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Arrestation en France d’un cadre d’un groupe salafiste syrien

mardi 4 février 2020, par siawi3

Source : https://www.lorientlejour.com/article/1204980/arrestation-en-france-dun-cadre-dun-groupe-salafiste-syrien.html?utm_source=olj&utm_medium=email&utm_campaign=alaune


Arrestation en France d’un cadre d’un groupe salafiste syrien

Photo : Majdi Naameh, alias Islam Allouche, ancien porte-parole du groupe salafiste Jaïch al-islam.

Accusé de crimes de guerre, Islam Allouche est entré sur le territoire hexagonal avec un visa étudiant.

Caroline HAYEK
OLJ

03/02/2020

Entré en France avec un visa étudiant, il est aujourd’hui soupçonné de « crimes de guerre ». Ancien porte-parole du groupe salafiste Jaïch al-islam, Majdi Moustapha Naameh, plus connu sous son nom de guerre Islam Allouche, a été arrêté le 29 janvier à Marseille, mis en examen et écroué pour « actes de torture et complicité », « crimes de guerre » et « complicité de disparitions forcées ».

Après plusieurs années passées au sein du groupe rebelle qu’il quitte en 2017, l’homme s’exile en Turquie et tente d’effacer les traces de son passé en se présentant comme chercheur sur la Syrie, spécialisé en sécurité et terrorisme. Cet ancien capitaine des Forces armées syriennes, dont il a fait défection, a rejoint le puissant groupe islamiste et a pris la tête d’une brigade qui fut régulièrement accusée d’enrôler des enfants. Considéré comme un second couteau, Islam Allouche aurait toutefois été proche de Zahran Allouche, l’ancien chef de Jaïch al-islam, tué lors d’un raid de l’aviation russe en 2015. Plusieurs victimes le mettent directement en cause pour des faits d’enlèvements et de torture.

« Ce n’était pas un simple porte-parole, mais également un chef des opérations. Il était responsable de prisons, où des détenus étaient torturés, privés d’avocat, de soins ou de nourriture et condamnés sans procès. Lui a la chance aujourd’hui d’être bien traité, d’avoir un avocat et surtout de pouvoir avoir un procès équitable », affirme Almoutassim al-Kilani, juriste au sein du Syrian Center for Media and Freedom of Expression (SCM).

En juin 2019, une plainte avait été déposée en France accusant des membres de Jaïch al-islam d’avoir notamment commis des « actes de torture » et des « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » dans la Ghouta entre 2012 et avril 2018. L’initiative avait été portée par le SCM, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), la Ligue des droits de l’homme (LDH), ainsi que par des membres des familles de personnes disparues, au terme de trois années de recherches des ONG sur ce groupe salafiste.

Avant d’arriver à l’Université de Provence, grâce à un visa Erasmus début janvier, cet étudiant-chercheur de 32 ans en sciences politiques et relations internationales à l’Université d’Istanbul aurait séjourné en Hongrie lors d’un échange universitaire. « Nous avions reçu des informations sur le fait qu’il souhaitait se rendre en France en tant qu’étudiant et nous espérions qu’il soit admis (pour qu’il tombe sous le coup de la plainte déposée, NDLR) », confie Almoutassim al-Kilani.

Islam Allouche serait-il passé entre les mailles du filet sécuritaire en obtenant aussi facilement un visa étudiant pour la France ? « Il y a eu une brèche sécuritaire importante et il est nécessaire qu’il y ait des recherches plus approfondies. Il est très probable que de nombreux criminels de guerre syriens résident aujourd’hui en Europe à cause de ce genre de manquement », estime Almoutassim al-Kilani.

(Pour mémoire : L’histoire de Razan Zaitouneh)

Les quatre de Douma

Jaïch al-islam est soupçonné de l’enlèvement le 9 décembre 2013 de l’avocate et journaliste syrienne Razan Zeitouneh, son mari Waël Hamada et deux de ses collaborateurs, Samira Khalil (épouse de Yassine al-Hajj Saleh) et Nazem Hammadi, qui n’ont jamais été retrouvés. Razan Zeitouneh avait été l’une des figures du soulèvement populaire lancé en mars 2011 contre le régime de Bachar el-Assad et avait reçu cette année-là le prix Sakharov des droits de l’homme en compagnie d’autres militants du printemps arabe. Recherchée par le régime, elle s’était réfugiée dans la banlieue de Damas et avait commencé à critiquer les violations des droits de l’homme commises par toutes les parties au conflit, et notamment par les combattants de Jaïch al-islam. « L’arrestation de Majdi Naameh (…) pourrait être un message à tous les membres de la mafia Jaïch al-islam qu’ils ne seront pas en sécurité », écrit dans le quotidien al-Joumhouriya l’intellectuel et opposant syrien Yassine al-Hajj Saleh, espérant que l’homme pourra fournir des éléments sur les kidnappés surnommés les « Quatre de Douma ».

Jaïch al-islam figurait parmi les mouvements armés les plus puissants opérant dans la Ghouta orientale, avant que la région ne soit évacuée au printemps 2018. Le groupe est notamment connu pour avoir participé au massacre de Adra, où 32 Syriens chrétiens, alaouites et druzes avaient été tués lors de l’assaut de cette ville proche de Douma par une alliance de groupes rebelles et jihadistes. En 2015, les photos de Syriens alaouites et de soldats du régime enfermés dans des cages et servant de boucliers humains pour dissuader Damas de frapper avaient choqué l’opinion. Quelques années plus tard, des habitants confiaient à L’Orient-Le Jour vivre « sous l’oppression de Jaïch al-islam », « sous une même chape de plomb que celle du régime Assad ». Des combats fratricides avaient eu lieu entre Jaïch al-islam et des groupes rivaux Faylaq al-Cham et Hay’at Tahrir al-Cham (HTC, ancienne branche syrienne d’el-Qaëda). « Beaucoup d’activistes syriens accusait Jaïch al-islam de se battre contre ces groupes plutôt que contre le régime, sur ordre de l’Arabie saoudite qui le finançait. Il était également soupçonné de corruption et de trafics douteux avec Damas », souligne Zaki*, un journaliste syrien réfugié en Turquie.

L’arrestation de Islam Allouche s’inscrit dans la continuité des procès contre des Syriens soupçonnés de crimes de guerre.

En février 2019, un Syrien suspecté d’avoir participé aux exactions commises contre les populations civiles par le régime entre 2011 et 2013, alors qu’il était membre des services de renseignements locaux, a été mis en examen à Paris et écroué. En novembre 2018, la justice française a lancé des mandats d’arrêt internationaux contre trois hauts responsables du régime syrien, dont le chef des redoutables services de renseignements de l’armée de l’air, Jamil Hassan, mais aussi contre le chef du bureau de la Sécurité nationale syrienne, Ali Mamlouk, soupçonnés d’être impliqués dans des exactions contre deux citoyens franco-syriens.