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France : « Des territoires perdus de la République aux territoires gagnés par les islamistes ? »

mercredi 29 janvier 2020, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/des-territoires-perdus-de-la-republique-aux-territoires-gagnes-par-les-islamistes-20200128

« Des territoires perdus de la République aux territoires gagnés par les islamistes ? »

GRAND ENTRETIEN - À la veille des élections municipales, Bernard Rougier comme Xavier Lemoine alertent contre le danger représenté par les listes communautaires, mais aussi par les « accommodements raisonnables » passés entre élus et entrepreneurs religieux.

Par Alexandre Devecchio
et MARGUERITE RICHELME

Les Territoires conquis de l’islamisme* (PUF), ouvrage collectif dirigé par Bernard Rougier, directeur du Centre des études arabes et orientales de l’université Sorbonne Nouvelle Paris-III, est une plongée effrayante dans ce que l’islamologue appelle les « écosystèmes islamistes » : des enclaves, de plus en plus nombreuses en France, noyautées par les salafistes et les Frères musulmans pour contrôler la population d’origine immigrée de confession musulmane. Nous avons confronté le regard de cet observateur à celui d’un homme de terrain.

Maire de Montfermeil, ville qui fut l’un des épicentres des émeutes de 2005, Xavier Lemoine se bat depuis près de vingt ans contre les pressions islamistes. Il partage le diagnostic de Bernard Rougier et appelle la République à renforcer sa présence et son autorité dans ces territoires pour éviter la partition.

LE FIGARO. - Bernard Rougier, Les Territoires conquis de l’islamisme, le titre de votre livre, n’est-il pas un peu provocateur ?

Bernard ROUGIER. - Il y a une provocation volontaire. Nous avons voulu restituer l’idée qu’il y avait eu constitution d’espaces physiques enclavés, marqués par un écosystème autour de la mosquée, de la sandwicherie hallal, de la librairie islamique, de la salle de sport, du terrain de foot. Ce sont des lieux d’apprentissage de la norme islamiste où les individus créent du lien et qui sont investis par un discours religieux à coloration salafiste. À travers tous les entretiens, on s’aperçoit qu’une socialisation islamiste s’accomplit à l’échelle locale, au point de former un territoire avec ses différents marqueurs. Cette notion de territoire a une réalité physique : elle est constitutive de la communauté, sous-entendu islamique, et s’oppose à d’autres espaces où la norme religieuse ne va plus de soi, n’est plus aussi légitime. Il y a aussi les espaces institutionnels : celui de la prison, lieu privilégié de diffusion des discours religieux et des pratiques rigoristes ; et, dans le registre de la démocratie locale, celui du conseil municipal où le clientélisme communautaire et religieux s’exerce. Il existe une diversité de scènes et de sites où les acteurs religieux tentent de pousser leur agenda idéologique. Ce sont ces éléments qui justifient l’idée de territoire.

Évidemment, il y a un écho avec le livre Les Territoires perdus de la République. Nous n’avons pas parlé de la délinquance, sauf quand celle-ci pouvait s’articuler avec l’engagement djihadiste ; ce n’est pas un livre de sociologie urbaine, ni de sociologie des banlieues. C’est un ouvrage sur l’action d’entrepreneurs religieux qui, à travers le maillage d’espaces physiques, cherchent à contrôler la population d’origine immigrée de confession musulmane.

Ces systèmes religieux peuvent cohabiter dans certains cas avec diverses formes de délinquance. Dans certains réseaux salafistes, on trouve l’idée qu’il n’est pas grave de vendre de la drogue si cette drogue est destinée aux « mécréants ». La délinquance est alors un moyen de lutter contre le système républicain désigné comme l’expression de la mécréance. De manière plus générale, c’est l’existence d’espaces salafisés dans certaines communes françaises qui explique le nombre de départ vers la zone syro-irakienne à partir de 2012-2013, et plus encore après la proclamation du « califat » islamique en 2014. Plus l’espace a été travaillé par ces réseaux, plus la socialisation a été forte autour des différents sites et plus la recherche de la pureté religieuse est devenue une exigence telle que lorsqu’une opportunité extérieure surgit, ces individus s’en saisissent. L’hypothèse du livre est d’affirmer un lien entre ces espaces islamisés ou réislamisés et les départs pour le djihad en terre orientale.

