yves Blein, le député LREM local, qui est également candidat aux municipales à Vénissieux et préside la Fédération Léo-Lagrange, un réseau d’éducation populaire. Les jeunes adultes présentés au secrétaire d’Etat ont été triés sur le volet : issus du quartier des Minguettes de Vénissieux, ils sont investis dans la vie associative, entreprennent des études supérieures, leur intégration est parfaitement réussie. Lorsque le dialogue s’engage, ce sont les problématiques sociales qu’ils mettent en avant. Une élève d’un lycée de Vénissieux craint de ne pas trouver une place en école d’infirmière à cause de la mauvaise réputation de son établissement. Un autre évoque la difficulté de travailler dans de bonnes conditions à 35 élèves par classe en terminale. Cassandra, qui a pu étudier dans un autre lycée qu’à Vénissieux, plaide pour davantage de mixité sociale : « J’ai pu avoir d’autres perspectives, voir d’autres choses. En banlieue, il faut nous pousser, nous donner envie, nous faire voir autre chose. » Khaoula l’appuie : « Beaucoup de personnes ne sont jamais parties en vacances de leur vie, n’ont jamais quitté Vénissieux. »

« Le communautarisme, pour moi, c’est un mythe ! »

Gabriel Attal tente d’aborder le sujet du communautarisme dans les quartiers. C’est une levée de boucliers. Khaoula, toujours : « Il y a beaucoup d’idées reçues sur le communautarisme qui ne sont pas d’actualité. On se sent Français, on ne reste pas entre nous parce qu’on est Arabes ou Algériens ! On a juste besoin de perspectives. » La salle entière marque son assentiment. Mohamed, étudiant à l’Insa Lyon, une excellente école d’ingénieurs, intervient, déterminé : « Le communautarisme, pour moi, c’est un mythe, introduit par les médias et les politiques. Ce qui a la cote dans les quartiers, ce sont les associations de maraude, pour aider les gens ! » Il évoque ses difficultés à organiser des événements associatifs en milieu scolaire, en raison de l’ambiguïté supposée des règles : 20 à 35% de ses intervenantes sont voilées. Amel appuie ses camarades : « L’Etat nous abandonne, donc on se tourne vers les mosquées qui deviennent des alternatives pour nous aider : pour trouver un emploi, une alternance, un stage, une aide, elles sont un recours incontournable. Après, on nous accuse de ne pas tendre la main… »

Pour ces jeunes, évoquer le sujet du communautarisme n’est pas une invitation à témoigner sur les ravages de l’islamisme. A leurs yeux, il s’agit plutôt d’une énième manière de stigmatiser leur quartier, de pointer du doigt l’endroit d’où ils viennent et sa réputation, qui leur colle à la peau. On sent Gabriel Attal un peu désarçonné par ces jeunes, modèles d’intégration, qui n’en rejettent pas moins vigoureusement toute évocation du communautarisme dans leur ville. « Parler de communautarisme, ce n’est pas accuser tous les gens des quartiers ! », tente le jeune macroniste. « Le repli, on l’observe par des faits objectifs… » L’échange a montré toute la difficulté d’évoquer un problème bien réel sans heurter les habitants des cités populaires. « Quand on parle avec ces jeunes du communautarisme, soit ils ne le voient pas, soit ils ont très vite peur d’être stigmatisés, observe Attal. Le communautarisme prospère sur le sentiment d’abandon. » Un peu plus tard, lors d’un échange informel, un jeune passé par l’armée témoignera auprès du secrétaire de l’Etat de l’influence croissante des islamistes sur les jeunes d’origine maghrébine.

Les associations plutôt que le service public

Comment combattre ce phénomène, cette « hydre » décrite par Emmanuel Macron ? Dans la continuité de ses propos controversés d’octobre, dans lesquels il avait loué les bénévoles des Restos du coeur pour mieux dénoncer les lourdeurs de l’Etat, Gabriel Attal mise sur les associations plutôt que l’expansion des services publics.

« Il faut absolument renforcer la présence républicaine dans ces quartiers, et cela passe avant tout par la vie associative, affirme le secrétaire d’Etat. La lutte contre le communautarisme ne pourra pas se faire sans les associations. » La tournée dans toute la France du benjamin du gouvernement constitue en ce sens une sorte de banc d’essai : « Il nous faut identifier les acteurs qui adoptent des bonnes pratiques. L’Etat doit être plus exigeant sur l’engagement des associations en faveur des valeurs de la République, mieux cibler les associations à soutenir, mieux identifier les dérives et, surtout, se donner les moyens d’enrayer ces dynamiques à la racine. » Il n’a pas échappé à l’exécutif que, parfois, les associations font davantage partie du problème que de la solution. Néanmoins, les détracteurs du gouvernement ne manqueront pas de souligner que le soutien apporté aux associations, dont l’ampleur reste à déterminer, risque d’accélérer l’abandon par l’Etat de son rôle social. Ce n’est pas sous Emmanuel Macron, soucieux de circonscrire le périmètre d’intervention de la puissance étatique afin d’équilibrer les comptes, que les services publics feront leur retour dans les quartiers. « Je crois au rôle complémentaire des associations et de l’Etat, rétorque Gabriel Attal. Les associations, parce qu’elles agissent au plus près des jeunes dans les quartiers, peuvent parfois mieux et plus vite que l’Etat identifier les besoins et s’adapter. » Le secrétaire d’Etat doit rendre au président des propositions concrètes d’ici au mois de mars.

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