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Mauritanie : LA CONDAMNATION A MORT DE MOHAMED CHEIKH OULD MKHAITIR : UN CAS DE DYSFONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE MAURITANIENNE

mercredi 8 avril 2020, par siawi3

Source : https://pucp.academia.edu/MariellaVillasante

LA CONDAMNATION A ? MORT DE MOHAMED CHEIKH OULD MKHAITIR :
UN CAS DE DYSFONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE MAURITANIENNE

Dr Mariella Villasante Cervello

[Version du 6 fe ?vrier 2015]

Mariella Villasante Cervello :Anthropologue (EHESS), spe ?cialiste de la Mauritanie et du Pe ?rou Institut de de ?mocratie et des droits humains de la PUCP (IDEHPUCP), Lima, Pe ?rou

Rabat, le 6 fe ?vrier 2015 1


Donne ?es ge ?ne ?rales

Actuellement, la Re ?publique islamique de Mauritanie compte plus de 3,7 millions d’habitants, pour une superficie totale de plus d’un million de km2, la population urbaine est de 59%, le taux d’alphabe ?tisation est de 51%, l’espe ?rance de vie de 63 ans, le taux de mortalite ? infantile de 57,48o/oo et le taux de pauvrete ? de 42%. Dans l’Indice du de ?veloppement humain, le pays est classe ? 161e sur 187 [PNUD]. Les villes principales sont Nouakchott, la capitale du pays (pre ?s d’un million d’habitants), Nouadhibou, capitale e ?conomique du pays (plus de 118 000 hab.), et Kiffa (plus de 60 000 hab.).

En 1959, a ? la fin de la colonisation franc ?aise, les dirigeants du nouveau pays choisirent de cre ?er la Re ?publique Islamique de Mauritanie [RIM], pour souligner que la religion musulmane e ?tait l’e ?le ?ment d’unite ? nationale dans un espace habite ? par des hassanophones (l’arabe local), et par des communaute ?s noires (halpular’en [Tukolor et Peul], soninke ?, wolof). Il ne s’agissait donc pas de placer la loi musulmane au cœur de l’E ?tat, qui par ailleurs restait lai ?c et tourne ? vers la France et la langue franc ?aise, mais de souligner l’adhe ?sion des diverses communaute ?s ethniques a ? la religion musulmane. La construction de la nation mauritanienne devait donc se fonder sur ce re ?fe ?rent religieux, alors que l’administration e ?tatique suivait le mode ?le he ?rite ? de la colonisation franc ?aise (1901-1959). Cependant, de ?s le de ?part une ambigu ?ite ? majeure s’installa au cœur de l’E ?tat car si la Constitution mauritanienne e ?tait inspire ?e de celle de la Ve re ?publique en France (1958), elle reconnaissait e ?galement la loi islamique (sharia’a) comme source du droit, notamment pour les affaires concernant le statut personnel et les he ?ritages. Les deux re ?fe ?rents juridiques, moderne et islamique, servaient a ? re ?gler les affaires selon les contextes et parfois en totale opposition, et un troisie ?me re ?fe ?rent normatif e ?tait e ?galement actualise ? dans les milieux ruraux, le droit coutumier (urf), notamment dans les affaires foncie ?res. Pendant une bre ?ve pe ?riode, entre 1980 et 1984, le colonel Mohamed Khuna ould Haidallah, pre ?sident du pays, imposa la sharia’a comme source du code pe ?nal ; mais sa pratique fut abandonne ?e. Cependant, le Code pe ?nal qu’il promulgua en 1983 2 reste d’actualite ? de nos jours et n’a jamais e ?te ? re ?forme ?. La condamnation a ? mort d’un jeune homme, l’inge ?nieur Mohamed Cheikh ould Mohamed ould Mkhaitir, des Tajakant de l’Assaba, pour « crime d’apostasie contre l’islam et son prophe ?te », se place dans ce contexte d’ambigu ?ite ? juridique.

Mohamed Cheikh n’a pas apostasie ?

Voici les faits. En de ?cembre 2013, Mohamed Cheikh ould Mohamed Ould Mkhaitir, inge ?nieur de 28 ans, publie un article en arabe, sur Facebook, dans lequel il revendique les droits a ? l’e ?galite ? de la « caste des forgerons » de la socie ?te ? arabophone de Mauritanie [Bida ?n]. Reprenant le mode ?le des lettre ?s, l’auteur fonde son argumentation sur des e ?ve ?nements qui ont lieu lors de la naissance de l’islam, rapporte ?s par des savants islamiques qui font autorite ?, et il conclue en affirmant que les « castes », c’est-a ?-dire les groupes me ?prise ?s pour leurs me ?tiers manuels, n’existent pas en religion. Dit autrement, ils n’ont pas de le ?gitimite ? en islam. Le 2 janvier 2014 l’Association des oule ?ma de Nouadhibou de ?nonce le jeune pour « atteinte au Prophe ?te et blasphe ?me ». Le parquet de Nouadhibou ordonne son arrestation en faisant re ?fe ?rence a ? l’article n°306 du Code pe ?nal mauritanien, qui date de 1983. Apre ?s une anne ?e en prison, le 24 de ?cembre 2014 il fut condamne ? a ? la peine capitale pour « apostasie ».

Photo : Mohamed Cheikh ould Mohamed ould Mkhaitir [Source : Noor Info]

Disons d’abord que Mohamed Cheikh n’a pas apostasie ? car il n’a pas renonce ? a ? sa foi musulmane, Mohamed Cheikh n’a pas fait autre chose qu’e ?crire un texte adresse ? a ? ses « fre ?res artisans », et diffuse ? dans les re ?seaux sociaux. Un texte qui remet en question le lien entre la religion et les hie ?rarchies sociales mauritaniennes, en refusant de conside ?rer, comme le font les e ?rudits, que ces hie ?rarchies ont une le ?gitimite ? religieuse. Pour fonder son argumentation, Mohamed Cheikh a fait appel aux textes sur la vie du prophe ?te qui ont eu lieu, selon les traditions, au VIIe sie ?cle, au moment de la naissance de l’islam. E ?tant lui-me ?me inse ?re ? dans le groupe de me ?tier des artisans — dit « caste de forgerons » suivant la terminologie coloniale —, Mohamed Cheikh pre ?sente un plaidoyer contre le me ?pris qui frappe ce groupe statutaire, mais aussi celui des artistes musiciens et des groupes serviles. Cependant, il ne blasphe ?me pas, il n’insulte pas le prophe ?te ou l’islam, et il ne renonce pas a ? sa religion. Lorsqu’on lui fit comprendre que son texte e ?tait conside ?re ? « blasphe ?matoire », il e ?crivit un second texte pour arguer de son innocence face aux accusations. Malgre ? cela, l’Association des oule ?mas [e ?rudits] de Nouadhibou l’accusa d’apostasie devant le Tribunal de Nouadhibou, qui accepta l’affaire et ordonna la mise en prison de Mohamed Cheikh en se fondant sur le Code pe ?nal de 1983. L’article 306 de ce Code pe ?nal 3 dispose :
« Tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de fac ?on apparente ou e ?vidente, sera invite ? a ? se repentir dans un de ?lai de trois jours.
S’il ne se repent pas dans ce de ?lai, il est condamne ? a ? mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisque ?s au profit du Tre ?sor. S’il se repent avant l’exe ?cution de cette sentence, le parquet saisira la Cour supre ?me, a ? l’effet de sa re ?habilitation dans tous ses droits, sans pre ?judice d’une peine correctionnelle pre ?vue au 1er paragraphe du pre ?sent article.
Toute personne coupable du crime d’apostasie (zendagha) sera, a ? moins qu’elle ne se repente au pre ?alable, punie de la peine de mort. » [C’est moi qui souligne]

Cela e ?tant, la Constitution mauritanienne garanti la liberte ? d’expression :
« Conside ?rant que la liberte ?, l’e ?galite ? et la dignite ? de l’homme ne peuvent e ?tre assure ?es que dans une socie ?te ? qui consacre la primaute ? du droit, soucieux de cre ?er les conditions durables d’une e ?volution sociale harmonieuse, respectueuse des pre ?ceptes de l’islam, seule source de droit et ouverte aux exigences du monde moderne (...)

En un mot, Mohamed Cheikh a e ?te ? condamne ? a ? la peine capitale pour avoir fait usage de sa liberte ? d’expression dans un pays cense ? la garantir. Et on peut ajouter que la condamnation pour apostasie n’est pas conforme « aux exigences du monde moderne », ni compatible avec la « garantie intangible (...) des liberte ?s et droits fondamentaux de la personne humaine ».

La peine de mort en Re ?publique Islamique de Mauritanie

En Mauritanie, la peine de mort concerne les crimes suivants : homicide, terrorisme, viol, apostasie, adulte ?re, trahison, espionnage, torture, parjure, complicite ? et homosexualite ?. Cependant, elle n’est pas applique ?e depuis le 6 de ?cembre 1987, lorsque trois officiers noirs de l’arme ?e (les lieutenants Ba Seydi, ancien commandant de la base navale de la capitale, Sarr Amadou et Sy Saidou, ancien officiers d’e ?tat-major), furent fusille ?s par la justice militaire sous l’accusation de complot contre l’E ?tat. Depuis lors, 52 personnes accuse ?es de terrorisme se trouvent dans le couloir de la mort (Ensemble contre la peine de mort, Mauritanie).

