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Nouvelle Zélande : La COVID-19 met plus que jamais en danger les Néo-Zélandaises qui sont dans l’industrie du sexe ; pourquoi le lobby visant à faire décriminaliser cette industrie ne les aide-t-il pas ?

dimanche 29 mars 2020, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : https://tradfem.wordpress.com/2020/03/27/la-covid-19-met-plus-que-jamais-en-danger-les-neo-zelandaises-qui-sont-dans-lindustrie-du-sexe-pourquoi-le-lobby-visant-a-faire-decriminaliser-cette-industrie-ne-les-aide-t-il-pas/

La COVID-19 met plus que jamais en danger les Néo-Zélandaises qui sont dans l’industrie du sexe ; pourquoi le lobby visant à faire décriminaliser cette industrie ne les aide-t-il pas ?

Traduction TRADFEM

27.03.20 Il y a 4 heures

par Renée Gerlich

Le 21 mars, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a annoncé que le pays serait mis en quarantaine en réponse à la pandémie de COVID-19. Elle a expliqué :

« Nous avons la chance d’être encore loin derrière la majorité des pays d’outre-mer au plan du nombre de cas, mais la trajectoire est claire. Il faut agir immédiatement ou risquer que le virus s’enracine comme il l’a fait ailleurs.

Nous avons actuellement 102 cas. Mais l’Italie a déjà connu le même nombre. Aujourd’hui, le virus a submergé leur système de santé et des centaines de personnes meurent chaque jour.

La situation ici évolue au même rythme, et nous devons en faire autant.

Nous avons toujours dit que nous allions agir rapidement, de manière décisive, et que nous allions y aller fort. Et c’est ce que nous allons faire. »

Mme Ardern a présenté le système d’alerte à quatre niveaux que le gouvernement utiliserait, d’abord pour se Préparer à attaquer le virus, puis pour Réduire le risque de transmission dans la communauté, puis pour Restreindre davantage les contacts de personne à personne et enfin pour Éliminer le risque en imposant une quarantaine complète.

Le lundi 23 mars, la Nouvelle-Zélande est passée au niveau d’alerte 3 et s’est préparée à passer au niveau 4 48 heures plus tard. Nos frontières sont fermées et on demande aux gens de rester chez eux et de se tenir à deux mètres les uns des autres, par exemple lorsqu’ils « font des courses essentielles ». Les services essentiels fonctionnent toujours et les écoles sont fermées, sauf pour les enfants des personnes qui les font fonctionner. Mme Ardern a précisé qu’ »il n’y aurait aucune tolérance » pour les infractions à ces consignes, en ajoutant :

« La police et l’armée travailleront ensemble, et une assistance est disponible en cas de besoin. Si les gens ne se conforment pas aux directives émises ici aujourd’hui, alors les policiers rappelleront aux gens leurs obligations ; ils ont la possibilité d’escalader si nécessaire, ils peuvent arrêter des gens au besoin, ils peuvent les détenir au besoin ».

De nombreux Néo-Zélandais sont fiers de l’esprit de leadership de Mme Ardern. Le gouvernement a préparé des mesures de compensation financière pour les employés, les entreprises et les entrepreneurs individuels afin de réduire leur fardeau financier, car il est demandé aux gens de s’isoler pour empêcher le virus de se propager. Elle en a présenté les détails sur un site web intitulé Unite Against COVID-19.

Women’s Refuge, une organisation qui coordonne un réseau de refuges pour les victimes de violence conjugale dans toute la Nouvelle-Zélande, a reconnu que l’une des plus grandes préoccupations de cette mise en quarantaine est que de nombreuses femmes et de nombreux enfants ne sont pas en sécurité à la maison. La directrice générale de l’organisation, la Dre Ang Jury, a expliqué que « bien que cela soit clairement très nécessaire, l’auto-isolement signifiera probablement une escalade de la violence pour de nombreuses femmes ».

L’alternative pour de nombreuses femmes serait de rejoindre les 34 000 Néo-Zélandais-es et plus qui souffrent d’une grave pénurie de logement. Or, les femmes sans-abri sont plus vulnérables que leurs homologues masculins, notamment en raison du risque élevé de violence sexuelle. Pour les femmes, les menaces de violence conjugale, de sans-abrisme et de prostitution sont liées, et bon nombre des femmes en prostitution ont connu la violence conjugale, ainsi que le sans-abrisme et l’itinérance.