Xavier LEMOINE. - Le titre de l’ouvrage de Bernard Rougier n’est en rien provocateur. S’il faut le comprendre comme des enclaves dûment identifiées avec des frontières géographiques, cela existe mais elles sont encore rares. En revanche, la définition d’écosystème est plus appropriée puisque c’est protéiforme et diffus à l’échelle de nos villes. C’est donc bien plus profond et dilué que l’enclave. Ce sont les mêmes personnes qui peuvent aller à l’école de la République durant la journée, mais dès la sortie de classes sont prises en charge par les mosquées ou l’association sportive, si bien que le sport est fait en autarcie communautaire. On observe une cohabitation de modes de vie intriqués. L’appréhension en est bien plus subtile que lorsqu’un périmètre est déjà tracé. Si les quartiers populaires ont pu être touchés par les salafistes, on trouve des personnes d’obédience islamiste tout à fait organisées et déterminées au sein des classes moyennes supérieures.

Pour les pouvoirs publics, cela représente une plus grande difficulté d’identification et plus encore d’action. Autant les quartiers populaires représentent des périmètres identifiés, autant ces classes moyennes supérieures sont réparties de manière diffuse et disposent d’une bien plus grande autonomie d’action. Le contact est rompu.

Si les politiques publiques relevant de la politique de la ville ont permis à la République de maintenir le lien et son influence dans les quartiers populaires par le truchement des élus locaux, il reste à imaginer un autre mode opératoire pour la partie diffuse et autonome du phénomène étudié.

Vous décrivez la mise en place de ces enclaves que l’on peut qualifier de « salafo-fréristes ». Quel a été le processus ?

B. R. - Le processus fonctionne entre les deux rives de la Méditerranée. On ne peut pas étudier les formes d’islam en France sans prendre en considération le Maghreb et le Moyen-Orient. Dans la dynamique salafiste en Europe, il y a le contre-effet d’une révolution salafiste qui a bouleversé l’expression de l’islam dans le monde musulman après les indépendances politiques. Des facteurs conjoncturels ont aussi joué : le rôle de l’Arabie saoudite, bien sûr, mais aussi les modalités d’achèvement de la guerre civile algérienne à la fin des années 1990. Il y a eu alors un pacte entre militaires et salafistes, par l’intermédiaire des religieux saoudiens : les combattants du GIA ont abandonné la lutte en échange de positions d’influence dans le paysage religieux algérien. L’Algérie a ainsi servi de relais privilégié à la diffusion salafiste vers la France et vers l’Europe. Comme si le pacte algérien de sortie de la guerre civile avait pour effet mécanique de détricoter le pacte français républicain en y semant les germes de la division.

La diffusion du salafisme s’opère aussi évidemment par les pèlerinages qui sont un enjeu commercial et idéologique. La défense d’un islam salafiste va donner aux agences de pèlerinage la possibilité d’obtenir des visas pour aller de plus en plus souvent à La Mecque et à Médine. Le passage dans les lieux saints, c’est l’immersion dans un univers de sens - avec ses cheikhs, ses maisons d’éditions, ses sites internet - qui rétroagit ensuite dans les banlieues françaises pour diffuser le « véritable » islam. Il y a une sorte de concordance des sources de validation de celui-ci : Google, la librairie islamique de quartier, le prédicateur de la mosquée, celui du bled diffusent la même interprétation de l’islam. Cela rend donc très difficile la possibilité de sortir de cette définition de l’islam qui est validée par toutes ces sources d’autorité.

X. L. - Lorsque les pouvoirs publics ont maintenu une forte et exigeante présence, y compris dans la confrontation, on observe également la convergence de tous ces signaux extérieurs mais les pouvoirs publics ont aussi contribué à maintenir certaines personnes dans une forme de liberté quant à la manière dont ils entendent pratiquer. En dépit de certains signes extérieurs qui semblent appartenir à cette codification générale, ce sont des personnes qui savent parfaitement se démarquer d’un certain nombre de codes ou d’usages imposés. Ils parviennent à conserver une certaine liberté, grâce à un rapport constant et fréquent avec la République. En revanche, dès lors qu’il y a rupture avec la société française, alors nous entrons parfaitement dans le schéma indiqué dans Les Territoires conquis de l’islamisme. Il est important, par une cohabitation bienveillante, exigeante parfois, que les institutions maintiennent et intensifient leur présence pour établir un contrepoint à cette convergence de signaux qui existe.