Photos : Les trois officiers tukolor exe ?cute ?s en 1987 en Mauritanie
[Source : Forum pour la lutte contre l’impunite ? et l’injustice en Mauritanie] [http://fliim90.canalblog.com]

Le contexte de la condamnation de Mohamed Cheikh : monte ?e de l’islamisme

La condamnation de Mohamed Cheikh re ?ve ?le l’ampleur de l’importance acquise au fil des anne ?es par les mouvements islamistes qui ont e ?te ? directement influence ?s et finance ?s par l’Arabie Saoudite et les autres pays du Golfe. L’islamisme oriental, salafiste et wahhabite, a commence ? a ? s’introduire en Mauritanie de ?s la fin des anne ?es 1970, mais il a acquis de l’importance apre ?s les anne ?es 1990. Les militaires ont souvent re ?prime ? cet islamisme politique, e ?tranger a ? un pays socialement tre ?s ouvert, de tradition sunnite, centre ? sur la pratique prive ?e et auste ?re de la religion, sur les re ?seaux confre ?riques et sur le soufisme. La chute du re ?gime de Maaouya ould Sid’Ahmed Taya, en 2005, a ouvert les portes a ? un grand changement social et politique. Apre ?s une anne ?e de gouvernement militaire dirige ? par le ge ?ne ?ral Ely ould Mohamed Vall, un gouvernement civil fut e ?lu en 2007. Mais le pre ?sident Sidi ould Abdellahi fut de ?mis de ses fonctions par un nouveau coup d’E ?tat dirige ? par le ge ?ne ?ral Mohamed ould Abdel Aziz, qui se fit e ?lire pre ?sident en 2009, et qui vient d’e ?tre re ?e ?lu en juillet 2014. Contrairement a ? la pe ?riode pre ?ce ?dente, l’islamisme se pre ?sente sous de nouveaux habits et n’est plus ouvertement attaque ?. Trois forces islamiques coexistent dans le pays : les e ?rudits [oule ?ma] et/ou les imams des grandes mosque ?es, loyaux aux pouvoirs en place ; les groupuscules islamistes finance ?s par les Saoudiens qui sont devenus tre ?s populaires dans les quartiers pauvres des grandes villes ; et enfin le parti Tawassoul, adhe ?rant au parti des Fre ?res musulmans d’E ?gypte, qui, en l’absence de partis d’opposition le ?gale lors des dernie ?res e ?lections pre ?sidentielles, a obtenu 16 sie ?ges au Parlement et constitue actuellement la seconde force politique en Mauritanie 4.

— Campagne des islamistes contre les « apostats » qui s’expriment sur les re ?seaux sociaux

Depuis de ?cembre 2013, la mouvance islamiste a commence ? une campagne a ? l’encontre de ceux qu’elle appelle les « apostats », c’est-a ?-dire leurs adversaires de ?clare ?s sur les re ?seaux sociaux, dont Facebook. Selon les associations de de ?fense des droits humains qui ont publie ? un communique ? en janvier 5, des « comite ?s ad-hoc » se sont forme ?s pour de ?noncer des jeunes, surtout des jeunes filles, aupre ?s de leurs familles pour qu’elles leur interdisent l’acce ?s aux re ?seaux sociaux. Certains membres de ce qu’il faut bien de ?signer comme une « police des mœurs » mauritanienne, sont alle ?s dans les re ?dactions des journaux la veille du Nouvel an pour annoncer que toute festivite ? ferait l’objet de repre ?sailles. L’un des imams de ce qu’on peut appeler l’islamisme populiste, Shaykh Ridha, a lance ? une fatwa [avis juridique] « condamnant la monte ?e de l’athe ?isme via Facebook et les autres re ?seaux sociaux » et a exige ? que les parents prote ?gent leurs enfants du « vice de l’impie ?te ? ».

Il faut pre ?ciser que, depuis plusieurs anne ?es de ?ja ?, les re ?seaux sociaux sont le centre d’e ?changes entre les jeunes qui, comme ailleurs dans le monde, de ?couvrent une nouvelle forme de liberte ? d’expression et une source d’informations illimite ?e sur la marche du monde. C’est contre cet e ?tat de fait, au demeurant impossible a ? arre ?ter, que s’insurgent les « policiers des mœurs » de plusieurs pays musulmans. Ainsi par exemple, en Arabie Saoudite, le pre ?sident de la commission pour la Promotion de la vertu et la re ?pression du vice, a interpelle ? le ministre de l’Inte ?rieur pour lui demander de se ?vir contre les athe ?es qui insultent Dieu le Tre ?s Grand et son prophe ?te dans les re ?seaux sociaux. Au cœur du monde islamique est apparu une Association des athe ?es saoudiens [Atheist of Saudi], qui veut e ?tre une plateforme pour le de ?bat ide ?ologique entre athe ?es du monde arabe (Site Sabq, Courrier international, aou ?t 2014 6).

Dans ce contexte, l’affaire qui nous occupe fut monte ?e en e ?pingle et le jeune auteur d’un texte remettant en cause la le ?gitimite ? islamique de la hie ?rarchie sociale, notamment la « caste de forgerons », devint un bouc-e ?missaire pour les islamistes et pour les officiels de l’islam. De toute e ?vidente, ce qui a le plus de ?range ? les e ?lites religieuses et la quasi totalite ? des Mauritaniens est que le jeune homme appartienne a ? un groupe statutaire me ?prise ?, qu’il ait cependant une bonne formation en islam et en arabe classique, et qu’il se soit permis, si l’on peut dire, de remettre en question un ordre social encore conc ?u comme inchangeable.

— La hie ?rarchie sociale d’un point de vue anthropologique

Avant de continuer il faut dire un mot sur la structure de la hie ?rarchie statutaire mauritanienne, tous groupes ethniques confondus. Les socie ?te ?s d’anciens nomades du Sahara et des pasteurs et agriculteurs du Sahel, sont distingue ?s en deux grandes cate ?gories statutaires : les « groupes libres » et les « groupes serviles ». Cette hie ?rarchie est cependant tre ?s fluide et changeante et en aucun cas rigide, comme l’ont laisse ? croire les auteurs coloniaux et les auteurs orientalistes 7. A l’inte ?rieur de cette hie ?rarchisation, fruit de l’histoire, au sein du groupe des hommes libres coexistent des groupes de me ?tier spe ?cialise ?s (les pe ?cheurs, les artisans, les griots), plus ou moins endogames, que les Portugais puis les Franc ?ais ont appele ? « castes », faisant allusion aux groupes endogames et ferme ?s de l’Inde. En raison de leurs contacts avec des matie ?res conside ?re ?es comme sales, ou de leur art conside ?re ? comme vulgaire (les chanteurs et danseurs), les groupes religieux ont fabrique ? des ide ?es qui excluent ces groupes des « aristocraties » nobles par naissance, c’est-a ?-dire les religieux et les guerriers 8. L’ide ?e selon laquelle la filiation (le « sang ») fonde la hie ?rarchie reste tre ?s forte en Mauritanie, au-dela ? du fait que, dans la pratique courante, les alliances matrimoniales et les me ?langes entre groupes statutaires et entre groupes ethniques sont ordinaires. Les me ?mes hie ?rarchies qui distinguent les « nobles » des « castes » et des « esclaves/affranchis » existent dans les socie ?te ?s halpular’en, soninke ? et wolof de la Mauritanie et des pays voisins. Les groupes serviles sont cependant plus visibles chez les Bidan [arabophones, et bida ?n hommes libres] car ils sont d’origine noire, issus des razzias et du commerce transsaharien. On distingue en leur sein les esclaves (abd) et les « affranchis » (dits hratin) qui connaissent des situations de de ?pendance tre ?s diverses vis-a ?-vis de leurs anciens mai ?tres. Leur poids de ?mographique est tre ?s important dans la socie ?te ? hassanophone, et depuis une dizaine d’anne ?es leurs revendications d’e ?galite ? sociale sont passe ?es au devant de la sce ?ne politique 9. E ?tant parmi les plus pauvres citadins, nombre d’entre eux adhe ?rent aux ide ?es ultra-conservatrices des pre ?cheurs — notamment Shaykh Mohamed ould Sidi Yahya, qui a salue ? la condamnation a ? mort de Mohamed Cheikh comme un « exemple de la justice mauritanienne ».
Une appartenance plus large est e ?galement d’actualite ? et elle englobe les clivages de statut : ce sont les groupes de parente ? e ?largie, dits « qaba ?’il » (sg. qabi ?la) en hassaniyya [les « tribus » des orientalistes], et les lignages chez les socie ?te ?s noires. Bref, les Mauritaniens appartiennent a ? un groupe de parente ? e ?largie et a ? un groupe statutaire, leurs identite ?s re ?gionales restent fortes et l’identite ? nationale est en cours de construction. Les notions de de ?mocratie et de liberte ? individuelle sont encore mal connues du grand nombre, et les personnes e ?duque ?es sont elles-me ?mes prisonnie ?res de leurs appartenances statutaires et de parente ?. La prise de parole reste en conse ?quence tre ?s de ?licate, voire impossible, car tout le monde est constamment « surveille ? par les Autres » (famille, parente ?les, amis, colle ?gues, partis, autorite ?s e ?tatiques, imams et chefs religieux).