Cela soulève la question suivante : quels conseils le New Zealand Prostitutes’ Collective (NZPC) propage-t-il en réponse à la COVID-19 ? Cette question doit être posée pour une autre raison importante : la prostitution se prête également à la propagation de maladies. Le ministère de la Santé finance le NZPC à hauteur de 1,1 million de dollars par an, ostensiblement pour cette raison : réduire la propagation des maladies sexuellement transmissibles (MST). L’approche de la NZPC consiste à distribuer des préservatifs, des brochures et un manuel de 125 pages intitulé « Stepping Forward« , pour « aider » les femmes prostituées à résoudre d’elles-mêmes ce problème. Environ la moitié de cette brochure consiste à décrire les MST les plus courantes, à l’aide de petites images à basse définition de verrues génitales, de gonorrhée et de chlamydia telles qu’elles apparaissent (parfois) sur les organes génitaux des hommes.

Un manuel produit par le Service de la sécurité et de la santé au travail du ministère du Travail conseille aux femmes de l’industrie du sexe, en cas de rupture du préservatif, de retirer le sperme de leur vagin en « s’accroupissant et en poussant pour le faire sortir par un effort musculaire vaginal ». Les doigts peuvent être utilisés pour écoper le liquide. »

En 2005, une femme de 24 ans a été étranglée, ligotée, violée, écrasée et tuée après une dispute avec un prostitueur après que celui-ci ait refusé d’enfiler un préservatif.

Les adeptes d’une dépénalisation intégrale de la prostitution affirment souvent qu’il n’est pas possible d’éliminer complètement le risque de violence et de maladie lié à la prostitution, parce que la prostitution est inévitable et ne peut être arrêtée, et parce qu’elle est essentielle – certains hommes ne pouvant tout simplement pas survivre sans avoir accès à des femmes sur le plan sexuel. Ainsi, offrir aux femmes des brochures et des préservatifs, et normaliser la prostitution en la légitimant au plan juridique serait le mieux que l’on pourrait faire.

Pourtant, après l’annonce de la quarantaine liée à la COVID-19, le NZPC a mis à jour la page d’accueil de son site web pour annoncer que la prostitution devait être stoppée avant minuit mercredi. Cette page se lit maintenant comme suit :

« INFORMATION SUR LA COVID-19 : DIRECTIVES POUR L’ARRÊT DU TRAVAIL SEXUEL PAR CONTACT PHYSIQUE AVANT MINUIT MERCREDI 25 MARS 2020

La NZPC reconnaît que le travail du sexe est un travail et constitue la principale forme de revenu pour un certain nombre de personnes.

Cependant, comme la Nouvelle-Zélande passe au niveau d’alerte 4, les travailleuses du sexe sont priées de se conformer à l’obligation de rester chez elles pendant la période d’isolement de quatre semaines indiquée par le gouvernement. Seuls les travailleurs des services essentiels seront autorisés à travailler. Le travail du sexe n’est pas classé parmi les services essentiels (médecins, pharmaciens, police, ambulance, pompiers, vétérinaires, production alimentaire et supermarchés).

C’est pourquoi la NZPC souhaite que toutes les travailleuses du sexe respectent l’interruption de quatre semaines.

En cas de non-respect, des fonctionnaires pourraient se rendre sur votre lieu de travail pour faire respecter cette directive ».

Le message se termine par un lien vers le site web Work and Income New Zealand (WINZ) et vers le site gouvernemental Unite Against COVID-19.

Cette notification sur le site web de la NZPC comporte quelques concessions. La première est que la prostitution peut être arrêtée – et immédiatement – si la volonté politique est présente et si le besoin est considéré comme urgent. Le fait que le taux de violence sexuelle contre les femmes dans la prostitution soit plus élevé que celui commis dans tout autre contexte n’a tout simplement jamais constitué une menace suffisamment urgente à leurs yeux. La deuxième concession est que les hommes n’ont pas réellement besoin de la prostitution – elle n’est ni essentielle, ni un besoin humain, ni un droit. C’est une chose dont les hommes peuvent se passer.

Certaines hypothèses sous-tendent également la décision du NZPC de cibler les femmes prostituées avec ses directives de « CESSER LE TRAVAIL DU SEXE AVEC CONTACT PHYSIQUE DÈS MINUIT MERCREDI ». Selon des études que la NZPC a contribué à réaliser, 72 % de ces femmes sont coincées dans l’industrie du sexe en raison de leurs circonstances. Une enquête menée en 2007 par la NZPC pour examiner les lois actuelles a montré que 10 % des femmes qui se prostituent disent qu’elles « ne savent pas comment partir », 8,5 % disent qu’elles « ne peuvent pas obtenir d’aide pour partir », 24 % « ne savent pas quoi faire d’autre » et 29,5 % « n’ont pas d’autres revenus ».

