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Thuringe, attaque de Hanau... En Allemagne, « la CDU a une énorme responsabilité dans la montée de l’extrême droite »

FAR-RIGHT TERROR AND MAINSTREAM POLITICS

Wednesday 26 February 2020, by siawi3

Source: https://www.mediapart.fr/journal/international/220220/en-allemagne-la-cdu-une-enorme-responsabilite-dans-la-montee-de-l-extreme-droite

Thuringe, attaque de Hanau... En Allemagne, « la CDU a une énorme responsabilité dans la montée de l’extrême droite »

samedi 22 février 2020,

ìnterview de Thomas SCHNEE

par Robert LÜDECKE

Après l’attaque de Hanau, entretien avec Robert Lüdecke, porte-parole de la Fondation Amadeu-Antonio, l’une des principales ONG semi-publiques allemandes luttant contre le racisme.

Berlin (Allemagne), de notre correspondant.– Porte-parole de la Fondation Amadeu-Antonio [1], l’une des principales ONG semi-publiques allemandes luttant contre le racisme, Robert Lüdecke retrace la montée en puissance de l’extrême droite après la réunification allemande, tant dans les milieux politiques que dans la société civile.

Il souligne aussi comment des milieux conservateurs, d’abord incrédules puis effrayés par cette nouvelle concurrence, ont consciencieusement refusé de voir une réalité qui s’impose aujourd’hui brutalement.

Thomas Schnee : Comment voyez-vous l’attaque de Hanau ?

Robert Lüdecke : C’est d’abord l’une des attaques racistes parmi les plus meurtrières et terribles depuis 1945. Au-delà du caractère tragique de l’attentat, son caractère spontané et imprévisible frappe les consciences.

Nous sommes en présence d’un tueur d’un type nouveau qui se nourrit des idées d’extrême droite et des milieux complotistes, sans forcément être en contact avec eux. Il se fabrique son mélange idéologique tout seul, via Internet, et il agit selon son propre calendrier.

Comme chez Anders Breivik et Brenton Tarrant [les terroristes d’Utøya et de Christchurch – ndlr], on retrouve le désir plus ou moins marqué de devenir un héros exemplaire qui ne fait qu’accomplir ce qu’il pense être la volonté du peuple. Il publie ainsi une vidéo et un manifeste avec le souhait de faire des émules.

Votre fondation a été créée à la suite des premiers meurtres racistes qui ont suivi la réunification. Des pogroms de Rostock en 1992 à l’attaque de Hanau en 2020, comment s’est développée l’extrême droite en Allemagne ?

Après la réunification, il y a l’émergence d’une nouvelle identité est-allemande qui se construit un peu contre tout le reste et notamment les étrangers. À Rostock, nous avons ainsi des gens « normaux », pas forcément d’extrême droite, qui vont manifester contre des travailleurs immigrés vietnamiens qui habitent dans leur cité. Quand la police préfère évacuer l’immeuble, leur départ est applaudi par les habitants du quartier.

Un des parallèles avec ce qui se passe maintenant, c’est le fait que l’Allemagne connaît alors un fort afflux de réfugiés en provenance des Balkans. Déjà à l’époque, c’est la solution de la droite qui l’emporte : le pays durcit et restreint son droit d’asile. Cette réaction conduit à conforter l’extrême droite dans ses positions. Elle connaît un net regain à la fin des années 1990 avec le NPD qui tente d’unifier les différents micropartis existants.

Les politiciens conservateurs, qui détiennent souvent le maroquin de l’intérieur dans les Länder, ont par ailleurs une vision assez simpliste des jeunes d’extrême droite, que l’on considère un peu comme des jeunes frustrés faisant une crise d’adolescence certes un peu extrême, mais qui passera. À cette époque, beaucoup d’argent est dépensé pour créer des structures associatives qui peuvent les accueillir et les occuper. Or, c’est exactement dans ce milieu que le trio terroriste de la NSU se forme.

De même, les services de renseignement intérieurs pensent dur comme fer qu’en infiltrant ces milieux avec des indics, ils pourront les contrôler. Or, on sait depuis que ceux-ci ont souvent joué double jeu et que l’argent débloqué pour les payer a surtout servi à financer une partie des réseaux d’extrême droite.

Cette inconscience est-elle toujours de mise ?

En partie, oui. Il y a un refus de voir. Prenez le procès récent du groupuscule terroriste de la NSU, coupable de neuf assassinats entre 2000 et 2007. On y a constaté que tout était fait pour ne pas éclairer les nombreuses bévues policières, voire les complicités.