Cette situation a e ?te ? directement alimente ?e par les gouvernements militaires et civils du pays qui, par crainte de ge ?ne ?raliser la de ?mocratie dans un pays pauvre et non e ?duque ?, ont toujours instrumentalise ? les appartenances sociales de l’ancien re ?gime (« tribu », « ethnie », statuts) a ? des fins de politique politicienne. Paradoxalement, l’introduction de la de ?mocratie en 1992, s’est effectue ?e dans le cadre des « tribus » et des « ethnies », qui loin de disparai ?tre, comme le pre ?tendait le premier pre ?sident du pays, Mokhtar ould Daddah, se sont reproduites dans le cadre des « partis politiques ». Mieux, des chefferies et des groupes de « notables » qui n’existaient plus se sont recompose ?s et agissent sur la sce ?ne politique en apportant leur soutien a ? tel ou tel candidat, surtout ceux du parti au pouvoir car cela leur garantie l’acce ?s aux richesses nationales 10.

En un mot, la liberte ? d’expression ne conduit pas a ? une de ?mocratisation de la vie sociale et politique, mais elle reste surveille ?e et autocensure ?e par les e ?lites e ?duque ?es mauritaniennes qui n’osent pas aller au-dela ? du « socialement correct ». Autant de raisons qui expliquent le silence et la crainte des universitaires et des intellectuels face a ? la condamnation de Mohamed Cheikh, que personne n’a de ?fendu en dehors des associations de de ?fense des droits humains, et de quelques journalistes et de certaines personnes de la socie ?te ? civile.

Pour mieux comprendre le cas de Mohamed Cheikh, il est indispensable de lire le texte qui a valu la condamnation a ? mort, et le second texte de re ?ponse dans lequel il exprime son repentir.

« RELIGION, RELIGIOSITE ? ET FORGERONS (MAALLEMIM) 11

Mes fre ?res les maallemim,
Votre proble ?me n’a rien a ? voir avec la religion. Il n’y a pas de ligne ?e ni de caste dans la religion, ni maallemim, ni bida ?n [hommes libres et nobles].
Votre proble ?me, s’il est vrai ce que vous dites, peut e ?tre compris sur ce qui est connu sous le mot religiosite ?.
Voici une nouvelle hypothe ?se, et j’ai trouve ? parmi les maallemim me ?me, certains qui la de ?fendent.
Bien.
Revenons maintenant a ? la religion et a ? la religiosite ? afin de montrer la place de la ligne ?e et des castes dans la religion.

Quelle est la diffe ?rence entre la religion et la religiosite ? ?

Le docteur Abdel Majid Alnagghar dit : « La ve ?rite ? de la religion diffe ?re de la ve ?rite ? de la religiosite ? ; la religion est la substance des enseignements divins, alors que la religiosite ? est la mise en pratique des enseignements et de ?crets divins. Donc ces derniers sont les faits des hommes. Cette diffe ?rence dans l’essence entre eux conduit a ? une diffe ?rence des proprie ?te ?s de chaque concept, et la diffe ?rence dans le jugement relatif a ? chacun. » (Kitab al-ouma)
Donc la religion est un fait divin tandis que la religiosite ? est un fait humain.

Quand est-ce qu’a commence ? la religion et quand est-ce qu’a commence ? la religiosite ? ?

Sans aucun doute si l’on divise les pe ?riodes de temps de l’islam on trouvera :
- la pe ?riode de Muhammad qui est la pe ?riode de la religion
- et la pe ?riode post-Muhammad qui est la pe ?riode de la religiosite ?.
Conside ?rons des e ?ve ?nements de la pe ?riode de la religion :

Le temps : juste apre ?s la bataille de Badr – 624 AD

Place : Yathrib.
Qu’est-ce qui s’est passe ? ?
Les prisonniers sont de Qoraich [qabi ?la du prophe ?te Muhammad] entre les mains des musulmans. Le verdict est comme suit : le ve ?ridique [as-Siddiq] premier conseiller du prophe ?te Abou Bakr a dit : « O ? messager de Dieu, ces gens sont des cousins, des parents et des fre ?res, et je pense qu’il faudrait prendre d’eux l’impo ?t islamique afin que ce que nous prenons soit une force pour nous contre les infide ?les que Dieu les guide afin qu’ils deviennent des no ?tres. (NB : qui sont les me ?cre ?ants, les incroyants ici dans l’opinion d’Abou Bakr ?)
Ensuite la de ?cision finale fut celle d’Abou Bakr avec l’addition de l’enseignement pour ceux qui n’avaient pas de bien.
Mais attendez un peu.
Il y eut un cas exceptionnel : Zeinab [Zaynab] la fille du prophe ?te de Dieu a voulu libe ?rer son e ?poux [et cousin] Abu ? al-As [ibn Rabi] avec son collier [qu’elle avait rec ?u de] Khadija [sa me ?re, e ?pouse de Muhammad]. Le prophe ?te s’est senti fort attriste ? en sachant c ?a. Il dit a ? ses compagnons : « Si vous estimez que c’est raisonnable libe ?rez l’e ?poux et laissez-lui son collier » (Source : Abou Dahoud).
Selon vous quelle est cette exception ?

Le temps : 625 AD [Mont] Ouhoud [pre ?s de Me ?dine]

L’e ?ve ?nement : une bataille entre les musulmans et les Qoraichites.
Qoraich en confrontation avec les musulmans en re ?ponse a ? la bataille de Badr et dans l’optique d’ane ?antir Muhammad et ses disciples.
Hind bint Utbah [e ?pouse d’Abou Sufyan ibn Harb, me ?re de Maaouya, fondateur de la dynastie omeyyade] loue les services de [l’esclave] Wahchi pour tuer Hamza [ibn Abd al-Muttalib, oncle de Muhammad] en contre partie de sa liberte ? et d’une compensation financie ?re repre ?sente ?e par ses bijoux. Hind atteint son objectif et mutile le corps de Hamza.
Des anne ?es apre ?s, et apre ?s les jours suivant la conque ?te de la Mecque, Hind se convertit a ? l’islam ce qui lui vaut le fameux titre « grande dans la me ?cre ?ance et grande dans l’islam ».
Quant a ? Wahchi, le prophe ?te lui a ordonne ? de disparai ?tre de sa vue a ? sa conversion a ? l’islam.
Hind est une Qoraichite, Wahchi est Abyssinien sinon pourquoi la discrimination entre eux alors qu’ils sont e ?gaux au moins dans le crime, ou, si vous voulez la pre ?cision, Hind est la ve ?ritable coupable – quel est le pe ?che ? d’un esclave paye ? ?
Toujours dans la me ?me bataille d’Ouhoud comparons ce qui est arrive ? a ? Wahchi avec le ro ?le d’une autre personne, il s’agit de Khaled ibn Wolid [dit Abou Souleyman]. Cet homme fut la principale cause de la de ?faite des musulmans a ? Ouhoud et de la mort de plusieurs musulmans, lorsqu’il s’est converti a ? l’islam, il a me ?rite ? le fameux titre de « l’e ?pe ?e de ?gaine ?e d’Allah » [il fut le ce ?le ?bre ge ?ne ?ral des arme ?es musulmanes en Irak et en Syrie]. Donc pourquoi on n’a pas accueilli vivement Wahchi en lui donnant le titre du javelot d’Allah ?

Un autre e ?ve ?nement : place Mecque 630 AD E ?ve ?nement : conque ?te de la Mecque