Pour autant, les récentes réformes sociétales (théorie du genre à l’école, loi Taubira, lois de bioéthiques, PMA, peut-être GPA à l’avenir) constituent un repoussoir absolu parfaitement instrumentalisé par ceux qui veulent couper les musulmans de l’influence de la culture française.

L’emprise islamiste se nourrit-elle de la détresse sociale ?

X. L. - Elle est beaucoup plus prégnante, déterminée, durable et intelligente, auprès de cette nouvelle classe moyenne supérieure, évoquée plus haut, que dans les quartiers populaires où il y a une interaction plus forte avec la République. Pour peu qu’une présence affirmée permette d’agir. Il n’y a donc aucune corrélation automatique entre la détresse sociale et l’emprise islamiste.

B. R. - Chez les Frères Musulmans, le discours est porté par des ingénieurs, des professeurs, des universitaires, des cadres. Il y a clairement une partie de la classe moyenne diplômée qui veut imposer cette conception au reste de la population musulmane. On le voit dans l’histoire et la sociologie de l’islamisme. Le djihadisme, type Al-Qaïda, a été dirigé par des personnalités issues des Frères Musulmans, venus pour Ben Laden et Zawahiri de milieux très aisés. En revanche, dans le salafisme dijahdisme, on trouve des profils plus variés où l’excellence sociale repose sur la connaissance religieuse de l’arabe et des textes sacrés. Ils mettent d’ailleurs en cause les Frères, en dénonçant les positions de pouvoir qu’ils occupent dans la sphère profane grâce à leurs diplômes. Chez les sympathisants francophones d’Al-Qaïda, on voit apparaitre l’idée que l’on peut faire des thèses à l’Université et acquérir des positions d’influence dans la société. Chez les salafistes, on survalorise exclusivement la dimension religieuse. Il y a presque une forme de clivage de classe entre les Frères et les salafistes.

Quelle est la part de responsabilité de l’État et des élus locaux ?

X. L. - J’accepte qu’il puisse y avoir plusieurs pratiques de l’islam pour autant la version prônée par les frères musulmans n’est en rien une nouveauté, au regard de l’histoire de l’islam. J’ai toujours été surpris de la part des hommes politiques et de la part de la haute administration de leur méconnaissance des ressorts fondamentaux de l’islam qui sont à mon sens, pour certains d’entre eux, incompatibles avec les piliers sur lesquels notre société européenne, judéo-chrétienne est bâtie. Je vois trois sujets majeurs, la question de la laïcité, la question de l’égale dignité de l’homme et de la femme et la question de la liberté de conscience.

Ce sont bien plus que des divergences qui existent là. Peut-il vraiment alors y avoir durablement cohabitation pacifique de principes si antagonistes ?
Il convient donc aux pouvoirs publics dans ses actions en direction de nos populations d’avoir bien présent à l’esprit la nécessité de faire connaître, d’expliquer et le cas échéant de défendre ces principes communs sans quoi nous assisterions à de graves dérèglements de notre vie sociale. Ces politiques voulues, déterminées et soutenues au niveau national sont mises en œuvre avec bienveillance et persévérance au niveau local. Il doit y avoir « unité de vue » et de « commandement ».

Ces actions sont indispensables pour venir aider les personnes qui prises sous la contrainte de la communauté veulent s’en émanciper et poser librement les actes de leur vie personnelle, familiale, professionnelle, … La nature a horreur du vide et il est urgent de reprendre pied.

B. R. - Il y a risque pour le fonctionnaire « de souche » de bonne foi ou l’élu local de croire que des revendications islamistes sont légitimes sur le plan culturel et religieux. C’est par méconnaissance de l’islam et de la distinction islam/islamisme que l’on donne une solennité culturelle à ce qui est en réalité un projet idéologique et un discours orienté. Il y a eu un manque de vigilance dans les autorisations données à certaines associations sur la nature de leurs représentants, la nature de leurs discours et leurs liens avec l’extérieur. Il y a eu la mise en place d’une islamisation sous couvert de revendications culturelles. Ce qui a été dit, fait et diffusé notamment dans certaines mosquées, a brisé le lien républicain. C’est à la fois l’appareil d’Etat et les systèmes politiques locaux qui ont manqué de vigilance ou qui ont fait preuve de naïveté. C’est pour cela qu’il est indispensable de conserver cette distinction entre islam et islamisme. Sur les 20 dernières années, on observe la création d’un groupe de pression qui va vendre « les voix des musulmans » en échange de la satisfaction des revendications spécifiques sur les écoles confessionnelles, sur l’obtention de postes stratégiques dans les mairies , l’accès au logement social etc. . Dans certaines communes d’île -de-France, on voit que localement certains habitants ont abdiqué leur citoyenneté et considèrent qu’il faut passer par l’association religieuse pour obtenir des ressources publiques. C’est déjà un exemple de désintégration républicaine relayée - ce qui est choquant - par une partie du tissu républicain local. Il y a une responsabilité des élus.

