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Gambie: déclaration WLUML sur les arrestations des défenseures

Saturday 16 October 2010, by siawi2

URGENT: Gambie : Les défenseuses des droits humains des femmes Isatou Touray et Amie Bojang-Sissoho ont été interpellées et mises en détention sans inculpation

Déclaration de WLUML sur l’arrestation de Défenseuses des droits humains des femmes en Gambie, Dr. Isatou Touray et Mme Amie Bojang-Sissoho
Le réseau international de solidarité Femmes sous lois musulmanes (WLUML, selon ses sigles en anglais) est profondément préoccupé par la nouvelle de l’arrestation, ce lundi 11 octobre, de nos collègues, Dr. Isatou Touray et Mme Amie Bojang-Sissoho, qui ont été interpellées par un fonctionnaire de l’Agence nationale de renseignements de la Gambie. Selon les premiers rapports, elles avaient fait l’objet, avant cette arrestation, de menaces et de harcèlements avant d’être gardées àvue sans inculpation au commissariat de police, puis envoyées àla prison centrale de « Mile Two », le 12 octobre 2010. Les deux femmes ont été interpellées puis détenues sur présomption de détournement de fonds pour un montant de 30 000 euros. La demande de liberté provisoire, s’agissant d’un délit susceptible de caution, a été rejetée le mardi par le tribunal qui a décidé de les envoyer huit jours en prison avant leur comparution devant le tribunal le mercredi 20 octobre. Selon les tout derniers rapports, leurs avocats ont présenté une demande de liberté provisoire àla cour suprême qui devra se prononcer le vendredi 15 octobre à9h30.

Le réseau WLUML adhère aux appels lancés en faveur de la liberté sous caution immédiate et inconditionnelle du Dr. Touray et de Mme Bojang-Sissoho, et demande que soit garanti leur droit àun procès juste et équitable devant un tribunal indépendant et impartial, àla sécurité et àla dignité de la personne et àla liberté en raison du caractère illégal de cette détention. Le réseau WLUML affirme également que les défenseurs/euses des droits humains et d’autres membres de la société civile ne doivent pas faire l’objet de menaces, de harcèlements ni de poursuites pour leur action de défense pacifique des droits d’autrui.

Dr. Isatou Touray et Mme Amie Bojang-Sissoho sont, respectivement, Directrice Exécutive et Coordonnatrice des programmes pour le Comité gambien des pratiques traditionnelles (GAMCOTRAP) et sont depuis plusieurs années actives dans la promotion de l’égalité des sexes, des droits de la femme et de l’enfant, particulièrement dans la lutte contre les mutilations génitales féminines et autres pratiques discriminatoires. Dr Touray est également Secrétaire Générale du Comité Interafricain sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants (IAC). Le News and Report Weekly Magazine l’a designée, en 2008, comme “Femme de l’année en Gambie†pour sa lutte contre les MGF et son action en faveur des droits des femmes et des enfants. Dr. Touray est, depuis 2 ans, membre du Comité de Femmes sous lois musulmanes et toutes deux travaillent activement dans le cadre de ce réseau depuis plus de dix ans. WLUML est un réseau solidaire transnational qui promeut et protège les droits des femmes, en particulier dans les environnements et les contextes musulmans.

GAMCOTRAP est une des organisations chef de file qui Å“uvre àla promotion des droits des femmes et des fillettes en luttant pour l’abandon de la mutilation génitale féminine et d’autres pratiques néfastes subies par les femmes et les fillettes en Gambie. Les années de lutte et d’efforts de GAMCOTRAP ont fortement contribué au développement des femmes et des fillettes en Gambie et ont également convaincu près 100 pratiquants de ces mutilations d’abandonner cette pratique.