Quel est le re ?sultat ?
Les gens de la Mecque ont rec ?u une gra ?ce collective malgre ? toutes les souffrances inflige ?es au prophe ?te et sa daawa [son appel] et ce malgre ? le pouvoir de l’arme ?e islamique. La nouvelle de la gra ?ce leur parvint pendant qu’ils e ?taient re ?unis pre ?s de la Kaaba attendant la de ?cision du prophe ?te.
Le prophe ?te dit : « Que pensez-vous que je ferai de vous ? », ils dirent « rien que du bien ! En fre ?re de bien et fils de bien ». Le prophe ?te dit « Aucun bla ?me sur vous, vous e ?tes libres ». L’expression est « partez vous e ?tes libres ».
Le re ?sultat de cette gra ?ce collective est la pre ?servation des vies et des biens ainsi que les terres qui restent entre les mains de leurs proprie ?taires et ce sans imposition de taxes sur elles. La Mecque ne fut pas traite ?e comme les autres re ?gions conquises.
Place : les forts de Bani Quraidha [Banu Qurayza], temps : 627 AD
E ?ve ?nement : l’ane ?antissement des Bani Quraidha [Juifs de Yathrib, devenue Me ?dine]
La cause :
1- Conspiration de certains hommes de Bani Quraidha durant le blocus de Khandaq. Ces hommes e ?taient juste les leaders si on ge ?ne ?ralise alors que l’on sait qu’il y a un verset qui dit « aucun porteur de charge ne portera la charge d’autrui » (verset 164 - S6).
2- Il est confirme ? que le prophe ?te a dit aux Juifs aux abords des forts ou ? il les a assie ?ge ?s « O ? fre ?res des singes des cochons et des adorateurs des idoles m’avez-vous insulte ? ? » Ils ont jure ? sur la Thora re ?ve ?le ? a ? Moussa « Nous ne t’avons pas insulte ? » et ils disent : « O ? pe ?re de Kassem tu n’es point ignorant ». Le prophe ?te, paix sur lui, fit avancer ses archers. (Tabari/252 ve ?rifie ? par Shaykh Ahmed Shaker, mentionne ? [par] Ibn Kethir avec la ve ?rification de Wadi-i » (1/207).
Je voudrais dire ici avant de continuer que nous sommes dans le contexte de la discussion au sujet du prophe ?te. Nous parlons de ce que nous pouvons appeler « la raison collective » en raison du fait que le prophe ?te est infaillible.
Maintenant revenons a ? la comparaison de la Mecque [ou Me ?dine ?] et des Bani Quraidha.
[Les] Bani Quraidha ont voulu conspirer avec [les] Quoraich et la conspiration n’a jamais eu lieu pour ane ?antir Muhammad et sa daawa [appel a ? l’islam]. La gra ?ce ge ?ne ?rale fut octroye ?e aux Qoraich et les Bani Quraidha furent exe ?cute ?s [600 a ? 900]. Ceux qui ont voulu rejeter la conspiration et ceux qui ont voulu la maintenir. La sentence fut applique ?e aux Bani Quraidha, leurs hommes furent tue ?s et leurs descendants furent pris comme esclaves. Ils baissaient l’habit des adolescents, ceux qui avaient des poils e ?taient exe ?cute ?s et les autres pris en esclaves (narrateur Ibnou Moulaghane – source : El Bedrou el- Mounir P : 6/670 sommaire du verdict ; narrateur reconnu ve ?ridique).
Celui-ci est un garc ?on qui s’appelle Athiya el-Ghardi, il ne fut pas tue ? parce que lorsque les musulmans ont baisse ? son habit, ils ne virent pas de poil (signe de puberte ?) il e ?chappa a ? l’e ?pe ?e [de Muhammad]. Athyia el-Ghardi a dit « J’e ?tais parmi les esclaves de Quraidha, on m’a expose ? au prophe ?te, ils nous ont examine ? ; ceux dont les poils ont pousse ?s furent tue ?s et les autres e ?pargne ?s. Ils ont expose ? ma nudite ? je n’e ?tais pas pube ?re, ils m’ont mis parmi les esclaves (narrateur Athya el-Ghardi, ebani source : Tkhrig michkate al-massabih ; p : 3901 sommaire du verdict, source ve ?rifie ?e).
Qoraich a affronte ? les musulmans a ? plusieurs batailles, ils les ont assie ?ge ?s fortement lors de la bataille de Khandaq [du Fosse ?, 627] et durant le de ?but de la daawa. [Les] Quoraich ont choisi 40 jeunes pour tuer Muhammad la nuit de l’he ?gire et avant l’he ?gire a ? la Mecque ; ils ont tue ? et torture ? de la pire fac ?on les musulmans et lors de la conque ?te de la Mecque ils se sont trouve ?s devant un fre ?re de bien et un fils de bien qui leur a dit partez vous e ?tes libres, et les Bani Quraidha, qui ont voulu seulement s’allier avec les me ?cre ?ants, ils furent exe ?cute ?s en masse.

Ou ? est la mise ?ricorde ?

Ou ? y a-t-il un ro ?le pour « les fre ?res et les cousins germains » (tbenamit) dans la raison collective/absolue.
En conclusion, si le concept de « cousins germains, de la parente ?, de la fraternite ? » fait que Abou Bakr s’abstient de tuer les me ?cre ?ants ; et la relation de fille a ? pe ?re entre Zeinab et le prophe ?te l’autorise a ? libe ?rer son e ?poux gratuitement ; et l’appartenance a ? Qoraich octroie des titres d’he ?roi ?sme aux Qoraychites et le de ?ni aux Abyssiniens ; et la fraternite ? et les liens de sang et de parente ? donnent le droit de gra ?ce et de ?ni le me ?me droit aux Bani Quraidha, et toutes ces choses se passent dans l’e ?re de la religion, qu’en sera—t-il de l’e ?re de la religiosite ? ?
Mes fre ?res
Je voudrais seulement atteindre avec vous (et je m’adresse en particulier aux maallemim) que la tentative de diffe ?rencier l’esprit de la religion et la re ?alite ? de la religiosite ? est une tentative honorable mais pas « convaincante ». Les ve ?rite ?s ne peuvent e ?tre efface ?es et ce lionceau provient de l’autre lion.
Celui qui souffre doit e ?tre franc avec soi-me ?me dans la cause de sa souffrance, quelle que soit la cause. Si la religion joue un ro ?le disons-le a ? haute voix : la religion les hommes de religion, les livres de la religion jouent leur ro ?le dans tous les proble ?mes sociaux : dans les proble ?mes des hratin [groupes serviles] des maallemim et des griots. Ces griots qui restent encore silencieux en de ?pit du fait que la religion professe que ce qu’ils mangent est haram [interdit], que ce qu’ils mangent est haram et que leur travail me ?me est haram.
Meilleures salutations.
Mohamed Cheikh ould Mohamed »

Deux remarques sur ce premier texte. Il peut sembler d’abord surprenant de voir que des faits qui sont cense ?s avoir eu lieu au VIIe sie ?cle, il y a 1400 ans, puissent avoir un sens social et politique en 2014, et pourtant une grande partie de la litte ?rature islamique continue a ? de ?battre, comme si c’e ?tait hier, des e ?ve ?nements de l’islam des de ?buts. Le fait que la religion et la politique restent lie ?es en islam, et qu’aucune re ?forme critique des textes antiques n’ait jamais e ?te ? entreprise, implique que les faits et les gestes du prophe ?te Mohamed envers les Juifs, les esclaves, les femmes ou les enfants, ou vis-a ?-vis des « non musulmans », constituent des mode ?les a ? suivre dans le pre ?sent. Cet e ?tat de choses est cependant en train de se transformer et les de ?bats entre philosophes, e ?rudits et intellectuels musulmans sur la ne ?cessite ? de renouveau islamique se de ?veloppent un peu partout. Ainsi par exemple, le philosophe marocain Abdennour Bidar appelle a ? refonder l’islam sur une spiritualite ? de paix. Il affirme : « J’appelle la culture de l’islam a ? se re ?former parce que je crois que nous devons sortir de l’alternative ou ? nous sommes actuellement enferme ?s : soit garder l’islam de la tradition, soit renoncer a ? la vie spirituelle. Une troisie ?me voie est possible, qui est d’imaginer une nouvelle vie spirituelle, un nouveau rapport a ? l’islam, plus libre, plus personnel, plus en phase avec notre temps. Je crois en cette e ?volution parce que c’est ce a ? quoi aspirent aujourd’hui les jeunes ge ?ne ?rations : elles veulent un islam libre, compatible avec la de ?mocratie, les droits de l’homme, l’e ?galite ? des femmes et des hommes, le respect du pluralisme 12. »

On peut donc dire que le cœur du message de Mohamed Cheikh est l’aspiration a ? un islam libre, et son sujet central concerne le domaine de la hie ?rarchie statutaire et son lien avec l’islam. En effet, sa phrase initiale est : « Il n’y a pas de ligne ?e ni de caste dans la religion, ni maallemim, ni bida ?n [hommes libres et nobles]  ». Et a ? la fin il e ?crit : « Si la religion joue un ro ?le disons-le a ? haute voix : la religion, les hommes de religion, les livres de la religion jouent leur ro ?le dans tous les proble ?mes sociaux : dans les proble ?mes des hra ?tin [groupes serviles] des maallemim et des griots. ».

Autrement dit, alors que les hie ?rarchies sont inexistantes en religion, en Mauritanie les groupes religieux (zwa ?ya) l’instrumentalisent pour maintenir les groupes de bas statut dans cette position qui est cause de souffrance pour leurs membres. On aura remarque ? qu’a ? aucun moment Mohamed Cheikh insulte le prophe ?te ou e ?met la moindre blasphe ?me contre l’islam. La mention des Juifs de Me ?dine qui, selon les traditions islamiques furent massacre ?s pour leur traitrise, n’est pas fortuite car les maallemin sont accuse ?s, a ? tort, d’avoir des origines juives par les groupes religieux, ce qui souligne le lien ide ?ologique islamique e ?tabli entre « salete ? » et judai ?te ? 13.

En re ?sume ?, il est avance ? que la religion, les religieux et les livres musulmans jouent un ro ?le central dans la marginalisation des groupes de me ?tier et des groupes serviles. Et c’est ce point qui a e ?te ? rec ?u comme une « insulte » a ? l’ordre social mauritanien menac ?ant les pre ?rogatives des groupes religieux. Les insultes valent-elles cependant la peine de mort lorsqu’on sait qu’en Arabie Saoudite des accusations similaires sont cha ?tie ?es par des coups de fouet 14 ?

Au de ?but, l’article de Mohamed Cheikh passe inaperc ?u, mais le 2 janvier 2014 l’Association des oule ?ma de Nouadhibou de ?nonce le jeune pour « atteinte au Prophe ?te et blasphe ?me ». Le parquet de Nouadhibou ordonne son arrestation en faisant re ?fe ?rence a ? l’article n°306 du Code pe ?nal. Celui-ci de ?clare que « tout musulman coupable du crime d’apostasie, soit par parole, soit par action de fac ?on patente ou e ?vidente, sera invite ? a ? se repentir dans un de ?lai de 3 jours. S’il ne se repent pas dans ce de ?lai, il est condamne ? a ? mort en tant qu’apostat, et ses biens seront confisque ?s au profit du tre ?sor.  »

Visiblement terrorise ?e par ces accusations, la famille du jeune inge ?nieur le banni, les parents de son e ?pouse la forcent a ? quitter le domicile conjugale et l’emme ?nent a ? Gue ?rou (re ?gion de l’Assaba), le mariage devient caduc en raison du « crime d’apostasie ». L’employeur du jeune homme le renvoie, ses colle ?gues l’insultent et le menacent, et il continue a ? de ?fendre son innocence. Il e ?crit un second texte dans lequel il s’explique, pre ?cisant n’avoir jamais insulte ? le prophe ?te, et de ?fendant son innocence de bon musulman. Mais personne ne l’a entendu, et les choses sont alle ?es de mal en pis.

