Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > impact on women / resistance > Algérie : Non au blackface, non au racisme en Algérie

Algérie : Non au blackface, non au racisme en Algérie

PETITION

mercredi 27 mai 2020, par siawi3

Source : https://www.change.org/p/canal-alg%C3%A9rie-non-au-blackface-non-au-racisme-en-alg%C3%A9rie?recruiter=28998768&utm_source=share_petition&utm_medium=email&utm_campaign=psf_combo_share_initial&recruited_by_id=39e76490-e336-012f-1284-4040496dcccb


Non au blackface, non au racisme en Algérie

Non AU RACISME a lancé cette pétition adressée à Canal Algérie et à 1 autre

Cet acte raciste qu’on ne peut laisser passer

SIGNEZ la pétition ici

La chaîne Canal Algérie a diffusé le dimanche 17 mai 2019, en plein mois du ramadhan, une scène raciste de blackface (grimage en noir) au sein de la sitcom Ma neskounch maa yemak (Je n’habiterais pas avec ta mère).

Dans la scène, deux hommes se peignent le visage et les mains en noir pour avoir à manger, ils font semblant de mimer et de parler comme des migrants noirs, ce qui n’est en réalité qu’une représentation raciste, nous savons très bien que ce ne sont pas les migrants subsaharien.ne.s qui parlent ainsi, mais bien ceux qui les miment pour s’en moquer. Selon cette scène et selon un imaginaire collectif, les migrants noirs ne savent pas parler, sont malades, ne veulent pas travailler, ne font que mendier et vivent de la charité (sadaqa). En plus du blackface, à la fin de l’épisode l’un des deux hommes revient, “déguisé” en Chinois en portant un chapeau chinois, et dit des choses absurdes « Jackie Chan.. » s’invitant cette fois à manger en tant que Chinois. Nous savons quelle est l’ampleur également du racisme contre les Chinois et les Asiatiques dans notre pays, cette scène ne fait pas honneur à l’Algérie.

Nous tenons à rappeler que l’origine du blackface provient d’une pratique théâtrale raciste pratiquée au 19e et 20e siècles aux Etats Unis, où des acteurs blancs se peignaient en noir pour se moquer des personnes Noires et les représenter comme des êtres stupides, dénués d’intelligence et infantiles. Le but de ces shows était bien sûr d’amuser un public exclusivement blanc. Cette forme a été ensuite importée en Europe, et est pratiquée encore aujourd’hui, malgré les mouvements de protestation internationaux des communautés noires et des militant.e.s antiracistes, à l’exemple du personnage du « sauvage » lors de la Ducasse d’Ath, une tradition et une fête populaire en Belgique, « Le sauvage » étant un homme blanc peint en noir, ou bien du Zwarte Piet en Hollande. Cette pratique stigmatise et déshumanise, tout en renforçant les stéréotypes racistes dans l’esprit des spectateurs et dans la société.

Et c’est en Algérie également qu’on retrouve cette pratique honteuse. Les scènes évoquées plus haut nous ont mises terriblement mal à l’aise pour plusieurs raisons :

1. La couleur de peau n’est pas un déguisement, ni un maquillage que les acteurs peuvent porter le temps de jouer le rôle d’une personne Noire selon les stéréotypes sociaux racistes.

2. Ce n’est pas la première fois que le blackface est pratiqué en Algérie, par des programmes télévisés, culturels ou par des personnages publiques. Nous tenons à rappeler que cela a déjà été fait dans la série « Achor el achar » dans l’épisode 11 de la saison 2, l’épisode ayant comme titre « Les Paresseux », et par Anes Tina dans sa vidéo « Les Africains » publiée en 2014 sur youtube. Même lors du carnaval du festival Racont’art, pourtant un festival indépendant et très riche, des enfants ont été peints en noir, habillés en sauvage et ont défilé tenant des osselets représentant des os humains. Malgré les protestations répétées d’une partie des organisateurs et des festivaliers dont des personnes Noires algériennes ou non, ce “spectacle” s’est déroulé durant plusieurs éditions. A partir de 2018, suite à ces protestations, le carnaval a changé et le blackface a cessé d’y être pratiqué.

3. Pour beaucoup d’Algérien.ne.s, les Africain.ne.s sont les personnes Noires subsahariennes, oubliant que l’Algérie est africaine, que beaucoup d’Algérien.ne.s sont noir.e.s, et qu’il y a des Noir.e.s non africain.e.s. On en arrive à exotiser notre propre peuple !

4. Représenter les migrant.e.s comme des personnes qui ne veulent pas travailler et qui n’appellent qu’à la « sadaqa » est un cliché et un problème, car souvent les personnes migrantes sont surexploitées, travaillent dans des conditions terribles et inhumaines et sont sous-payées. Ce stéréotype de la mendicité et de la paresse est souvent véhiculé contre les migrant.e.s dans la vie quotidienne, et repris par la télévision pour en rire. En contrepartie, l’Algérie, qui a pourtant signé les conventions internationales en matière de droit d’asile, ne propose aucune politique de régularisation pour les migrant.e.s subsaharien.ne.s qui parfois vivent et travaillent dans notre pays depuis des années, mais organise des rafles indignes et des traques, des reconduites dans le désert sans aucune garantie de la dignité humaine.

5. Les personnes Noires sont sous représentées dans les médias algériens. Les évoquer uniquement par des stéréotypes racistes joués par des personnes à la peau claire se peignant en noir est inadmissible.

6. L’Afrique du nord traîne un lourd passé esclavagiste qui a sévi jusqu’au 20e siècle. Même si à notre connaissance l’esclavage a été éradiqué en Algérie, le racisme qui en découle est quant à lui bel et bien présent et très répandu dans notre société.

Cette scène est une atteinte à la dignité humaine, pour toutes les raisons évoquées, nous demandons à Canal Algérie de présenter des excuses, et à tous les médias de garantir des programmes non-discriminants et d’assurer une visibilité réelle et non-stéréotypée des personnes Noires Algériennes et Subsahariennes. Nous appelons les Algérien.nes à ne plus utiliser le blackface.

Signée par :

Awres Wiame

Belaribi Thiziri

Mouaci Narimene

Saadna Leïla

Salemi Sarra@