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France: la peur dans les banlieues et ses conséquences médiatiques

Thursday 2 September 2010, by siawi2

Pourquoi Arte a déprogrammé un documentaire sur une cité de banlieue

Par ELODIE AUFFRAY

Source: artefr, 1er septembre 2010

«Certains protagonistes du premier documentaire “La cité du mâle” se sentant en danger, Arte a décidé d’une déprogrammation temporaire de ce film».

Mardi, la soirée Théma de la chaîne franco-allemande a été écourtée. Intitulée «Femmes: pourquoi tant de haine?», elle s’est vue amputer, àla dernière minute, de sa première partie.

Le documentaire “La cité du mâle” est un retour filmé dans la cité Balzac, àVitry-sur-Seine, cette ville du Val-de-Marne où, en 2002, Sohane a été brûlée vive dans un local àpoubelles par un jeune homme de 19 ans. « À travers les scènes de la vie quotidienne, les dits et les non-dits, se dégagent les valeurs autour desquelles se construit une certaine identité masculine et le constat d’une situation qui ne cesse de se dégrader», indique le pitch.

Annulation de dernière minute

Le documentaire, que nous avons pu visionner, compile des témoignages de jeunes habitants de cette cité, filles comme garçons. A mots crus, provocants, ils y parlent de leur vision, qui ne peut que choquer, des relations hommes femmes. L’un d’eux y explique la différence entre «les filles bien» et les «chiennes», celles «qui se font trouer» avant le mariage. Sur les coups portés aux femmes, une jeune fille assure: «Je dis pas faut cogner, mais une petite claque ça fait pas de mal». Et assure, àpropos de la mort de Sohane, huit ans plus tôt : «Qu’est-ce que tu vas faire dans une cave? On sait que y’a des trucs. C’est àéviter, c’est tout».

Mais àune heure de la diffusion, vers 21h, «nous avons été contactés par des protagonistes du documentaire qui se disaient victimes de menaces et de pressions, et qui demandaient la déprogrammation», indique Emmanuel Suard, directeur adjoint des programmes d’Arte France.

«Une fixeuse (intermédiaire entre le terrain, dont il est originaire, et les journalistes qui enquêtent, ndlr) que nous avions engagée a demandé àvoir le film en milieu d’après-midi. Après 5 mn de diffusion, elle a été prise de panique. Elle nous a dit qu’elle avait des enfants, une famille, qu’elle avait peur», rapporte de son côté Daniel Leconte, président de la société Doc en Stock, qui a produit la soirée Théma.

Censure et responsabilité

«Dans le laps de temps qui restait avant la diffusion, il était impossible de vérifier la réalité de ces menaces. Nous avons préféré déprogrammer», défend Emmanuel Suard. Le documentaire a en revanche bien été diffusé en Allemagne, «où les mêmes problèmes ne se posaient pas, parce que les gens sont entièrement doublés».

Aux commentaires, nombreux sur le site de la chaîne, qui accusent Arte de «censure» ou de céder face aux pressions, Emmanuel Suard répond: « Nous avons àla fois le devoir d’informer et la responsabilité, en tant que diffuseur, vis-à-vis des gens que nous interrogeons. Nous ne pouvons pas faire comme si ce n’étaient pas des vrais gens, qui peuvent avoir des problèmes de sécurité».

Questions de floutage

Arte compte reprogrammer le documentaire, après enquête sur la réalité des menaces rapportées. Une réunion avec les personnes qui se sont plaintes doit avoir lieu ce jeudi. «La dimension essentielle du problème semble concerner la préservation de l’anonymat de ces témoignages, des questions de floutage, etc.», indique Emmanuel Suard.

Daniel Leconte dénonce un «précédent inadmissible» et regrette d’avoir dû céder face aux «pressions de caïds de banlieue». Arte souligne que ce phénomène est «très très rare». «Pour des documentaires d’investigation, il arrive qu’on rencontre des problèmes. Mais d’habitude, on arrive àles surmonter avant la diffusion», conclut Emmanuel Suard.