E ?CLAIRAGE SUR L’ARTICLE « LA RELIGION, LA RELIGIOSITE ? ET LES FORGERONS » 15

« J’ai suivi ces derniers jours les diffe ?rentes re ?actions suscite ?es par mon article « La religion, la religiosite ? et les forgerons (maallemin) ». Lesquelles re ?actions qui me sont parvenues a ? travers des appels te ?le ?phoniques charge ?s de haine et de menaces, e ?taient essentiellement excommunicatoires et racistes.
A l’origine de ces re ?actions se trouvent plusieurs facteurs dont :
L’analyse conspirationniste (sic) inne ?e chez les zwa ?ya et qui s’illustre par la judai ?sation, l’excommunication et la marginalisation de tout ce qui est forgeron (maalem), mais aussi par une exe ?ge ?se superficielle oriente ?e principalement vers les inte ?re ?ts de leurs a ?mes malades. Ce qui dans le passe ? avait bien servi leurs desseins notamment par leurs affabulations attribuant au prophe ?te (paix et salut d’Allah sur lui) des hadiths [traditions] dont il est totalement innocent comme celui qui dit « Aucun bien ne peut venir du forgeron fut-il un e ?rudit. »

A tous mes fre ?res,
Ceux qui osent inventer de faux hadiths et les attribuent au prophe ?te (paix et salut d’Allah sur lui), aucune morale ni religion ne peut l’empe ?cher d’interpre ?ter a ? leur guise un article e ?crit par un simple jeune, novice de surcroi ?t. Ils ne me ?nageront aucun effort afin de mobiliser la passion du musulman commun au service de leurs inte ?re ?ts. C’est ainsi qu’ils ont pre ?tendu que les forgerons ont blasphe ?me ? a ? l’encontre du prophe ?te (paix et salut d’Allah sur lui) a ? travers un article e ?crit par un des leurs, tout comme ils avaient pre ?tendu que celui qui avait fait tomber les dents du prophe ?te lors de la bataille du mont Ouhoud e ?tait un forgeron.

C’est dans ce cadre que je voudrais confirmer ici ce qui suit :
1. Je n’ai pas, consciemment ou inconsciemment, blasphe ?me ? a ? l’encontre du prophe ?te (paix et salut d’Allah sur lui) et je ne le ferai jamais. Je ne crois d’ailleurs pas qu’il y ait dans ce monde plus respectueux envers lui (paix et salut d’Allah sur lui) que moi. [C’est moi qui souligne]

2. Tous les faits et les re ?cits que j’ai cite ? dans mon pre ?ce ?dent article reve ?tent un caracte ?re historique et ve ?ridique. Ces re ?cits ont naturellement leurs interpre ?tations litte ?rales et superficielles et leurs sens vise ?s et profonds.

3. C’est la ? le point crucial, qui a suscite ? une incompre ?hension de mon propos chez beaucoup de personnes. Je voudrais que l’on y accorde une attention totale. Au contraire de ce que certains ont voulu re ?pandre m’attribuant l’intention de blasphe ?mer a ? l’encontre du prophe ?te (paix et salut d’Allah sur lui), je voudrais clarifier ici mon propos : les zwa ?ya ont abuse ? de la dualite ? du sens obvie et du sens vise ? des re ?cits et histoires rapporte ?s de l’e ?poque de la religion afin d’en faire le socle d’un syste ?me servant leurs inte ?re ?ts a ? l’e ?poque de la loi du plus fort (seyba). Ils ont fini par e ?riger le sens obvie en loi de la religiosite ? transmise a ? nos jours tout en taisant les sens vise ?s par le prophe ?te (paix et salut d’Allah sur lui).

Je dis donc a ? tous mes fre ?res,
A tous ceux qui ont sciemment mal compris mon propos, vous savez bien que je n’ai pas blasphe ?me ? a ? l’encontre du prophe ?te (paix et salut d’Allah sur lui).
Aux bonnes personnes qui n’ont rec ?u que l’information de ?forme ?e, je dis : Sachez que je n’ai pas blasphe ?me ? a ? l’encontre du prophe ?te (paix et salut d’Allah sur lui) et que je ne le ferai jamais. Je comprends certes l’ampleur de votre propension a ? de ?fendre le prophe ?te car elle est identique a ? ma propre propension a ? le de ?fendre et a ? l’amour que je lui porte. Je vous assure que nous sommes tous e ?gaux quant a ? la de ?fense de tout ce qui nous est sacre ?.

Mes fre ?res forgerons,
Il est ne ?cessaire que nous sachions tous que nous faisons face a ? un vieux duel sans cesse renouvele ? avec ceux que l’on appelle les zwa ?ya. Sachez que ceux-la ? ne me ?nageront aucun effort afin de nous faire reculer autant que possible. Ils utiliseront pour cela tous les moyens le ?gaux et ille ?gaux. [C’est moi qui souligne]. Nous devons donc rester prudents et vigilants. Nous devons savoir que l’un des moyens qu’ils utilisent le plus souvent pour nous dominer est celui qu’ils ont he ?rite ? de leurs anciens allie ?s et amis, les colons. Il s’agit de la politique du « diviser pour re ?gner ». Ceci doit donc nous conduire a ? bien comprendre leurs intentions et a ? rester unis dans notre combat.

A tous mes fre ?res opprime ?s,
Nous devons e ?tre totalement conscients du fait que le destin nous a conduit a ? e ?tre les citoyens de cette terre. Nous devons par conse ?quent de ?fendre notre droit a ? une citoyennete ? pleine et a ? une vie descente. Ces droits ne nous seront jamais donne ?s, ils ne seront obtenus que par nos combats dont l’unification et le moyen le plus rapide pour acce ?der a ? nos droits.

Salutations
Mohamed Cheikh ould Mohamed ould Mkhaitir »

Dans ce second texte, Mohamed Cheikh cible mieux le groupe religieux zwaya comme e ?tant responsable des attaques a ? l’encontre des artisans maallemin, et il les accuse d’utiliser tous les moyens « le ?gaux et ille ?gaux » a ? leur encontre.

En fe ?vrier 2014, son avocat, mai ?tre Mohameden ould Icheddou, a de ?clare ? que le parquet e ?tait responsable du black-out total autour du repentir de son client, alors me ?me qu’ils ont e ?te ? « authentifie ?s et consigne ?s dans un acte judiciaire » [CRIDEM du 23 fe ?vrier 2014]. Le Juge d’instruction aurait reconnu dans son rapport le dit repentir mais aurait ajoute ? que cela ne le dispensait pas d’e ?tre traduit devant la Cour criminelle [ANI, NoorInfo du 3 fe ?vrier].

Photo : Mohamed Cheikh ould Mohamed en prison [Noorinfo]

Les re ?actions des mouvances islamistes

Les mouvances islamistes se sont servies de cette triste affaire pour agiter les populations et montrer leur force de mobilisation, notamment le tre ?s populaire pre ?cheur Shaykh Sidi Yahya. Les manifestations de Nouadhibou furent tre ?s violentes, les manifestants exigeaient la mise a ? mort de Mohamed Cheikh, « conforme ?ment a ? la sharia’a » [loi islamique]. D’autres marches se sont tenues a ? Nouakchott, les manifestants, encadre ?s par des meneurs, se sont dirige ?s vers le Palais du gouvernement, ou ? ils furent rec ?us par le pre ?sident. Un homme d’affaires de Nouadhibou offrit 4 millions d’ouguiyas (10000€) a ? quiconque tuerait le jeune homme ; cet homme d’affaires n’a pas e ?te ? inquie ?te ? par les autorite ?s pour cette mise a ? prix ille ?gale de la vie d’un homme. De son co ?te ?, la pre ?sidente de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), Irabiha mint Abdel Wedoud, a e ?mis un communique ? dans lequel elle affirme que les e ?crits de Ould Mkheitir sont « blasphe ?matoires, vexatoires et provocateurs », et « he ?re ?tiques » et elle a demande ? sa mise a ? mort pour apostasie 16.

En fait, les propos de Mohamed Cheikh ne sont pas exceptionnels, comme le note Ahmed ould Soueid Ahmed, ils « ont e ?te ? manipule ?s sciemment pour leur donner un maximum d’e ?cho dans la population », car des milliers de jeunes s’expriment librement sur tous les sujets sur Internet sans e ?tre inquie ?te ?s 17.

D’autre part, l’accusation d’apostasie et la condamnation a ? mort ont ge ?ne ?re ? un vaste mouvement de repli et de peur qui s’est refle ?te ? par la re ?probation unanime de la publication des deux textes, qui ont disparu d’internet dans sa version arabe pendant plusieurs jours, avant qu’un journaliste ne les fasse traduire en franc ?ais et rende le second texte accessible en arabe. Cependant, la majorite ? des partis politiques, et notamment le parti islamiste Tawassoul, seconde force politique dans le pays, l’ont condamne ? en reprenant les me ?mes termes des oule ?mas ultra conservateurs. Cela alors me ?me que ces derniers n’ont pas condamne ?, eux, les attentats jiha ?distes au Mali, dont la destruction de mosque ?es a ? Gao et de la bibliothe ?que de Tombouctou, ni les profanations des tombes des saints.