La tentation est-elle importante pour les élus locaux de consentir à des « accommodements raisonnables » avec les islamistes dans l’espoir de pacifier la délinquance ?

X. L. - Malgré la réapparition dans nos villes de drogues dures, ces dernières ont été combattues il y a quinze ou vingt ans par certains religieux. C’est une réalité. Concernant par ailleurs des accommodements qui ont pu être passés, à certains endroits, ils peuvent perdurer encore aujourd’hui. Je me refuse fermement à la politique des « grands frères » qui est une forme déguisée de sous-traitance politico-culturelle. La République doit s’adresser à tous les citoyens, le discours n’est pas légitimé par l’origine, la religion ou la qualité de celui qui l’exprime. Cela peut sembler coûteux de ne pas sous-traiter la paix sociale mais c’est le seul moyen de ne pas être pris en otage. Pour cela, il faut savoir dépasser quelques manifestations hostiles qui ont pour but de vous faire céder. Il faut rester très vigilant, à tous les niveaux, y compris dans ses propres services municipaux.

B. R. - Nous avons interrogé, dans nos recherches, des anciens employés de la mairie d’Argenteuil. Selon eux, sous l’ancien mandat municipal, des médiateurs urbains ont été recrutés en échange de l’appui électoral du réseau salafiste local. Il a été rapporté que sur une quinzaine de médiateurs urbains, la moitié était salafiste et refusait de serrer la main des femmes. À l’échelle locale, la République se détruit elle-même, au nom d’un calcul électoral à courte vue et de l’achat d’une paix sociale forte de tensions futures bien plus grandes. En certains cas, la proximité entre la mosquée et l’école peut être préoccupante, puisque la première diffusera différents types d’interdits dans l’espace scolaire dès la maternelle. Il faut que les élus prennent conscience des risques de « l’orientalisation » des pratiques politiques. (Dans les lieux que nous avons étudiés), l’individu n’est pas vu comme individu mais comme membre du collectif. Cela ressemble à l’Empire ottoman, ou au Liban communautaire. Jérôme Fourquet a montré, à travers les listes électorales, que les jeunes femmes quittaient ces quartiers pour aller dans des zones où la pression islamiste était plus relâchée. Il y a une stratégie de sortie des jeunes femmes quand elles en ont les moyens.

Vous subissez, Xavier Lemoine, des pressions, j’en subis aussi. Nous entrons dans une société très compliquée puisque les réseaux sociaux et l’exigence de transparence font que toute critique de ces acteurs est considérée, par eux, comme des attaques. Les acteurs ne veulent pas être mis au jour et pour cela brandissent l’accusation d’« islamophobie ». Quand les politiques, voire des universitaires, relaient ces accusations, le champ de la recherche se ferme. Si nous n’avons pas une connaissance claire, dépassionnée et documentée de ces phénomènes, nous irons vers la constitution homogène de territoires dont on ne saura rien. C’est précisément ce que l’on veut éviter. L’école est le prolongement de l’Etat, le lieu où celui-ci affirme son autorité et sa promesse d’émancipation. On a perdu beaucoup de temps sur le voile, il faut garantir la qualité de sanctuaire à l’école et d’instrument d’émancipation.

Existe-t-il une majorité silencieuse qui aspire à l’émancipation ?

X. L. - Il y a une majorité de personnes, dans une très grande diversité de pratiques, qui veulent pouvoir garder la maîtrise personnelle de leur mode et choix de vie. Pour consolider cet état de fait, voire l’encourager, il importe que la République soit crédible pour protéger ces personnes des pressions subies. Si elles sentent un fléchissement des institutions, elles fléchiront aussi puis basculeront de l’autre côté.