Pourtant, la NZPC prend pour acquis que ce sont ces mêmes femmes qui ont le pouvoir et la responsabilité de fermer l’industrie. Elles tiennent pour acquis que c’est l’ »offre », et non la « demande » – ou plus exactement, les victimes, et non les perpétrateurs – qui devraient être menacées d’une intervention de l’État en cas de « non-respect de la directive ». Les femmes prostituées seront-elles arrêtées ? Allons-nous assister à un retour des descentes dans les maisons closes que la police effectuait avant la Loi sur la réforme de la prostitution de 2003 ? Cette politique sera-t-elle approuvée par le NZPC ?

Le fait que la NZPC place l’entière responsabilité entre les mains de ces femmes, qui n’ont guère d’alternative, voire aucune, et les menace d’une intervention policière si elles ne se conforment pas à la loi, démontre que l’organisation n’est ni féministe, ni rien qui ressemble à un syndicat défendant les droits des travailleuses.

Cette réaction à la COVID-19 met en évidence le fait que la dépénalisation complète de la prostitution ne protège pas réellement les femmes.

Mardi, l’organisation Wahine Toa Rising (WTR), guidée par des survivantes de la prostitution, a adressé une lettre à des ministres du Parlement pour leur demander « quel soutien financier et autre est disponible pour les femmes et les jeunes qui sont actuellement dans la prostitution » et « quelles mesures sont en place pour garantir que les femmes et les jeunes en prostitution sont protégés de contracter ou de transmettre le virus de la COVID-19 ».

Le moins qu’une organisation financée par le ministère de la Santé puisse faire pour les femmes en prostitution face à la pandémie de COVID-19 est d’exiger du gouvernement une allocation de fonds pour aider les femmes à sortir de l’industrie en sécurité, et d’insister sur l’interdiction d’acheter et de prostituer les femmes, plutôt que de menacer des femmes maltraitées pour leur imposer de rester chez elles, alors qu’elles font partie d’une population qui les rend particulièrement susceptibles de ne pas avoir un domicile sûr où aller.

Le NZPC a tendance à minimiser les difficultés véritables liées à la prostitution. Dans un article de 2017 annonçant le lancement d’un refuge pour aider les femmes à sortir du commerce du sexe, la coordinatrice des programmes du NZPC, Dame Catherine Healy, a affirmé que seulement 10 % des femmes ont besoin d’aide pour quitter la prostitution. Cette affirmation ne concorde aucunement avec les recherches mondiales, les témoignages de survivantes ou les propres enquêtes du NZPC.

Cela conduit à un autre point : la prostitution est une industrie qui profite des situations de crise, et la présente crise ne fait peut-être pas exception à la règle.

La main-d’œuvre est sexuée – c’est le problème que souligne les campagnes en vue de mettre fin aux écarts de rémunération. Le travail de soins a tendance à être féminisé – 92 % du personnel infirmier et 72 % du personnel enseignant de Nouvelle-Zélande sont des femmes. Dans les industries et les secteurs qui ne sont pas « féminisés », les femmes ont tendance à être moins bien payées, à être considérées comme plus superflues et à risquer davantage de perdre leur emploi et un salaire viable. Dans les cas où les entreprises réduisent leur personnel, les femmes sont susceptibles de subir une part disproportionnée de ces mesures. Les compagnies aériennes, par exemple, sont susceptibles de renvoyer les hôtesses de l’air chez elles, lorsqu’elles réduisent leurs activités.

C’est ainsi que les situations de crise ont tendance à se dérouler et c’est l’une des raisons pour lesquelles elle entraîne généralement une expansion du commerce du sexe – parce que les femmes doivent encore se loger et se nourrir, ainsi que leurs enfants, pendant les crises économiques. Quant aux hommes, ils exploiteront la dépendance accrue des femmes quelles qu’en soient les circonstances. Ils tournent apparemment déjà de la pornographie sur le thème du coronavirus !

Si le commerce du sexe en Nouvelle-Zélande se développe en raison de la vulnérabilité des femmes et des retombées économiques résultant de la COVID-19, il va sans dire que cela entraînera une propagation de maladies, et pas seulement de cette maladie respiratoire. La syphilis est en hausse en Nouvelle-Zélande. Au cours de l’année se terminant en mars 2019, 548 cas ont été signalés, contre 82 en 2013.

