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France : Pandémie « C’est le rassemblement évangélique à Mulhouse, mais tous les jours » : l’inquiétude des syndicats de l’usine PSA Vesoul face au coronavirus

jeudi 2 avril 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/economie/c-est-le-rassemblement-evangelique-mulhouse-mais-tous-les-jours-l-inquietude-des-syndicats?_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Pandémie
« C’est le rassemblement évangélique à Mulhouse, mais tous les jours » : l’inquiétude des syndicats de l’usine PSA Vesoul face au coronavirus

Par Samuel Piquet

Publié le 31/03/2020 à 09:35

Le maintien de l’activité de la plus grande plate-forme de logistique automobile d’Europe (PSA Vesoul) dans cette petite ville de 15.000 habitants n’est pas sans risque, d’autant que les précautions sanitaires de base n’ont pas été tout à fait respectées dans un premier temps.

La pandémie ne les aura pas tout à fait mises à l’arrêt. Quand, ce vendredi 27 mars, la direction de PSA annonçait la réouverture prochaine des usines de Valenciennes le 30 mars et de Douvrin le 3 avril, celle de Vesoul continuait patiemment son activité. Car si la production d’automobiles y a été interrompue, la distribution de pièces détachées, considérée comme indispensable pour garantir notamment les déplacements des personnels soignants, n’a pas cessé.

Pour les syndicats, cette activité ininterrompue a une explication : « Pour PSA, le profit passe avant la « guerre » contre le coronavirus ! », peste Cédric Fisher, délégué syndical CGT. Ils veulent maintenir l’activité à 50% alors qu’ils parlaient au départ de 20%. Stéphanie Margotin (Responsable des relations sociales chez PSA Vesoul ndlr) prétend en plus que PSA est l’endroit le plus sûr de Vesoul ». (Contactée, celle-ci n’a pas souhaité répondre à nos questions). Jean-Pierre Mercier, délégué central CGT groupe PSA, confirme cette impression : « Il y a 1.500 salariés qui travaillent sur le site en ce moment. C’est comme le rassemblement évangélique à Mulhouse mais tous les jours. On confine tout le monde sur un même lieu pendant 8 heures ».

« Le risque 0 n’existe pas »

La ville n’est pourtant pas intouchable. Dans une région particulièrement frappée par l’épidémie de coronavirus, les premiers cas d’infection n’ont pas tardé à apparaître sur le site : d’après les chiffres communiqués par la direction aux syndicats trois malades ont été avérés début mars, 31 cas suspects la semaine dernière et 71 ce vendredi 27 mars, et beaucoup d’autres, très certainement, porteurs du virus. Or, sur un site accueillant chaque jour 1.363 personnes, les risques de propagation du virus sont très importants.

D’autant que, sur place, les règles sanitaires ont tardé à être respectées. D’après Cédric Fisher, jusqu’ici, les portillons n’étaient pas désinfectés. Les ouvriers n’ont pas non plus de gel hydroalcoolique. Les masques de protections ne sont eux arrivés qu’en début de semaine dernière. « Chaque employé a désormais 2 masques par jour, on ne peut pas dire qu’il n’y ait pas de mesures, relativise Jean-Yves Poulet, secrétaire FO PSA Vesoul, syndicat majoritaire. Ils ont eu du mal à les mettre en place mais aujourd’hui ils font le maximum. Mais le risque 0 n’existe pas ».
Des vecteurs de transmission du virus

Un “maximum” qui, pourtant, semble laisser à désirer. Ainsi, au sein de l’entreprise, la consigne selon laquelle l’entreprise est censée prendre la température de chaque salarié est loin d’être respectée. « On a dérogé à la règle, c’est à chaque salarié de contrôler sa fièvre. Certains ne le font pas », explique ainsi Jean-Yves Poulet. Cette entorse à la règle n’est pas une exception : « On interdit aux gens de se laver les mains toutes les heures sous prétexte qu’on a des gants. Mais on nous dit que changer les gants une fois par heure coûte trop cher », ajoute Cédric Fisher.

Autre problème : certaines activités pratiquées ne permettent pas de garantir l’écart minimum d’un mètre 50 entre les employés, ce que la direction elle-même a reconnu, mais seulement en fin de semaine dernière, d’après Cédric Fisher : « Aux pinces, au secteur ferrage, ils bossent à moins d’un mètre. Dans les faits, on ne peut pas faire autrement. Même chose aux balancelles en peinture ». Dernier détail, et non des moindres : les consignes en matière de transport ne sont pas non plus respectées puisque le co-voiturage se poursuit, jusqu’à 5 dans des véhicules de 9 places.

Or le co-voiturage est un un excellent vecteur de transmission du virus. Jean-Yves Poulet en sait quelque chose : il était dans le véhicule qui s’est rendu à Sochaux début mars et qui est revenu avec les premiers contaminés officiels de l’usine. « On était huit dans le véhicule, quatre ont passé le test, trois ont été déclarés positifs et mis en ‘quatorzaine’, dénombre-t-il. Deux sont malades mais n’ont jamais fait les tests, deux n’ont rien déclenché et une n’a toujours pas le résultat alors qu’elle a fait le test le même jour que les autres, à 45 minutes près, et qu’elle a été malade elle aussi ».
Menaces économiques

Ce flou illustre à merveille l’une des grandes difficultés de la pandémie de coronavirus : connaître avec précision le nombre de personnes infectées. « Je ne demande pas les chiffres (à la direction), je sais qu’ils sont faux, estime Jean-Yves Poulet. Certains salariés n’ont pas fait le test et sont porteurs du coronavirus. Une dame que je connais est malade chez elle mais elle ne le fera pas, donc on ne sera jamais certains. Cette incertitude arrange la direction ».

