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Algérie : Radio Corona internationale, la station qui maintient la flamme du Hirak algérien

samedi 25 avril 2020, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/04/24/radio-corona-internationale-la-station-satirique-qui-maintient-la-flamme-du-hirak-algerien_6037653_3212.html

Afrique
Algérie

Radio Corona internationale, la station qui maintient la flamme du Hirak algérien

Radio pirate lancée sur les réseaux sociaux par Abdallah Benadouda, RCI émet les mardis et vendredis et assume un ton décalé et provocateur.

Par Madjid Zerrouky

Publié 24.04.20 à 13h00, mis à jour à 16h45

Radio Corona internationale (RCI) est audible sur Facebook et Soundcloud .

Radio Corona internationale

« Bienvenue à vous, chers survivants de l’Apocalypse ! Chers coronistes magnifiques… » Il est 22 h 30, mardi 21 avril, quand Abdallah Benadouda lance la diffusion de Radio Corona international (RCI). Le chroniqueur Fayçal Sahbi clôt, lui, la douzième nuit de RCI à la première heure du jour d’après : « La liberté, belle et rebelle comme un pangolin. »

Ainsi va la « radio de la fin du monde », comme elle aime à se surnommer, qui rassemble aujourd’hui des milliers d’auditeurs, un nombre en hausse chaque semaine. « Avec le confinement, la répression et la censure qui frappe les médias indépendants du pays, Radio Corona, c’est un peu notre rayon de soleil », jure un couple d’Algérois.

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Présente en ligne depuis le 23 mars, RCI diffuse sur Facebook et Soundcloud dans une verve dialectale mi-arabe mi-français, portée par une équipe de chroniqueurs dispersés entre Alger, Oran et Boumerdès, Doha, Paris et Québec. « On cherche aussi des Chinois ! », rigole Abdallah Benadouda, son chef d’orchestre, homme de radio et de télévision exilé depuis 2014 à Providence, aux Etats-Unis.

« Tonton Gaïd Salah »

Ton caustique, interaction avec les auditeurs, « résilients de la République algérienne démocratique et populaire », et tirs à vue sur les autorités sont au programme. Ce 21 avril, on évoque l’anniversaire du printemps kabyle, on parle de foot, d’Albert Camus, d’exil, du Hirak (le mouvement populaire) ou d’un poète oublié des Aurès au fil de rubriques rythmées par une play-list et des chroniques acides et déjantées.

Un « profil psychologique du ministre de la communication » au vitriol peut précéder « l’apprentissage de la langue arabe » avec « tonton Gaïd Salah ». La logorrhée de l’ancien chef d’état-major de l’armée, mort en décembre 2019, devient la source d’échappées linguistiques. Web et réseaux sociaux aidant, la logistique est minimale : « C’est fabuleux, peu coûteux et surtout très simple à faire », raconte Abdallah Benadouda. Peu de moyens, une liberté de ton, de l’humour et de la politique : on croit retrouver les radios pirates européennes des années 1970, revisitées à l’aune du Hirak algérien de 2020.

« Je revendique totalement la filiation avec les radios pirates. A commencer par Radio Caroline », assume Abdallah Benadouda. La reine des radios pirates britanniques qui émettait au large de l’Angleterre depuis un bateau dans les années 1960 a été précurseur à une époque où les médias étaient le monopole des Etats. « Mais nous ne prétendons pas être une radio du Hirak, tient-il à préciser. Nous sommes là pour maintenir la flamme, jusqu’à ce que le mouvement reparte. » Pure coïncidence, le fondateur de Radio Caroline, Ronan O’Rahilly, est décédé ce même 20 avril à l’âge de 79 ans.

Lire le portrait de Ronan O’Rahilly, fondateur de Radio Caroline

Des sujets s’imposent parfois, explique le journaliste, citant l’emprisonnement du journaliste Khaled Draini ou l’émission spéciale conçue pour Karim Tabbou, une figure du Hirak actuellement en détention : « C’est aussi une façon de se remonter le moral. Nous avons d’ailleurs parmi nous un avocat, défenseur des détenus d’opinion en Algérie. Nous sommes là pour rigoler, mais aussi parfois, pleurer ensemble. »

Ancien de la radio publique algérienne, passé au média privé Dzair TV, Abdallah Benadouda a dû se résoudre à quitter l’Algérie en 2014 après avoir eu maille à partir avec son employeur et Saïd Bouteflika, le frère de l’ancien chef d’Etat et grand chambellan du régime, après une émission qui a déplu en haut lieu. « J’ai été viré, on m’a blacklisté, la police passait me voir tous les jours », se rappelle-t-il. Désormais installé aux Etats-Unis, où il enseigne le français et l’arabe, Abdallah Benadouda est revenu à la radio, pandémie du Covid oblige.

« Le virus m’a redonné le virus »

« Je ne vais pas remercier ce virus, mais le virus m’a redonné le virus de la radio. Confiné, j’ai commencé par lancer une chaîne Facebook pour écouter de la musique. Plutôt que d’être seul, je voulais partager et échanger avec des amis. On s’est retrouvé très vite à plusieurs centaines. Dès le deuxième jour, au lieu de se contenter de chroniques musicales, on a élargi le champ des sujets, on a commencé à parler politique, en autres, explique l’animateur. Et c’est comme ça qu’une émission de radio est née ! »

« Nous avons cherché un équilibre, poursuit-il. En variant, du sérieux au pas sérieux du tout ! » L’équipe improvisée a choisi de diffuser deux jours par semaine, les mardis et vendredis. D’abord pour laisser du temps à la préparation de l’émission, mais aussi parce qu’il s’agit des deux jours de manifestations hebdomadaires du Hirak en Algérie.

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Et la suite ? Radio Corona survivra au virus, promet son fondateur. « Je m’éclate. Je me suis pris au jeu. RCI ne s’arrêtera pas à la fin de la pandémie. On veut garder un ton décalé et provocateur, même si l’audience s’élargit. Et, surtout, continuer à donner la parole à des gens qui n’interviendraient jamais sur des médias traditionnels algériens. Des gens talentueux, brillants. C’est l’Algérie qu’on aime. »

Madjid Zerrouky