Dans ces conditions, comme le soulignent les associations de de ?fense des droits humains cite ?es plus haut 18, cette condamnation montre la monte ?e en puissance de l’obscurantisme islamiste, « vecteur de ?sormais ave ?re ? de la gouvernance liberticide, moralisatrice et sexiste. » Cette analyse a e ?te ? illustre ?e en juin 2014 par la fatwa [avis juridique] de mise a ? mort lance ?e par le chef du courant radical Ahbab Errasoul [les amis du prophe ?te] contre la militante des droits humains Aminetou mint el-Mokhtar, pre ?sidente de l’influente Association des femmes chefs de famille, qui avait pris la de ?fense du jeune inge ?nieur. Le texte de la fatwa est tre ?s violent et e ?nonce : « quiconque la tue ou lui arrache les deux yeux sera re ?tribue ? par Allah. » [Lalibre, Noorinfo du 7 juin]. Aminetou a de ?pose ? plainte contre l’auteur de cette fatwa, Yehdih ould Dahi, qui a e ?te ? finalement arre ?te ? et place ? sous contro ?le judiciaire au de ?but janvier 2015 19.

Derniers faits enregistre ?s

Au mois de mai 2014, Mohamed Cheikh serait passe ? devant un juge a ? Nouadhibou et il serait retourne ? en prison ensuite, ou ? il aurait commence ? une gre ?ve de la faim 20.

Il est important de remarquer que le 22 juin 2014, l’e ?rudit mauritanien Muhammad al- Mukhtar al-Shinqiti a publie ? sur son compte Twitter une fatwa concernant l’apostasie en islam et pre ?cisant que la peine de mort n’est pas applicable dans ce cas. Mais elle n’a pas rec ?u l’attention requise 21.

On propose ici une traduction franc ?aise [Voir l’Annexe].
Finalement, le 24 de ?cembre, le tribunal de Nouadhibou l’a condamne ? a ? mort, son proce ?s avait e ?te ? ouvert avec deux avocats commis d’office, mai ?tre Mohamedou ould Icheddou, un avocat ce ?le ?bre du pays, avait renonce ? a ? le de ?fendre en fe ?vrier 2014 suite a ? des menaces de mort contre lui me ?me et sa famille [AFP, Mauriweb, Noorinfo du 25 de ?cembre]. Une pe ?tition signe ?e par quatre associations mauritaniennes a circule ? de ?s le mois de janvier 2014 22, re ?coltant plus de 3000 signatures apre ?s le verdict. D’autres organisations mauritaniennes se sont prononce ?es en sa faveur au de ?but janvier 2015 23.

L’Union europe ?enne a rendu publique son opposition ferme a ? cette condamnation 24 dans un communique ? ou ? « elle conside ?re que la peine de mort constitue une sanction cruelle et inhumaine qui n’a aucun effet dissuasif et repre ?sente une ne ?gation inacceptable de la dignite ? et de l’inte ?grite ? humaines. La De ?le ?gation de l’Union europe ?enne a pris note de l’appel de cette de ?cision introduit par les avocats de M. Mohamed Cheikh Ould Mohamed aupre ?s de la Cour Supre ?me et espe ?re que celle-ci annulera ce verdict. »

Mohamed Cheikh a fait appel de sa condamnation et reste de ?fendu par des avocats commis d’office. On n’a pas de confirmation que le proce ?s serait tenu au mois de mars 2015. Au vue du caracte ?re exceptionnel en Mauritanie de cette affaire, il s’agirait pour certains de faire un exemple qui viserait en fait des jeunes de bonne famille qui auraient adhe ?re ? aux ide ?es athe ?es et/ou qui appelleraient a ? une re ?forme religieuse 25.

Re ?flexions finales

Nous sommes devant un cas grave de dysfonctionnement de la justice mauritanienne qui, suivant le Code pe ?nal de 1983, n’a pas tenu compte du repentir de l’accuse ?, Mohamed Cheikh ould Mohamed ould Mkhaitir, vis-a ?-vis des e ?crits qu’il a publie ? de bonne foi, en faisant usage de son droit a ? la liberte ? d’opinion et de pense ?e, et a ? la liberte ? d’expression, garanti par l’article 10 de la Constitution mauritanienne de 1991. Cela e ?tant pose ?, Cheikh Mohamed n’a pas apostasie ?, c’est-a ?-dire qu’il n’a jamais renonce ? a ? sa foi musulmane, il s’est borne ? a ? remettre en question l’ordre hie ?rarchique mauritanien en s’appuyant sur des exe ?ge ?ses de l’histoire de l’islam antique.
Or, comme l’a rappele ? le pre ?sident Mohamed ould Abdel Aziz au lendemain des faits, la Mauritanie n’est pas un pays lai ?c. Pourtant, elle a signe ? des conventions internationales qui de ?fendent les droits humains et le respect a ? la liberte ? d’expression : la De ?claration universelle des droits de l’homme, qui, dans son article 18, dispose :
« Toute personne a droit a ? la liberte ? de pense ?e, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberte ? de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberte ? de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en prive ?, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.  »

La Mauritanie a signe ? e ?galement la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (1986), qui, dans son article 8 dispose :
« La liberte ? de conscience, la profession et la pratique libre de la religion, sont garanties. Sous re ?serve de l’ordre public, nul ne peut e ?tre l’objet de mesures de contrainte visant a ? restreindre la manifestation de ces liberte ?s. »

Et, enfin, la Mauritanie a signe ? la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou de ?gradants (2004, ratifie ?e le 27 septembre 2011 a ? New York). La convention interdit l’usage de la torture et de toute forme de peines ou traitements cruels, inhumains et de ?gradants, qu’ils soient de nature physique ou morale 26. En conse ?quence, on peut espe ?rer qu’une re ?vision du jugement contre Mohamed Cheikh ould Mkhaitir soit accepte ?e par la justice mauritanienne en tenant compte de son repentir, ce qui conduirait logiquement a ? sa libe ?ration sous la protection de l’E ?tat.

Dans un cadre plus ge ?ne ?ral, on doit s’e ?tonner du silence et/ou de l’indiffe ?rence affiche ?es par la majorite ? de la population face a ? un cas grave de dysfonctionnement de la justice et d’atteinte aux droits humains.
Notons enfin les re ?flexions sur l’apostasie de l’e ?rudit Muhammad al-Mukhtar al- Shinqiti qui critique, sur la base d’une analyse pousse ?e, son utilisation dans le cadre de la justice islamique.

°°°

ANNEXE
AVIS DE L’E ?RUDIT MUHAMMAD AL-MUKHTAR AL-SHINQITI SUR LA CONDAMNATION A ? MORT POUR APOSTASIE EN ISLAM

Note biographique
Muhammad al-Mukhtar al-Shinqiti est ne ? en 1966 en Mauritanie. Apre ?s avoir effectue ? des e ?tudes en jurisprudence islamique et en traduction (de l’arabe en franc ?ais et en anglais), il a travaille ? comme professeur d’e ?ducation islamique et litte ?rature arabe dans plusieurs lyce ?es mauritaniens. Au cours de cette pe ?riode, entre 1989 et 1996, il e ?tait e ?galement e ?diteur, traducteur de journaux mauritaniens (al-Kalam, al-Islah, al-Diyaa). Entre 1997 et 1998, il a travaille ? a ? Sanaa (Ye ?men), comme professeur des Exe ?ge ?ses coraniques et Grammaire arabe a ? l’universite ? al-Eman. Entre 1999 et 2000, il a travaille ? comme professeur des Principes islamiques et langue arabe a ? Islamic Center (Washington DC), a ? American Open University (Virginia), et Islamic Center of Modesto (California). Entre 2001 et 2003, il a e ?te ? directeur de Islamic Center of South Plains de Lubbock (Texas). Il a dirige ? e ?galement le site Internet Al- Fiqh al-Syasi magazine (www.fiqhsyasi.com). Il a publie ? plusieurs livres sur la pense ?e politique en islam, la litte ?rature islamique, les mouvements islamiques et le dialogue entre le monde islamique et l’Occident.
Il e ?crit dans les sites Internet aljazeera.net et fiqhsyasi. [www.islamopediaonline.org] [Vor aussi : https://www.facebook.com/pages/Translations-of-Sh-Mukhtar-Ash-Shanqiti- lectures/578746982209072]

Photo : Muhammad al-Mukhtar al-Shinqiti (2011) [http://klmty.net/301599]

Le texte a e ?te ? publie ? le 22 juin 2014 dans son compte Twitter, en arabe [http://www.twitlonger.com/show/n_1rjt3p3]

Il commence par la Sourate 2 du Coran, La Ge ?nisse [al-bakarat], qui semble dater de juillet 622, avant la bataille de Badr, en 624. Elle a e ?te ? proclame ?e, dans sa plus grande partie, a ? Me ?dine ; a ? cette e ?poque, l’islam est devenu une institution dote ?e d’un culte nouveau, en arabe. Muhammad al-Mukhtar al-Shinqiti, fonde son argumentation sur le Verset 256 que voici :
« Pas de contrainte en cre ?ance.
La rectitude est distincte du fourvoiement. Qui efface Ta ?ghu ?t et adhe ?re a ? Allah
A de ?ja ? saisi l’anse la plus solide :
Elle ne se rompra pas,
Allah, entendeur, savant.
 »
[Le Coran, trad. Andre ? Chouraqui]

Selon le commentaire de Chouraqui, ce verset « fonde la liberte ? donne ?e aux juifs et aux chre ?tiens de perse ?ve ?rer dans leurs convictions. Rien ne doit empe ?cher la re ?alisation des droits et des devoirs du pacte d’Allah. » (Le Coran, Laffont, 1990 : 101).

