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Algérie : Les arts, les langues étrangères et les femmes

jeudi 18 juin 2020, par siawi3

Source : https://www.liberte-algerie.com/chronique/les-arts-les-langues-etrangeres-et-les-femmes-486

Les arts, les langues étrangères et les femmes

par Amin ZAOUI

le 11-06-2020 09:00

Trois éléments sont la cible permanente et la bête noire des fanatiques religieux : les femmes, les arts et les langues étrangères.

En Algérie, depuis la formation des premiers groupuscules politiques religieux, dans les années soixante-dix, le combat s’est vu déclaré contre ces trois facteurs fondamentaux qui font le noyau dynamique pour la naissance d’une société moderne, ouverte et plurielle.
Les fascistes, eux aussi, haïssaient l’art et les artistes.

La guerre déclarée contre l’art a commencé à l’école. Une fois les fanatiques religieux et notamment l’organisation internationale des Frères musulmans ont mis la main sur l’école, leur guerre pseudo-moraliste a débuté en sous-estimant et en diabolisant les arts : musique, peinture, théâtre et cinéma dans la vie scolaire.
Usant d’un discours pseudo-moralisateur, dans une langue religieuse de bois, une langue aliénée et moyen-orientale, les fanatiques religieux ont mené cette guerre à partir des bancs d’école, passant par les familles pour atteindre la société.
En l’absence d’un État moderne et fort, et avec la complicité des partis dits nationalistes islamisés, les fanatiques religieux ont réalisé leur première victoire : éjecter l’art de l’école algérienne. Ridiculisation du sens du beau dans l’école. Ainsi, l’école algérienne s’est trouvée aride, sans âme, vide de toute activité artistique éveilleuse de l’intelligence chez l’élève.
La décennie noire a renforcé cette sècheresse artistique et a consolidé cette sauvagerie pédagogique dans notre école. La violence est devenue une quotidienneté.
Une école sans l’enseignement de l’art, sans les clubs de cinéma, sans les troupes théâtrales, sans les concours de poésie, sans les troupes de musique, sans les ateliers de peinture n’est qu’une machine productrice de la violence et des violents. Une école sans les arts est une usine de toutes sortes de bombes humaines à retardement.
Pour fanatiser l’enfant, il faut l’éloigner des arts, de la création libre. L’art est un moyen pour rêver positivement, pour faire face à la culture du suicide. Une société dont les enfants ne rêvent pas est une société pleureuse ou colérique, condamnée à vivre dans son passé enfermé et dans la dévastation individuelle et collective.
Tout enseignement des arts est un vaccin contre le fanatisme religieux et toute autre formes d’extrémisme politique néofasciste.
Pourquoi les fanatiques religieux de chez nous mènent-ils, depuis les années soixante-dix, une guerre à l’encontre l’enseignement des langues étrangères ?
Les nazis, eux aussi, focalisaient sur une seule langue, la langue sainte.
Pendant la décennie noire, et pour que nul n’oublie, l’école algérienne a perdu des milliers d’enseignants de français. Des centaines assassinées par les hordes islamistes, des centaines d’autres ont pris le chemin de l’exil. D’autres ont quitté l’enseignement ou ont changé de matière. Les enseignants étaient assassinés parce qu’ils apprenaient aux enfants une langue étrangère capable de les mettre sur les rails d’un dialogue humain et durable avec autrui. Les poussait vers le vivre-ensemble. Accepter le différent et la différence.
En l’absence d’une stratégie de la traduction nationale ou même arabe. En l’absence d’une traduction libre des textes universels. Toute traduction est le miroir d’un système politique. Dans un Monde arabe sapé par les censures, tous genres d’interdits politiques ou philosophiques, le lectorat arabophone n’assouvira jamais sa soif de littératures et de pensées universelles ou peu.
Le lecteur en langue étrangère peut échapper, même partiellement, à cette bêtise culturelle dans le Monde arabe et en Afrique du Nord. Lire dans une autre langue, c’est avoir un autre imaginaire. Une autre fenêtre pour une aération intellectuelle. Une ventilation philosophique. Lire dans une autre langue étrangère, c’est pouvoir poser de nouvelles questions à votre société et sur elle. Et par le français, des générations successives ont lu la bonne littérature universelle traduite dans cette langue et continuent à le faire. C’est une réalité culturelle et littéraire nette et claire. Et les Algériens ont cette chance linguistique.
Par et à travers le français, on ne lit pas uniquement la littérature ou la pensée française, mais c’est une langue qui nous ouvre sur les autres littératures universelles telles anglaise, américaine, russe, allemande, chinoise, italienne, latino-américaine.
Le niveau scolaire chute de plus en plus, en arabe, en français et en anglais. Et parce que le français demeurera, pour l’Algérien, une dernière toute petite ouverture sur le monde extérieur, les islamistes ne cessent, et à chaque rendez-vous politique, de déclarer leur guerre linguistique donquichotienne. On rêve de voir nos enfants maîtriser l’anglais et l’allemand, mais la réalité culturelle et linguistique, les moyens nécessaires sont une autre chose. Ce n’est pas parce que le français est une langue du colonialisme que les islamistes mènent cette guerre linguistique. L’anglais, lui aussi, est une langue du colonialisme, d’impérialisme, qui a détruit l’Irak, la Syrie, le Yémen, etc. Et ce qui est sûr aussi, ce n’est pas pour les beaux yeux de la langue arabe, ni pour la réhabilitation de la langue amazighe, ni pour la souveraineté nationale, que les islamistes mènent leur guerre linguistique. Allez chercher ailleurs !