Que pensez-vous des listes communautaires ?

B. R. - Dans la réalité, il y a des listes communautaires « invisibles » qui se mêlent à des listes politiques dites normales. L’exemple d’Aubervilliers est frappant : un membre de l’Association des musulmans d’Aubervilliers, très marqué par le salafo-frérisme, est en position éligible sur une liste proche de La France Insoumise. En réalité, il s’agit donc d’une liste « mixte ». Soulever la question des listes communautaires est intéressant pour créer la vigilance mais les interdire ne fonctionne pas véritablement. Cela s’est produit dans certains pays musulmans et les partis religieux ont pris d’autres noms pour prétendre à l’ouverture et à la représentativité. Le vrai problème réside chez les partis qui placent des candidats communautaires en position éligibles. Il me semble qu’une partie des violences contre les élus émanent de promesses d’« accommodements » non tenues après les élections. La manifestation contre « l’islamophobie » du 10 novembre 2019 est une réponse d’une partie de la gauche face à cette problématique, consistant à accepter ces listes et ce communautarisme. La France Insoumise a abandonné une partie de ses convictions républicaines en prenant part à cette manifestation. Le 10 novembre, un pacte s’est noué entre les islamistes et une partie de la gauche.

X. L. - Les listes communautaires pures existent, elles sont rares cependant. Elles permettent à la communauté de se rassembler, de se compter et de commencer un rapport de force. Une autre stratégie, celle du coucou, consiste à emprunter la notoriété d’un parti politique localement en déshérence qui, à son score résiduel, ajoute le score de la communauté. Le résultat électoral peut en être ainsi nettement amélioré et permettre d’obtenir quelques élus. On peut noter la part très active de certaines mosquées dans ces campagnes électorales. Enfin, à ces deux procédés assez visibles se rajoute, de plus en plus souvent, ces fameuses listes communautaires « invisibles » telles que décrites à l’instant par Bernard Rougier. C’est une stratégie d’influence et de noyautage.

Quelle réponse les pouvoirs nationaux et locaux peuvent-ils apporter à cette islamisation des territoires ?

X. L. - Je suis maire depuis 18 ans. J’arrive à la fin de mon troisième mandat. J’ai pu, lors des deux premiers mandats mesurer les effets des politiques menées localement.

Mais durant ce troisième mandat, obtenir des résultats dans le domaine éducatif, culturel, citoyen est beaucoup plus aléatoire. En effet, les politiques publiques se trouvent en concurrence directe avec les réseaux sociaux, avec les associations qui, en marge de notre société, œuvrent dans le domaine éducatif, culturel, social, sportif… L’écosystème s’est mis en place et a densifié son offre.

Si au regard des enjeux qui nous concernent, une politique générale n’est pas portée de manière claire et forte au niveau national, les politiques menées localement seront inopérantes. Nous avons besoin au plan national d’une vision non négociable pour être efficient au niveau local. Je continue mais je sais que mon action est fragilisée pour n’être pas, sur certains sujets, relayée à l’échelle nationale.

Ce basculement est lié à la faiblesse de l’Etat. Est-il aussi lié à des phénomènes de basculement démographique ou d’immigration ?

B. R. - Il y a eu une prise de conscience de la part du gouvernement, avec la circulaire sur l’islamisme et la réunion des préfets. L’idée qu’il ne faut plus seulement se focaliser sur le sécuritaire et empêcher les attentats mais aussi que le volet sociétal est fondamental et commence à s’imposer. Il y a une vraie prise de conscience de la part de ministres de la nécessité de nommer les choses, pour obtenir un consensus plus large sur la lutte contre l’islamisme. Contre ce phénomène, il faut recréer du collectif. Il faut des agents de l’Etat qui prennent des risques, en allant sur le terrain pour s’imposer. Il faut s’appuyer sur des personnes qui connaissent bien le terrain. Il faut reconstituer le renseignement territorial, connaître l’histoire du tissu local pour agir efficacement. L’enjeu est de recréer la République au niveau local, chose qui demande des personnalités hors du commun.

X. L. - La démographie a toujours commandé l’Histoire. Nos politiques, pour des raisons incompréhensibles, n’en ont jamais tenu compte.
Néanmoins, il est incontestable que la France vit une mutation démographique sans précédant dans son histoire. Aux enjeux strictement démographiques s’ajoutent également de sérieux enjeux culturels.