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En Syrie et en Irak, l’État islamique se moque du virus

vendredi 8 mai 2020, par siawi3

Source : https://www.ouest-france.fr/terrorisme/etat-islamique/en-syrie-et-en-irak-l-etat-islamique-se-moque-du-virus-6828818

En Syrie et en Irak, l’État islamique se moque du virus

Vaincue mais jamais éradiquée, l’organisation djihadiste mène depuis le début du Ramadan des séries d’attaques inquiétantes. Préparé à la clandestinité, l’État islamique entretient ses réseaux et exploite chaque faille sécuritaire dans les deux pays.

Photo : Un milicien irakien de la Mobilisation populaire devant un poste de contrôle attaqué le 2 mai par des combattants de l’État islamique. | AFP / AHMAD AL-RUBAYE

Patrick ANGEVIN.

Publié le 08/05/2020 à 08h01

Une attaque de l’EI a fait au moins dix morts dans les rangs de la Mobilisation populaire (MP), la principale milice chiite intégrée à l’armée irakienne, le 2 mai, près de Samara, à 100 km au nord de Bagdad, en Irak. C’est l’envergure et la complexité de l’opération qui a retenu l’attention : plusieurs cellules de l’État islamique se sont coordonnées pour attaquer différents check-points et tendre une embuscade au convoi de renforts.

Le colonel Myles Caggins, porte-parole de la coalition internationale anti-EI emmenée par les États-Unis, a minimisé l’événement en soulignant qu’il « y avait eu moins d’attaques le mois dernier qu’en avril 2019 ». De son côté, Hicham al-Hachémi, spécialiste irakien reconnu des mouvements djihadistes, estime, lui, que depuis le début du Ramadan, « les opérations de l’EI ont atteint un niveau inégalé » depuis la chute, en 2017, de son « califat » autoproclamé.

Bombes en bord de route, tirs sur des convois policiers, assassinats de représentants de l’État ou de notables locaux… Ce type d’actions est désormais récurrent dans le nord de l’Irak, mais aussi au sud-ouest, dans la province de l’Anbar, voisine de la Syrie.

Tous les experts sont d’accord sur le fait que le mouvement djihadiste est dans l’incapacité de reprendre le contrôle de territoires, encore moins de faire renaître son califat, mais il a bien retrouvé les moyens d’une stratégie plus offensive.

L’État islamique profite-t-il du Covid-19 ?

Non. L’épidémie reste contenue en Irak (2 500 cas et 100 morts). De toute façon, l’organisation se moque de la pandémie en cours et ce ne sont pas les policiers irakiens mobilisés pour faire respecter le confinement qui changent la donne dans la lutte contre les djihadistes.

Photo : Contrôle de police à Bagdad, le 3 mai, pendant le confinement imposé à cause du coronavirus. | REUTERS/THAIER AL-SUDANI

Si le Covid-19 profite indirectement à l’État islamique, c’est à travers le rapatriement des formateurs militaires de la coalition, dont par exemple 200 Français. Mais les opérations de surveillance et de bombardements aériens au-dessus de l’Irak et de la Syrie se poursuivent. Elles sont très redoutées des djihadistes et les empêchent de se regrouper pour mener des opérations d’envergure.

Comment expliquer alors ce retour de l’EI ?

Tout simplement, parce que l’EI n’est jamais parti. L’organisation a été vaincue, mais elle a eu le temps et les moyens de préparer son retour à la clandestinité d’avant le califat de 2014. Beaucoup des cadres irakiens qui ont survécu sont des anciens des renseignements rompus à la clandestinité.

Aujourd’hui, on estime que 3 000 combattants, majoritairement irakiens mais aussi des hommes revenus de Syrie, peuvent s’appuyer sur un réseau de caches dans des villages de campagne, en partie abandonnés par leurs habitants.

Les exactions de l’EI lui ont aliéné beaucoup de soutiens dans les populations. Mais les djihadistes conservent un appui chez une partie des communautés tribales sunnites marginalisées par le nouveau régime pro-iranien et parfois victimes des abus des milices chiites.

Quelle est la stratégie des djihadistes ?

« Les opérations visent à relancer les mécanismes de financement, de contrebande et de caches. Mais aussi à créer la panique en s’en prenant aux infrastructures de l’État et à ses représentants », explique à l’AFP Hicham al-Hachémi.

Photo : Le nouveau Premier ministre irakien, Mustafa Kadhemi, a prêté serment le 7 mai, après des semaines de tractations entre factions chiites au sein du Parlement. | AFP

Dans les deux pays, l’organisation s’emploie à maintenir son influence en attendant, comme en 2014, que les données de l’équation régionale évoluent en sa faveur. Elle regarde avec intérêt la paralysie de l’État irakien, qui peine à se choisir un Premier ministre et à apaiser six mois protestation sociale. Et surtout la montée des tensions entre l’Iran et les États-Unis en Irak, après l’assassinat, à Bagdad, du général iranien Soleimani, dans une frappe de drone américaine.

En attendant, l’EI exploite chaque faille du dispositif sécuritaire. Ce n’est pas un hasard si ses cellules sont très actives dans la province irakienne de Kirkouk, que Bagdad et le Kurdistan autonome se disputent.

Côté syrien, l’EI réinstalle son influence dans les villages ruraux le long de l’Euphrate en aval de la ville de Deir ez-Zor, son dernier bastion tombé en mars 2019. Le fleuve est la frontière entre les territoires repris, mais mal tenus, par les forces du régime de Bachar al-Assad et ceux repris à l’EI par les Kurdes des Forces démocratiques syriennes. Une zone instable dont les djihadistes se régalent.