Prenez aussi l’exemple du réseau international Combat 18, qui agit en support, notamment dans le cas de l’assassinat du préfet Walter Lübcke en juin 2019. Nous demandons depuis longtemps son interdiction. Mais il faut plus de six mois au ministre conservateur de l’intérieur Horst Seehofer, qui a préalablement annoncé l’interdiction à venir, pour neutraliser et interdire le réseau. Ce qui veut dire qu’ils ont eu tout le temps de changer leurs planques, de cacher les armes et l’argent, voire même de créer une nouvelle structure…

La bascule vers plus de violence se fait après 2015…

Cela se passe avec la résurrection spectaculaire de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) après la « crise des réfugiés » en 2015. En critiquant la politique du gouvernement et en choisissant une ligne xénophobe anti-réfugiés, le parti explose dans les sondages, puis dans les élections. Il obtient pas mal de soutien de la part des réseaux d’extrême droite qui, de leur côté, voient dans ce parti un porte-voix politique idéal.

L’AfD, qui est à l’origine un parti plutôt bourgeois et anti-euro, attire soudain une clientèle aux idées brunes et se radicalise. Aujourd’hui, c’est son aile la plus raciste qui le contrôle.

L’AfD devient donc le relais plutôt efficace d’une pensée raciste et fascisante…

Grâce au jeu de la provocation permanente, aux réseaux sociaux ou à la désaffection de nombreux jeunes vis-à-vis des médias classiques, l’AfD parvient à donner l’impression qu’elle contrôle les débats. La technique est connue. Elle accumule les provocations et les violations de tabous pour faire peu à peu reculer les limites du politiquement correct. Cela commence quand ils évoquent la possibilité de tirer sur les familles de réfugiés aux frontières ou quand ils qualifient la période nazie de simple « chiure de l’histoire ».

Leur rhétorique est constamment agressive. Il s’agit de jeter la classe politique et la « presse mensongère » à la poubelle. Ou de citer nommément les journalistes critiques afin de les désigner comme cibles. Entre autres.

Quant à l’attitude des élus AfD dans les parlements, c’est une mauvaise plaisanterie. Ils n’ont pas leurs pareils pour calomnier leurs adversaires sur les réseaux sociaux. Ils savent très bien se nourrir du mécontentement et de la frustration des gens vis-à-vis des institutions démocratiques.

La société civile est-elle épargnée ?

Non. Elle en prend aussi pour son grade. De nombreuses initiatives LGBT, les Mémoriaux des camps de concentration ou les associations qui luttent pour l’égalité des sexes sont les cibles privilégiées des élus AfD, qui demandent qu’on leur coupe les subventions. De très nombreux bénévoles qui ont travaillé à l’accueil des réfugiés sont en butte aux chicaneries de l’extrême droite.

Pour notre part, notre fondation a été qualifiée à plusieurs reprises de « Fondation de la honte », ce qui nous a valu des courriers et menaces sous ce vocable. Autant vous dire que les fenêtres de mon bureau sont à l’épreuve des balles !

L’ancien président des renseignements intérieurs Hans-Georg Maaßen, en poste de 2011 à 2018 et toujours membre de la CDU, passe son temps à critiquer Merkel et prône des alliances avec l’AfD. Comment est-ce possible ? Qu’est-ce que cela signifie ?

Une partie des élites conservatrices s’est lancée dans un combat contre la modernisation et la libéralisation de notre société. Ils pensent que leurs privilèges sont menacés. Ils ne semblent pas avoir saisi le danger qui vient de l’extrême droite. Comme ça a été le cas en Thuringe début février, lorsque des élus de la droite classique ont préféré accepter le soutien des voix de l’AfD pour conquérir le pouvoir. La CDU a une peur panique du potentiel électoral de l’AfD qui braconne sur ses terres.

La crainte de perdre leur électorat le plus à droite conduit aussi les conservateurs à toujours placer la gauche radicale Die Linke sur le même pied que l’AfD. Ce qui est non seulement injuste, mais aussi complètement stérile et limite la marge de manœuvre de la CDU.

Cependant, pour rompre avec cette attitude et réaliser un aggiornamento, il faudrait que les conservateurs fassent le point sur l’histoire de leur parti et sur les erreurs commises dans la lutte contre l’extrême droite. Pour l’instant, ils n’y arrivent pas. On peut dire que la CDU a une énorme responsabilité dans cet échec collectif.

L’affaire de la Thuringe et l’attaque de Hanau ne vont-elles pas faire bouger les lignes ?

Le chef des conservateurs bavarois, Markus Söder, un temps attiré par le modèle autrichien, a admis qu’un rapprochement avec l’AfD serait une grossière erreur et il semble s’y tenir. Quant à Angela Merkel, elle a déclaré hier qu’il fallait lutter contre « le poison du racisme » qui « existe dans notre société ». Elle n’a jamais été aussi claire dans ses déclarations. C’est un début. Mais il faut que cela aille plus loin.

Il faut avoir le courage politique de tracer une ligne rouge et de s’y tenir, comme cela a finalement été le cas en Thuringe. Il faut aussi détruire les réseaux d’extrême droite et appliquer des peines lourdes. Il faut donner des compétences médiatiques aux jeunes, cesser de financer les associations antiracistes au compte-gouttes, ou encore ne plus se voiler la face en publiant chaque année un rapport plein de chiffres des renseignements intérieurs, qui cite, au mieux, les groupements identitaires mais jamais les structures qui les soutiennent.

