Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > Uncategorised > Algérie : La fin du monde : La malédiction du roi Doujabir

Algérie : La fin du monde : La malédiction du roi Doujabir

Une histoire algérienne de l’eau de Javel en temps d’épidémie

vendredi 3 avril 2020, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/point-zero/la-fin-du-monde-3-la-malediction-du-roi-doujabir-31-03-2020

La fin du monde : La malédiction du roi Doujabir

Chawki Ammari

31 mars 2020 à 9 h 08 min

Mes mains sont devenues toutes blanches », se plaint à son mari une femme épuisée par le coronarovirus et l’abus d’eau de Javel qu’elle met partout : maison, escaliers, sols et plafonds, y compris sur son époux avant de dormir.

Coïncidence extraordinaire, le mari est justement un chercheur actuellement en confinement, bien que chômeur en réalité, et il décide de se pencher, au sens figuré bien sûr, sur cet étrange produit en étudiant de vieilles légendes locales.

C’est ainsi qu’au hasard de ses recherches sur internet, il découvre une ancienne histoire racontée oralement de génération en génération et qui parle d’une tribu, les Ag Amellal du massif des Zegzou, touchés par une épidémie. Voyant qu’ils utilisaient un décolorant-désinfectant fabriqué à la va-vite pour se débarrasser du virus mortel, le roi Doujabir leur interdit d’utiliser ce produit non conforme aux valeurs traditionnelles sous peine d’un grand malheur. Les Ath Amellal ne l’écoutèrent pas, mais ils guérirent et devinrent tout blancs alors qu’ils ne l’étaient pas à l’origine, se mettant à fustiger les Ag Aberkane, la tribu voisine.

La malédiction du roi Doujabir arriva et les Ag Amellal tombèrent dans de profonds tiraillements identitaires, se prenant pour des Européens alors qu’ils étaient Africains, les Africains les prenant d’ailleurs pour des Européens, seuls les Européens les considérant comme Africains.

C’est le chimiste Bertholet, à l’origine étudiant les propriétés décolorantes du chlore, qui découvrit un procédé particulier de blanchiment à l’hypochlorite de sodium – qui n’a rien à voir avec la chloroquine – et dont le nom usuel est l’eau de Javel, du nom du quartier de Paris où le chimiste la fabriquait. Bertholet ne s’est pas arrêté là ; pendant la Révolution française, il s’est mit à fabriquer de la poudre pour les canons et fusils qui servirent quelque temps après, lors de l’invasion de l’Algérie, en 1830. Pour ceux qui savent, c’est assurément un signe de l’heure. Quelle heure ? L’heure de la fin bien sûr.