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La sanction de l’apostasie rele ?ve de l’au-dela ? non de la vie ici-bas, une trentaine d’observations a ? ce sujet

1- S’il est un grand principe, aujourd’hui de ?laisse ? par les musulmans, depuis des sie ?cles, c’est bien le principe de l’interdiction d’imposer un culte a ? quiconque. Ainsi la porte du repentir a ? Dieu demeurera ouverte aux humains tant qu’il en existera, et la religion restera du ressort de Dieu.
2- Le verset « Il n’y a pas de contrainte en religion » a e ?te ? re ?ve ?le ? dans l’une des formulations les plus extensive et les plus absolues en langue arabe. Elle a combine ? l’inde ?termine ? a ? la ne ?gation et a ? l’interdiction. Ce qui englobe, ainsi, toutes les circonstances dans leur commencement, tout comme leur continuite ? et leur fin.
3- E ?trange est celui qui nous demande : qu’avez-vous fait d’un orphelin ? (hadith rapporte ? par une seule personne) et ne se demande pas, lui ce qu’il fait, d’un verset pourtant explicite « Il n’y a pas de contrainte en religion » !!!
4- L’explicite (Le Coran) est prioritaire par rapport au douteux (hadith orphelin) et ce pour tout e ?tre intelligent ; ne parlons donc pas des « savants ». De me ?me que privile ?gier la re ?gle de l’explicite (Le Coran) en cas de contradiction est une obligation. Hors il n’est de contradiction plus grande qu’un jugement impliquant la vie et la mort.
5- La distinction entre pardonner d’abord et tuer enfin n’est pas naturelle et constitue une contradiction. Rappelons ici que le verset est formule ? de la manie ?re la plus extensive et la plus absolue en langue arabe.
6- Lequel des deux actes pre ?fe ?rez-vous pre ?senter devant Allah : Tuer au nom d’un hadith orphelin ou donner la vie par un verset explicite ?
7- Tuer l’apostat n’est que l’une des catastrophes de l’exe ?ge ?se auxquelles le de ?laissement du Coran et la mise de la loi au service de l’E ?tat nous ont conduit.
8- Celui qui annonce publiquement son apostasie dans nos socie ?te ?s doit nous conduire a ? pre ?cher publiquement son retour a ? l’Islam. Cela ne nous donne pas le droit de le tuer car notre glorieux et majestueux Dieu dit « Il n’y a pas de contrainte en religion ».
9- Si, ce qui ne s’e ?tait pas passe ? avec les rebelles de l’e ?poque des Compagnons du prophe ?te relevait de sanctions religieuses, la sanction n’aurait pas e ?te ? possible sans proce ?s ; or, il n’y eu jamais de proce ?s pour apostasie a ? l’e ?poque du prophe ?te et/ou de ses compagnons.
10- L’apostasie est affaire une purement intellectuelle. Elle ne constitue pas une subversion sauf si l’apostat verse dans le prose ?lytisme auquel cas nous devons le combattre par le discours (argument et contre-argument).
11- La distinction entre la me ?cre ?ance par naissance et la me ?cre ?ance par apostasie nous conduit a ? faire de la naissance dans la croyance un de ?lit.
12- N’est-elle pas e ?trange cette logique d’exe ?ge ?tes qui croient en la contrainte de culte pour les musulmans et en sa liberte ? pour les non musulmans !!!!
13- Les guerres de Abou Bakr As-Siddiq [vers 573-634, re ?gne entre 632-634], premier khalife du prophe ?te, e ?taient une re ?plique a ? une re ?bellion arme ?e et au refus de payer les taxes (zakat) qui revenaient aux pauvres. Elles n’ont jamais eu pour objectifs de ramener quiconque a ? l’islam par la contrainte.
14- L’apostasie est le pe ?che ? le plus capital en islam puisqu’elle de ?truit la base de la religion chez l’apostat. L’islam n’y a pourtant pas pre ?vu une sanction relevant de la vie ici-bas car la contrainte engendre l’hypocrisie au lieu de la foi.
15- Il a e ?te ? prouve ? que Oumar ibn Al-Khattab (deuxie ?me khalife) [584-644, re ?gne 634- 644] a juger que l’apostat rebelle ne doit pas e ?tre tue ? apre ?s qu’il soit mai ?trise ? par les musulmans. Ce jugement est rendu par Oumar dans l’affaire de la re ?bellion du petit group des Beni Bakr Ibn Wael.
16- Oumar disait : « que je les prenne dans la paix m’est pre ?fe ?rable a ? tous les tre ?sors de la terre, je leur proposait la porte par laquelle ils e ?taient sortis... »
17- Toute hypocrisie est male ?fique, elle l’est d’ailleurs plus que la me ?cre ?ance assume ?e.
18- Al Thawri et Al-Nakhi, deux des plus grands savants de l’e ?poque [ulte ?rieure aux] Compagnons, ont tous les deux re ?cuse ? la peine de mort pour l’apostat et ont estime ? qu’il doit e ?tre invite ? au repentir sans contrainte de de ?lais.
19- La re ?gle dominante dans l’e ?cole sunnite du Hanafisme est que la femme apostat n’e ?tait pas tue ?e car la femme a ? l’e ?poque n’e ?tait pas combattante. Il s’agit-la ? d’une distinction heureuse entre la re ?bellion arme ?e et la re ?bellion intellectuelle (l’apostasie pacifique).
20- Oumar ibn Al-Khattab a condamne ? l’apostat a ? la prison. Ce qui veut dire qu’il conside ?re que la sanction de l’apostasie ne rele ?ve pas des peines mais pluto ?t de la correction qui est laisse ? en islam a ? l’appre ?ciation du juge.
21- Exiger le repentir sous la contrainte n’est qu’une interpre ?tation qui n’est cite ?e par aucun texte. Pre ?cher par la sagesse et l’home ?lie positive est mieux indique ? a ? l’endroit de l’apostat et du me ?cre ?ant.
22- L’apostasie est de deux types : intellectuelle et arme ?e. La premie ?re ne rele ?ve d’aucune sanction dans le code pe ?nal musulman tandis que la seconde rele ?ve de la correction que l’autorite ?, juste, doit appre ?cier et appliquer.
23- La sanction de l’apostasie arme ?e est justifie ?e par le de ?lit de la subversion et de la division du rang des musulmans (la re ?bellion) et non par le changement de culte.
24- La sanction du reniement de la vraie religion rele ?ve du jugement dernier aupre ?s d’Allah. Elle est plus grave que toute sanction que l’on puisse imaginer, mais il n’y a pas de sanction relevant des humains dans la vie ici-bas.
25- Le terme « reniement » e ?tait, de l’e ?poque du prophe ?te, utilise ? dans un sens tre ?s large ne couvrant pas seulement l’apostasie qui s’est rependu par la suite dans les livres d’exe ?ge ?se. Exemple : « Quant a ? Selema, il a renie ? son exode. »
26- Combattre l’apostat arme ? ne veut pas dire qu’il faut tuer l’apostat pacifique. Cette distinction, ancienne a e ?te ? faite par ibn Hazm qui l’avait attribue ? a ? une frange de savants.
27- Il n’a jamais e ?te ? rapporte ?, que le khalife Abou Bakr a eu a ? mai ?triser un apostat ne refusant pas le repentir et qui s’e ?tait repenti et qu’il l’aurait laisse ? ou qui aurait refuse ? le repentir et que le khalife l’aurait tue ?. C’est ce que les savants de la loi islamique n’ont jamais prouve ? selon ibn Hazm.
28- Dire que la contrainte interdite en religion ne concerne que l’adoption initiale et qu’elle n’englobe pas le reniement de l’islam est tendancieux
29- L’hypocrite connu [est] en moins nocif que l’inconnu.
30- En conclusion, il n’y a pas contrainte en religion ni au de ?but, ni dans la continuite ? encore moins a ? la fin et il n’y a pas de sanction humaine pour l’apostasie. Revenez donc a ? votre Saint Livre et laissez les petites de ?viations.
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Version arabe 27
La sanction de l’apostasie rele ?ve de l’au-dela ? non de la vie ici-bas, une trentaine d’observations a ? ce sujet

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Notes :

1 Cet article reprend quelques informations de ?ja ? publie ?es ailleurs, en ajoutant des informations nouvelles et les versions des trois textes en arabe traduits en franc ?ais. Voir : https://www.academia.edu/9993657/Un_jeune_homme_accuse?_d_apostasier_est_condamne?_a?_mort_en_Re?publique _islamique_de_Mauritanie, http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/un-jeune-homme-accuse-d- apostasie-161287, https://www.academia.edu/9897214/Chronique_politique_de_Mauritanie_De?cembre_2014
Le pre ?sent article est une version le ?ge ?rement remanie ?e d’un article publie ? le 4 fe ?vrier :
https://www.academia.edu/10509206/Condamnation_a?_mort_de_Mohamed_Cheikh_ould_Mkhaitir._Un_cas_de_dys fonctionnement_de_la_justice_mauritanienne

2 Ordonnance n°83.162 portant institution d’un Code pe ?nal. Journal officiel de la Re ?publique islamique de Mauritanie, le 9 juillet 1983. Voir http://www.droit-afrique.com/images/textes/Mauritanie/Mauritanie%20- %20Code%20penal.pdf

3 Voir http://www.droit-afrique.com/images/textes/Mauritanie/Mauritanie%20-%20Code%20penal.pdf (source : http://chezvlane.blogspot.com/2015/01/troisieme-genre-et-lapidation-deux.html

4 Sur le fait islamiste en Mauritanie voir le rapport « L’islamisme en Afrique du Nord IV : Contestation islamiste en Mauritanie : Menace ou bouc e ?missaire ? », International Crisis Groupe, Rapport Moyen-Orient/Afrique du Nord du 11 mai 2005. Voir aussi mon article : Un jeune homme accuse ? d’apostasier est condamne ? a ? mort en Re ?publique islamique de Mauritanie, 31 de ?cembre 2014 : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/un-jeune-homme-accuse-d-apostasie-161287.
Et enfin ma « Chronique politique de Mauritanie 2014 » (reprise dans trois sites mauritaniens : Adrar-Info, Cridem et Noor Info), https://www.academia.edu/9897214/Chronique_politique_de_Mauritanie_De?cembre_2014

5 Il s’agit de l’Association des femmes chefs de famille, l’Association mauritanienne des droits de l’homme, Conscience et re ?sistance, et SOS Esclaves. Voir : http://www.noorinfo.com/Inquisition-tabous-inegalitaires-et- abandon-noxal-en-Mauritanie-c-en-est-assez-_a11882.html.

