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Arabie saoudite : Quand MBS arrête les enfants d’un ancien responsable pour le faire rentrer au pays

dimanche 7 juin 2020, par siawi3

Source : https://www.lorientlejour.com/article/1220814/quand-mbs-arrete-les-enfants-dun-ancien-responsable-pour-le-faire-rentrer-au-pays.html?utm_source=olj&utm_medium=email&utm_campaign=alaune

Arabie saoudite
Quand MBS arrête les enfants d’un ancien responsable pour le faire rentrer au pays

Omar et Sarah al-Jabri ont été arrêtés en mars dans le but de forcer leur père, un ancien haut responsable des renseignements saoudiens, Saad al-Jabri, à rentrer à Riyad.

OLJ / Par Julie KEBBI,

le 05 juin 2020 à 23h27, mis à jour à 06 juin 2020 à 00h05

Après deux ans et demi de silence, la famille de Omar et Sarah al-Jabri a choisi de parler publiquement à propos des pressions exercées par Riyad sur leur famille. Le frère et la sœur, respectivement âgés de 21 et 20 ans, ont été arrêtés en mars dernier par les forces de sécurité saoudiennes et seraient au cœur d’une stratégie du prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane (MBS), pour forcer leur père à rentrer au royaume. Ancien haut responsable des services de renseignements saoudiens, Saad al-Jabri est dans la ligne de mire du dauphin saoudien qui le percevrait comme une menace, alors qu’il pourrait détenir des informations sensibles sur le royaume et la famille royale. Bras droit de l’ancien prince héritier Mohammad ben Nayef (dit MBN), qui a été évincé par MBS en juin 2017, Saad al-Jabri a occupé différents postes importants. Décrit dans la presse par des responsables des renseignements américains et britanniques comme un élément-clé dans la modernisation des agences saoudiennes de renseignements, il a également entretenu des liens étroits avec les agences occidentales pour la coordination de la lutte contre el-Qaëda dans la péninsule Arabique. Il s’était cependant vu démis de son poste en 2015, après avoir été accusé d’être proche des Frères musulmans et d’être contre l’intervention saoudienne dans la guerre au Yémen menée par MBS, alors ministre de la Défense.

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Craignant pour sa sécurité du fait de son statut de conseiller auprès de MBN dans un contexte de lutte de pouvoir au sein de la famille royale, Saad al-Jabri s’était enfui du royaume en mai 2017 pour se réfugier avec sa famille au Canada – faisant fi des sollicitations de MBS lui promettant un meilleur poste s’il rentrait. Le mois suivant, le fils favori du roi Salmane devenait le nouveau prince héritier saoudien, tandis que MBN était assigné à domicile. Dans la foulée, Omar et Sarah, deux des huit enfants de Saad al-Jabri alors restés en Arabie saoudite en attendant leurs visas étudiant pour les États-Unis, étaient interdits de sortie du territoire saoudien. Selon le quotidien britannique The Guardian, MBS aurait fait savoir à l’ancien haut responsable des renseignements saoudiens, lors d’un entretien en septembre 2017, qu’il devrait revenir au royaume pour que ses enfants soient à nouveau autorisés à voyager. L’Arabie saoudite a également tenté d’obtenir l’extradition de Saad al-Jabri, l’accusant d’avoir abusé des fonds des renseignements, sans succès.

« Je ne sais même pas s’ils sont vivants ou morts »

L’histoire s’est toutefois récemment accélérée quand Omar et Sarah al-Jabri ont été interrogés pendant 90 minutes en mars dans le but de les pousser à convaincre leur père de rentrer en Arabie saoudite suite à une convocation des forces de sécurité nationale. Une décision dont le timing suscite des craintes au sein la famille Jabri, alors que MBN et trois autres membres de la famille royale étaient arrêtés trois jours avant, accusés d’organiser un complot pour renverser MBS. Une semaine plus tard, les deux jeunes étaient arrêtés. « Omar et Sarah ont été kidnappés à l’aube du 16 mars et sortis de leur lit par une cinquantaine d’agents de la sécurité de l’État qui sont arrivés dans 20 voitures », a raconté leur frère Khaled al-Jabri, qui réside aux côtés de son père au Canada, lors d’un entretien avec la BBC. « Je ne sais même pas s’ils sont vivants ou morts », a-t-il confié. Dix jours avant la révélation de l’arrestation de Sarah et Omar al-Jabri dans la presse anglophone, le New York Times rapportait déjà que Khaled al-Jabri s’était tourné vers la société de Barry Bennett, un lobbyiste et conseiller républicain lors de la campagne de Donald Trump en 2016, pour faire pression pour « l’émigration d’étrangers pour des raisons humanitaires », sans donner plus de détails.

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L’arrestation de Sarah et Omar al-Jabri semble s’inscrire dans le cadre des tentatives de MBS de réduire au silence toute personne susceptible de lui faire de l’ombre, à l’instar des purges du Ritz Carlton en novembre 2017 ou encore de l’arrestation de militantes des droits des femmes en Arabie saoudite en mai et en août 2018, dont Loujain al-Hathloul. Ce n’est toutefois qu’en octobre de la même année que la répression saoudienne a publiquement dépassé les frontières du royaume avec l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul, provoquant un tollé international.

« Les autorités saoudiennes tombent de plus en plus bas en poursuivant les familles d’anciens responsables peu appréciés par les actuels dirigeants », a dénoncé dans un communiqué Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Comment peut-on qualifier les dirigeants saoudiens de réformistes quand ils arrêtent arbitrairement les enfants d’anciens hauts responsables ? » a-t-il ajouté.

Cette situation pourrait également compliquer les relations entre Riyad et Ottawa, déjà mises à mal avec l’expulsion de l’ambassadeur canadien en Arabie saoudite en août 2018 après des appels de l’ambassade à libérer les activistes saoudiens. Le Canada a également accordé l’asile politique en 2013 à la femme et aux enfants de Raëf Badaoui, blogueur saoudien emprisonné depuis 2012. Sa sœur, Samar Badaoui, est aussi derrière les barreaux pour son activisme en faveur des droits des femmes. Signe possible d’un réchauffement des relations, le gouvernement canadien annonçait en avril dernier la reprise des exportations militaires à destination de l’Arabie saoudite, suspendues depuis 2018 dans la foulée de l’affaire Khashoggi et des dénonciations des violations des droits de l’homme commises par Riyad au Yémen.