Les éléments entourant l’évolution de la maladie sur le site de Vesoul ne sont pourtant pas très rassurants : ni l’évolution rapide des cas suspects, ni la réticence avec laquelle la direction communique les chiffres - il a fallu attendre sept jours avant de savoir s’il y avait de nouveaux cas - ne sont faits pour tranquilliser les syndicats.

Selon Cédric Fisher, les pressions sur le personnel sont également fréquentes. « On nous répète souvent que si on réduit notre activité, on ira tous travailler en Allemagne. Et que risquent les intérimaires dont la santé est fragile s’ils décident de ne pas venir travailler ? Auront-ils droit quand même à la prime pepa (prime exceptionnelle de pouvoir d’achat) ? ». Le syndicaliste cite ainsi en exemple « le cas de cet intérimaire asthmatique que son chef a obligé à travailler, à l’hôpital depuis ce week-end », ou encore la mise en place, difficile d’après lui, de mesure de quarantaines. « Aux pinces, une personne a un coup de chaleur, son collègue ne part pas en quatorzaine, le gars rentre chez lui avec de la fièvre, le moniteur également ainsi qu’un autre collègue. Pour trois personnes à risque, dont une femme enceinte, il a fallu exercer le droit de retrait pour qu’on les mette de côté », relate-t-il.
premier employeur du bassin vésulien

Pour Frédéric Bernabé, candidat communiste malheureux aux Municipales de Vesoul (3e avec 14,38% des suffrages), Cédric Fisher touche bien là le noeud du problème : « A partir du moment où un premier cas a été déclaré début mars, PSA Vesoul aurait dû prendre toutes les dispositions. Dans le dispositif draconien de l’Etat depuis quelque temps, il y a deux poids deux mesures”. Un deux poids deux mesures qui s’explique en partie, selon lui, par l’attitude des partenaires sociaux sur le site : « A PSA Vesoul, le syndicat CFTC ménage la chèvre et le chou. Sur d’autres sites, les syndicats ont été plus fermes. Il n’y a pas de nécessité vitale de maintenir l’activité. Chrétien (le maire actuel réélu au 1er tour, qui, contacté, ne nous a pas répondu ndlr) qui est macroniste, n’intervient jamais, le président du département non plus. Ils devraient pourtant suivre le président à la lettre ».

Marie-Dominique Aubry, conseillère municipale de l’agglomération vésulienne et présidente des Républicains de la Haute-Saône, tient à mettre les choses en perspective. « L’usine PSA de Vesoul est le premier employeur de toute la Haute-Saône et du bassin vésulien. Il y a donc un véritable enjeu économique pour cette entreprise française et ce territoire. Il faut dans ce genre de situation trouver un juste équilibre entre l’activité économique, indispensable à notre secteur géographique ou à notre pays, et la protection tout aussi indispensable de ceux qui continuent à travailler ». Quant aux querelles politiques, elle appelle à les dépasser : « Le maire et le président du département sont des responsables territoriaux et n’ont pas vocation à s’immiscer dans le fonctionnement d’une entreprise privée. Il me semble que ce serait plutôt à l’État de prendre toutes ses responsabilités si des risques avérés pour la santé des travailleurs étaient caractérisés. Je ne serai pas de ceux qui hurlent avec les loups quand mes concitoyens souffrent ».

L’hôpital de Besançon saturé

Jean-Yves Poulet prend lui aussi en compte l’impératif économique : « On prendrait un gros risque en bloquant ces pièces de rechange ». Pourtant, le doute n’est jamais très loin : « Je ne veux pas que le patron ne profite de la situation pour faire du chiffre ».

Les nombreux sous-traitants qui travaillent pour PSA, eux, n’ont pas trop le choix, comme nous le confirme Anne-Marie Hodo, directrice de l’entreprise de nettoyage Onet : « Si PSA travaille, nous on travaille ». Mais les employés sont là aussi inquiets : « Un quart de nos effectifs s’est mis en arrêt mais le chiffre reste stable. On fait tout ce qu’on peut pour garantir leur sécurité ».

Les informations qui nous proviennent de l’hôpital de Vesoul n’ont hélas rien de rassurant puisque, comme nous l’explique une stagiaire de l’IRFSS (Institut Régional de Formation Sanitaire et Sociale) Bourgogne-Franche-Comté appelée en renfort : « Actuellement, en réanimation, tous les lits sont pris. En tout, il y a à peu près 300 AS (aides-soignants) en renfort. ». Et la situation ne semble pas devoir s’améliorer dans les prochains jours « L’hôpital de Besançon est saturé, pour l’instant, ça va mais dans les semaines à venir on sera forcément obligés de faire des choix, on ne peut pas étendre l’hôpital non plus. Les stocks de protections commencent aussi à diminuer ». Pas de quoi rassurer les salariés du site de PSA à Vesoul...