Pourtant, le NZPC continue de se contenter de distribuer des préservatifs et des brochures et de promouvoir la légitimation du commerce du sexe. Elle n’offre aucun service de sortie et, comme indiqué, elle en sape même la nécessité lorsque d’autres personnes tentent d’assumer cette tâche. Il ne protège pas les femmes du danger. Voyez les conseils que le NZPC offre aux femmes dans sa brochure Stepping Forward, en termes de « traitement des clients violents » :

« Faites le plus de bruit possible pour attirer l’attention. Essayez de crier AU FEU, ce qui sera probablement plus efficace pour alerter des passants. Si vous portez un sifflet autour du cou, sifflez très fort dans l’oreille de l’agresseur. »

Mais le NZPC précise plus tard que « faire du bruit » peut « se retourner contre vous parce que certains clients attendent que vous le fassiez pour avoir une excuse de vous agresser. »

Avant l’annonce de la quarantaine, le 19 mars, le site d’information « progressiste » The Spinoff a publié un article intitulé « Covid-19 ? : Que se passe-t-il lorsque toucher les gens fait partie de votre travail », qui faisait notamment référence à la prostitution. Dans cet article, Healy donne ce conseil désinvolte aux femmes en prostitution :

« Il y a aussi la prostitution par webcam, mais ce n’est pas une activité très lucrative en général. Compte tenu que nous avons plusieurs milliers de travailleurs du sexe en ce moment, la meilleure suggestion est de se trouver une autre source de revenu. »

Cette semaine-là, Healy a répondu à une demande d’aide d’une femme en lui envoyant une capture d’écran du formulaire de demande d’emploi WINZ, ignorant totalement le fait que la nature de son travail est d’aider les femmes dont la situation est désespérée.

La prostitution est également corrélée à la violence familiale par le biais de la pornographie, dont l’utilisation de webcam est une forme. Le tournage d’images de prostitution pour en faire de la pornographie a été qualifié de « crise de santé publique », et en Nouvelle-Zélande, on sait qu’environ 54 % des exploiteurs sexuels d’enfants utilisent de la pornographie. Avec la quarantaine, beaucoup de ces hommes consommateurs de pornographie passeront maintenant plus de temps à la maison, avec leurs enfants.

Comme le dit la fondatrice de Wahine Toa Rising, Ally Marie Diamond :

« La dépénalisation complète ne protège que les proxénètes, les acheteurs, les propriétaires de bordels et ceux qui profitent du commerce du sexe. Comme l’a prouvé le COVID-19, les femmes qui pratiquent le commerce du sexe en Nouvelle-Zélande ne sont pas protégées. Elles ne sont pas plus en sécurité, elles sont en fin de compte plus en danger aujourd’hui qu’elles ne l’auraient été avant la réforme de la loi en 2003. Quand allons-nous commencer à ouvrir les yeux et à nous éveiller à ce qui se passe autour de nous ? Il est vraiment temps de regarder les choses autrement. »

Une autre chose que COVID-19 a prouvé est que lorsqu’une menace est considérée comme suffisamment urgente et que la volonté politique est présente, le gouvernement et le public néo-zélandais sont prêts à s’engager dans une ligne de conduite qui ne se contentera pas de réduire mais éliminera cette menace.

Pendant que nous sommes toutes et tous en isolement, de nombreuses personnes vont réfléchir plus profondément à leur vie et à leurs relations. La prostitution et la pornographie nous touchent tous et toutes. Ces activités perpétuent le viol et la chosification, et il n’y a pas de limite à l’ampleur et à la profondeur de leur impact sur les relations sexuelles et la culture dans laquelle nous vivons. À l’heure actuelle, ces industries et leur normalisation contribuent directement à une situation dans laquelle de nombreuses femmes et de nombreux enfants ne sont pas en sécurité, y compris à la maison, en quarantaine.

Voici peut-être quelques questions que nous devrions nous poser collectivement pendant que nous sommes en quarantaine : la violence des hommes à l’égard des femmes et des enfants n’est-elle pas une menace urgente, digne d’être éliminée ? Peut-elle prendre fin tant que le viol est accepté comme inévitable, et normalisé et rentabilisé par la prostitution et le porno ? À quoi ressembleraient vraiment nos vies, individuellement et collectivement, si nous prenions les mesures nécessaires pour éliminer de nos vies et de notre culture la menace de la violence des hommes envers les femmes et les enfants ?

Renee Gerlich est une écrivaine féministe indépendante basée dans la région de Wellington, en Nouvelle-Zélande.

Version originale : « COVID-19 puts women in New Zealand’s sex trade in more danger than ever ; why isn’t the decrim lobby helping ? » :