Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > France : Mila et La mauvaise éducation

France : Mila et La mauvaise éducation

jeudi 6 février 2020, par siawi3

Source : http://nadiageerts.over-blog.com/2020/02/mila-et-la-mauvaise-education.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Mila et La mauvaise éducation

Publié le 6 février 2020

par Nadia Geerts

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur « l’affaire Mila ». Le silence assourdissant d’une bonne partie de la gauche, tout comme du monde féministe et même LGBT. Le confusionnisme ambiant, faisant que même des hauts responsables politiques semblent peiner à distinguer la provocation à la haine raciale de la critique d’une religion. Le droit au blasphème, théoriquement acquis, mais en pratique lentement – pas si lentement que ça – grignoté sous prétexte de politiquement correct – pardon : de respect des sensibilités. L’effroyable constat d‘échec d’une école publique qui s’avoue incapable de protéger une de ses lycéennes, de ce fait déscolarisée.

Que dire encore, après tout cela ? Une chose, peut-être, sur laquelle il n’a pas été suffisamment insisté à mes yeux.

Mila a seize ans. Elle est homosexuelle. Elle a été attaquée avec une violence extrême pour cette raison précise, par des milliers de jeunes garçons, de jeunes hommes qui, au nom d’Allah, se pensaient autorisés à la menacer de viol et de meurtre. Alors, elle a répondu qu’elle mettait un doigt dans le cul d’Allah.

Et d’aucuns lui reprochent sa grossièreté.

C’est en fait, c’est très grossier, ce qu’elle a dit là. Ce n’est même pas du tout respectueux. Ni d’Allah s’il existe, ni de la sensibilité des musulmans qui, j’en suis certaine, n’ont jamais imaginé que leur créateur puisse avoir un tube digestif.

Alors, il paraît qu’au lieu de soutenir Mila, d’admirer le calme et la fermeté avec lesquelles elle est apparue sur un plateau télé pour rappeler comment sa vie avait basculé et réaffirmer son droit au blasphème, il faudrait se désoler de son manque d’éducation.

Personne, jusqu’ici, n’a déploré que je sache le manque d’éducation des jeunes mâles musulmans qui, non contents de brandir le nom d’Allah à tous les coins de réseaux sociaux, se permettent d’agresser une jeune fille dont le seul tort, jusque là, a été de leur dire qu’ils n’étaient pas vraiment son type.

Attention, je ne pense certainement pas que ceux qui déplorent la grossièreté de Mila approuvent celle de ses adversaires. Non, bien sûr qu’ils condamnent. Mais en leur for intérieur, comme s’ils pensaient au fond d’eux-mêmes que cette grossièreté, cette violence-là, ce sont des données culturelles, contre lesquelles on ne peut rien faire. La vérité, c’est qu’ils ont déjà capitulé. Ils acceptent de vivre – et surtout de laisser vivre les jeunes filles comme Mila – dans un monde où elles devront apprendre à ne pas réagir à la provocation, à ne surtout pas « surenchérir » ni même répondre, sous peine de devoir encaisser à la fois les menaces de mort, de viol, de jets d’acide et j’en passe, et les leçons de bonne éducation.

Ça porte un nom. Ça en porte même deux : sexisme, et racisme.

Sexisme, parce que comme hier, comme avant-hier, comme depuis trop longtemps, ce sont les filles qu’on éduque, et c’est elles qu’on sermonne quand de si « vilains mots » sortent d’une « si jolie bouche » (pensée pour ma grand-mère). Si on les importune, c’est leur faute : elles n’ont pas su tenir leur place, leur jupe était trop courte, leurs propos pas assez respectueux, leur ton pas assez mesuré.

Racisme, si comme je le crains, ce sexisme se double d’un sentiment de fatalisme face à la violence de ces jeunes arabo-musulmans : comme s’ils étaient naturellement comme ça, qu’il n’y avait rien à y faire d’autre que de s’y adapter en courbant l’échine, parce que nous, n’est-ce pas, on a de l’éducation…

Comment expliquer, sinon, la place démesurée que prend dans le discours public le débat sur l’outrance des propos de Mila ? N’y a-t-il rien à dire, ou si peu, quand on est féministe, quand on défend le droit des homosexuels à vivre en paix, quand on dit se préoccuper du « vivre- ensemble », de la violence absolument effarante de tous ces jeunes hommes – assez nombreux, je le rappelle, pour que Mila ne puisse trouver aucune école pour l’accueillir - ?

Je n’aime pas la grossièreté. Je n’aime pas la violence. Mais il y a une violence symbolique dans cette manière de suggérer que Mila aurait dû, parce que femme, parce que « blanche » faire preuve d’une bonne éducation qu’on semble renoncer à exiger de ses agresseurs, qui me donne la nausée.