6 Courrier International n°1248 du 2 au 8 octobre 2014. Voir www.sabk.org Shagran al-Rashidi, le 18 aou ?t 2014.

7 Je travaille depuis 1986 sur la socie ?te ? bida ?n de Mauritanie, et j’ai publie ? plusieurs textes sur le the ?me des hie ?rarchies sociales et des groupes serviles. Voir Villasante (dir.), 2000, Groupes serviles au Sahara. Approche comparative a ? partir du cas des arabophones de Mauritanie, Paris, CNRS-E ?ditions. Voir aussi « Quelques re ?flexions sur le devenir des cate ?gories coloniales de classements collectifs : races, tribus, ethnies », in M. Villasante (dir.), Colonisations et he ?ritages actuels au Sahara et au Sahel, vol I : 69-130. Texte re ?e ?dite ? in Le passe ? colonial et les he ?ritages actuels en Mauritanie, 2014 : 59-114. https://www.academia.edu/3691776/Quelques_re?flexions_sur_les_cate?gories_coloniales_de_classements_collectifs_races_tribus_ethnies._La_question_des_identite?s_sociales_e?largies_et_restreintes

8 Voir Villasante, « They work to eat and they eat to work. M’allemi ?n Craftsmen Classifications and Discourse among the Mauritanian Bida ?n Nobility », (Traduit par Raymond Taylor), in : Customary Strangers : New Perspectives on peripatetic Peoples in the Middle East, Africa, and Asia, Joseph Berland and Aparna Rao (e ?ds.), Praeger, Westport : 123-154. Version franc ?aise : « Ils travaillent pour manger et ils mangent pour travailler. Les artisans de la socie ?te ? bida ?n de Mauritanie » [Publie ?e a ? Nouakchott, juin 2014, ADRAR-INFO : http://adrar- info.net/ ?p=25517, http://adrar-info.net/?p=25525, http://adrar-info.net/?p=25556, http://adrar-info.net/?p=25618] Nouvelle version, fe ?vrier 2015 : https://www.academia.edu/10506748/Ils_travaillent_pour_manger_et_ils_mangent_pour_travailler._Les_artisans_de _la_socie ?te ?_bida ?n_de_Mauritanie

9 Voir Meskerem Bhrane, « Histoires de Nouakchott : discours des hra ?tin sur le pouvoir et l’identite ? », in Mariella Villasante (dir.), Le passe ? colonial et les he ?ritages actuels en Mauritanie, L’Harmattan, 2014 : 473-512.

10 Voir M. Villasante, Parente ? et politique en Mauritanie, L’Harmattan, 1998 ; « Ne ?gritude, tribalitude et nationalisme en Mauritanie », in M. Villasante (dir.), Le passe ? colonial et les he ?ritages actuels en Mauritanie, L’Harmattan, 2014 : 513-561.

11 Voir la seule source qui a fait traduire les deux textes en franc ?ais : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/voici- enfin-la-traduction-du-texte-du.html ?view=sidebar. Je note quelques pre ?cisions entre crochets.

12 Entretien publie ? dans Aujourd’hui Le Maroc, le 25 octobre 2014, in Courrier International, « L’islam en de ?bat », n° 1257 du 4 au 10 de ?cembre 2014. Cette rubrique est fondamentale pour l’avance ?e des ide ?es de re ?forme en islam.

13 J’ai examine ? cette question dans mon article sur les artisans de la socie ?te ? bida ?n, citant les auteurs qui ont parle ? de la « judai ?te ? » des « forgerons ». Or j’aimerais expliciter encore une fois que ces origines n’ont aucune base re ?elle. Or, contrairement a ? ce que pense le sociologue Abdel Wedoud ould Cheikh (1985 : 404), on ne peut me ?me pas « soupc ?onner » que les juifs perse ?cute ?s le Tuwwa ?t au XVe sie ?cle aient pu trouver refuge dans l’ouest saharien. Cela reviendrait a ? dire qu’il y aurait une me ?me matrice ethnique, depuis cinq sie ?cles, pour un seul groupe de me ?tier, ce qui est irrecevable. Les artisans ont les me ?mes origines me ?lange ?es que le reste des hassanophones bida ?n, issus du grand me ?tissage berbe ?re, africain et arabe. L’e ?vocation des origines « juives » n’a d’autre sens qu’ide ?ologique, construit a ? partir des textes du Coran ulte ?rieurs a ? la rupture de l’alliance entre les Arabes et les Juifs de Yahtrib et au massacre des Banu Quraidha en 627. Voir http://chezvlane.blogspot.com/2015/01/pour-le-pr-abdel-wedoud-ould-cheikh.html

14 Voir le cas de l’e ?crivain saoudien Turki al-Hamad, datant de la fin de ?cembre 2014 :
http://www.elwatan.com//international/arabie-saoudite-un-blogueur-fouette-en-public-pour-avoir-insulte-l-islam-10- 01-2015-284433_112.php

15 Voir : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/explosif-voici-le-2eme-texte-censure-du.html. Le journaliste pre ?cise avoir eu beaucoup de difficulte ?s pour obtenir une traduction du texte car aucun intellectuel mauritanien n’a accepte ? de le faire, voir : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/affaire-du-forgeron-pourquoi-cette-peur.html ; et aussi : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/je-tiens-dire-ici-mon-degout-profond.html

16 Voir la de ?claration comple ?te ici : http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/honte-aux-notres-voila-les.html. L’auteur rapporte le cas de l’e ?crivain saoudien Turki al-Hamad qui a publie ? un texte sur Twitter en de ?cembre 2013 qui fut juge ? blasphe ?matoire, sugge ?rant de « rectifier la doctrine de Mohamed » ; or, 500 intellectuels saoudiens ont signe ? une pe ?tition demandant sa libe ?ration et les excuses de l’E ?tat pour son arrestation injuste.

17 Deux sites mauritaniens abordent librement les questions souleve ?es : celui de AOSA,
http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/le-jeune-forgeron-marque-un-terrible.html?view=sidebar http://chezvlane.blogspot.com/2014/01/affaire-du-forgeron-pourquoi-cette-peur.html?view=sidebar, http://chezvlane.blogspot.com/2014/06/voila-pourquoi-le-jeune-forgeron-est.html. Et celui de Mamadou Lemine Kane [http://www.mozaikrim.com/2014/12/condamnation-a-mort-de-cheikh-ould-mohamed-ould-mkheitir-la-justice- des-laches-et-des-hypocrites.html]

18 Voir la pe ?tition : https://www.change.org/p/signez-nombreux-et-faites-signer-pour-sauver-la-vie-d-un-de?tenu-d- opinion

19 Voir http://www.cridem.org/C_Info.php?article=665629

20 Voir http://chezvlane.blogspot.com/2014/06/voila-pourquoi-le-jeune-forgeron-est.html

21 Voir http://chezvlane.blogspot.com/2015/02/quattend-letat-pour-diffuser-cette.html

22 Voir : https://www.change.org/p/signez-nombreux-et-faites-signer-pour-sauver-la-vie-d-un-d%C3%A9tenu-d- opinion

23 Citons ici l’IRA, association anti-esclavagiste dirige ?e par Biram ould Abeid, actuellement en prison, (http://www.cridem.org/C_Info.php?article=665096), et l’appel de la majorite ? des associations pour l’union nationale et contre la peine de mort (http://www.cridem.org/C_Info.php?article=665660).

24 Voir http://www.eeas.europa.eu/delegations/mauritania/press_corner/all_news/news/2014/20141231_fr.htm http://www.cridem.org/C_Info.php?article=665278

25 Voir http://chezvlane.blogspot.com/2015/01/tenez-vous-bien-voila-le-fond-de.html

26 Voir : http://www.noorinfo.com/Conseil-des-ministres-La-Mauritanie-adhere-a-la-convention-internationale-de-
protection-des-droits-de-l-homme_a2889.html
Voir aussi les Conventions signe ?es et non signe ?es par la Mauritanie concernant les droits humains :
http://www.cndh.mr/images/stories/Doc/instruments_internationaux.pdf

27 Publie ?e dans : http://chezvlane.blogspot.com/2015/02/quattend-letat-pour-diffuser-cette.html