°°°

Source: https://kenanmalik.com/2020/02/24/far-right-terror-and-mainstream-politics/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+kenanmalik+%28kenanmalik.com%29

FAR-RIGHT TERROR AND MAINSTREAM POLITICS

Kenan Malik

24.02.20

Photo: Hanau funeral

This essay, on how mainstream politics helps nurture far-right beliefs, was my Observer column this week. (The column included also a short piece on the costs of Jeff Bezos’ philanthropy) It was published on 23 February 2020, under the headline ‘Beware the politics of identity. They help legitimise the toxic far right’.

‘Hate is a poison that… is responsible for far too many crimes’, said the German chancellor Angela Merkel after the killing of nine people in a far-right terror attack on two shisha bars in the German town of Hanau last week. ‘This is neither rightwing nor leftwing terror, it’s the crazy act of a deranged man,’ responded Jörg Meuthen, a spokesman for the virulently anti-immigrant Alternative für Deutschland (AfD).

It’s an argument that’s becoming as depressingly familiar as the attacks themselves. The Hanau killings follow the murder last June of the Christian Democrat politician and champion of refugee rights Walter Lübcke and an attempt in October to storm a synagogue in the eastern city of Halle. Days before the attack, German police made raids across the country to take down a terror cell allegedly planning to plunge Germany into a ‘state of civil war’ by attacking Muslims and asylum-seekers.

These incidents have raised again questions about the nature of German politics and culture. This is not, however, simply a German disease. From Anders Breivik whose murderous rampage in Oslo and Utøya took the lives of 77 people to Dylann Roof, who killed nine black people at a Charleston church, from Thomas Mair, who murdered the MP Jo Cox to Brenton Tarrant, currently awaiting trial for the Christchurch mosque shootings, far-right terror is a global problem. It’s not as endemic as Islamic jihadism but, especially in Europe and America, white nationalist violence is becoming a major issue.

Far-right terrorism does not exist in isolation, any more than jihadism does. As with jihadism, personal and political grievances become refracted through the politics of identity to create a worldview shaped by a noxious brew of visceral racism and conspiracy fantasies. The individuals involved may be delusional, but those delusions feed upon sentiments nurtured by our political culture. It’s not a general problem of ‘hatred’ but the specific vilification of migrants and Muslims and the encouragement of ideas of white victimhood.

‘Europe is committing suicide. Or at least its leaders have decided to commit suicide… by the end of the lifespans of most people currently alive, Europe will not be Europe and the peoples of Europe will have lost the only place in the world we had to call home.’ Apart from in the elegance of expression, that thought, and that sentence, would not have been out of place in the manifesto of the Hanau gunman Tobias Rathjen. In fact, it appears on the opening page of Douglas Murray’s 2017 bestseller The Strange Death of Europe. The American writer Christopher Caldwell argued in his acclaimed Reflections on the Revolution in Europe that immigration to Europe has been akin to ‘colonisation’. Another prominent American writer, Sam Harris, has claimed that ‘the people who speak most sensibly about the threat that Islam poses to Europe are actually fascists’.

Ideas that once were confined to the fringes are now routinely and unashamedly aired by mainstream commentators. We are constantly told that unless we normalise ‘white racial self-identity’ and address the ‘cultural anxiety’ that immigration creates by more tightly controlling immigration, then the far right will prosper. In reality, the opposite is true: the more we give credence to ideas that once belonged only to the fringe, the more that fringe will become legitimate.

Migrants are now held responsible not just for the ills of society but even for their own murder. Rachida Dati, the centre-right candidate to be mayor of Paris, suggested that the blame for the Hanau killings lay with Merkel’s too-liberal immigration policies.

If the right’s obsession with immigration has helped give new legitimacy to arguments of the far right, so has the left’s blindness to the consequences of the politics of identity. Many on the left now embrace the idea that one’s interests and values are defined primarily by one’s ethnic or cultural or gender identity.

The politics of identity is, however, at root the politics of the reactionary right. The original politics of identity was that of racial difference, the insistence that one’s racial identity determines one’s moral and social place in the world. Now, identitarians of the far right are seizing upon the opportunity provided by the left’s adoption of identity politics to legitimise their once-toxic brand. Racism became rebranded as white identity politics.

It’s an expression of the pernicious befuddlement of today’s politics that rightwing critics of identity politics are among the most vehement defenders of the idea of a European homeland to be protected against immigrant invaders, while leftwing critics of white identity are staunch defenders of every other form of identity politics.

No one is responsible for an act of terror but the terrorists themselves. What the rest of us should not do, however, is provide legitimacy to their arguments or nurture their toxic beliefs.

The photo is of a funeral in Hanau by Nicolas Armer/dpa