Toutefois, le gouvernement de Gambie a récemment modifié sa politique et àcesser de soutenir les droits des femmes et des fillettes àl’intégrité corporelle ainsi que l’élimination de la mutilation génitale féminine. En effet, le conseiller personnel du président Jammeh en matière de religion a utilisé la radio d’État pour prôner la MGF affirmant qu’elle fait partie de l’islam. En 1999, la sécurité des membres de fut menacée quant le Président avait publiquement déclaré qu’il ne pourrait pas garantir la sécurité des activistes qui mènent une campagne contre les mutilations génitales féminines (MGF). Cette déclaration a été suivie d’une directive émise par le directeur de la radio-télévision de Gambie interdisant la divulgation de messages personnels s’opposant aux MGF ou faisant allusion aux risques médicaux. Seuls les messages favorables àcette pratique étaient désormais admis dans les médias de l’État; àl’époque, GAMCOTRAP a été la première organisation de la société civile de Gambie àréagir en envoyant une lettre ouverte de protestation au Président. GAMCOTRAP a poursuivi son action pour mettre fin àla mutilation génitale féminine.

En mai 2010, la Présidence a mis sur pied une commission d’enquête chargée d’examiner les allégations de détournement, de la part de GAMCOTRAP, de fonds apportés par une organisation appelée Yolocamba Solidaridad. La Coalition pour les droits humains en Gambie a déclaré que « Après une enquête minutieuse, des différents rapports et documents, la commission avait conclu que les allégations de détournement étaient non fondées. Mais, après avoir présenté ses résultats, la commission a été dissoute et certains de ses membres licenciés par le gouvernement gambien. Une deuxième commission fut ensuite mise en place, mais pendant que le GAMCOTRAP attendait les conclusions de cette deuxième enquête, les deux femmes ont été arrêtées et emprisonnées. »
(http://www.ouestaf.com/Arrestation-de-deux-eminentes-femmes-defenseurs-droits-humains-en-Gambie-Declaration_a3309.html)
Ce n’est pas la première fois que GAMCOTRAP est dans le collimateur du gouvernement du Président Yaya Jammeh. Celui-ci, il faut le rappeler, a systématiquement proféré des menaces directes aux activistes et défenseurs/euses des droits de l’homme. L’année dernière, il a menacé d’arrêter les militants/es des droits de l’homme. En septembre 2010, le défenseur des droits de l’homme et directeur de « Africa in Democracy and Good Governance (ADH) », Edwin Nebolisa, a été emprisonné pour 6 mois assortis d’une amende de 10 000 dalasis (environ US $ 300) par le Tribunal de Banjul qui l’avait déclaré coupable de « diffusion de fausses nouvelles » concernant la Présidence de la République. Nebolisa a été arrêté en mars 2010 suite àla publication d’une lettre qu’il avait écrite àla présidence dénonçant la nomination de la fille du Président Jammeh comme ambassadrice de bonne volonté en Afrique pour la Démocratie et la bonne gouvernance. Le magistrat avait également demandé la suspension définitive de l’organisation dirigée par M. Nebolisa. Le gouvernement a récemment amorcé un processus visant àmodifier la réglementation des ONG en leur imposant davantage de restrictions afin de mieux les contrôler.

Le réseau WLUML adhère aux appels lancés en faveur de la liberté sous caution immédiate et inconditionnelle de Dr. Touray et Mme Bojang-Sissoho. Nous demandons instamment que soit garanti leur droit àun procès juste et équitable devant un tribunal indépendant et impartial, àla sécurité et àla dignité de la personne et àla liberté en raison du caractère illégal de cette détention, conformément aux articles 9 et 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et àl’article 6 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi qu’àl’article 19 de la Constitution de la République de Gambie. Nous demandons également, si elles ne sont pas jugées dans un délai raisonnable, qu’elles soient remises en liberté inconditionnelle, sans préjudice de nouvelles poursuites dont elles pourraient éventuellement faire l’objet.

Le réseau WLUML affirme également que les défenseurs/euses des droits humains et d’autres membres de la société civile ne doivent pas faire l’objet de menaces, de harcèlements ni de poursuites pour leur action de défense pacifique des droits d’autrui.