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Ces Israeliens qui quittent leur pays

dimanche 28 juin 2020, par siawi3

Source : Courrier International, 25 juin 20 - source : Ha’Aretz

Ces Israe ?liens qui quittent leur pays

Ils sont universitaires, e ?crivains, artistes, directeurs d’ONG, tous bien marque ?s a ? gauche. Ils ont milite ? pour la paix et ont paye ? le prix de leur engagement. A ? pre ?sent, de ?sespe ?re ?s par l’e ?volution d’Israe ?l, ils prennent le chemin de l’e ?tranger, mais refusent de se conside ?rer comme des exile ?s politiques.

Ha’Aretz (extraits) Tel-Aviv

En de ?cembre dernier, Eitan Bronstein Aparicio, 60 ans, et E ?le ?onore Merza, 40 ans, sa compagne, ont quitte ? Israe ?l pour de bon. Tous deux sont bien connus dans les milieux militants de gauche. Lui a fonde ? l’organisation Zochrot [“Se souvenir”], elle est spe ?cialiste d’anthropologie politique, et ils ont re ?dige ? un livre sur la Nakba (“catastrophe” en arabe, c’est ainsi que les Palestiniens de ?signent les e ?ve ?nements ayant entoure ? la fondation de l’E ?tat d’Israe ?l). E ?le ?onore Merza, qui est d’origine franc ?aise, ne pouvait tout simplement plus supporter la situation, ide ?ologiquement, politiquement et professionnellement. Elle a trouve ? un emploi a ? Bruxelles et le couple s’est installe ? la ?-bas, sans intention de revenir.

Ne ? en Argentine, Bronstein Aparicio avait e ?migre ? en Israe ?l avec ses parents quand il avait 5 ans et a grandi dans le kibboutz Bahan, dans le centre du pays. “Je m’appelais Claude, je suis devenu Eitan – je porte la re ?volution sioniste en moi”, rit-il. Il se qualifie d’“Israe ?lien ordinaire”, il a fait son service militaire, comme tout le monde. Il a fonde ? Zochrot en 2001, une ONG qui cherche a ? faire connai ?tre aux Juifs la Nakba des Palestiniens, apre ?s un processus qu’il qualifie de “de ?colonisation” de son “identite ? sioniste”. “Il y a un point sur lequel ce de ?part me satisfait pleinement : il fallait que je sauve mon fils du syste ?me e ?ducatif nationaliste et militariste israe ?lien. Je suis heureux de l’avoir tire ? de la ?”, confie-t-il. Et d’ajouter : “Les gens qui ont un profil politique semblable au mien ont le sentiment d’avoir e ?te ? vaincus et de ne plus pouvoir exercer d’influence importante en Israe ?l. Nous ne voyons vraiment pas de ve ?ritable paix a ? l’horizon.”

Nombre de ceux qui appartenaient a ? ce qu’on appelle la “gauche radicale” en Israe ?l ont quitte ? le pays au cours des dix dernie ?res anne ?es. Certains d’entre eux avaient passe ? leur vie a ? militer, fonde ? des mouvements politiques et dirige ? certaines des organisations de gauche les plus importantes du pays : Zochrot, B’Tselem, Briser le silence, la Coalition des femmes pour la paix, 21st Year, Matzpen et d’autres.

Ce sont des universitaires, dont certains ont perdu leur poste a ? cause de leurs opinions et activite ?s politiques, des personnalite ?s de la culture ou des professions libe ?rales. Ils avaient l’impression de ne plus pouvoir exprimer leurs opinions sans crainte en Israe ?l. Beaucoup venaient du centre de la gauche sioniste et e ?taient passe ?s plus a ? gauche, ou ont vu l’E ?tat abandonner les principes qui leur tenaient a ? cœur et ont fini par avoir le sentiment de ne plus avoir de place dans le de ?bat public israe ?lien.

Ils sont e ?parpille ?s dans le monde entier et tentent de construire une nouvelle vie. La plupart d’entre eux ne se de ?finissent pas comme des exile ?s politiques mais expliquent clairement que c’est leur opposition au gouvernement qui les a pousse ?s a ? partir. Certains ont refuse ? d’e ?tre interviewe ?s, parce que leur de ?part les met mal a ? l’aise et qu’ils ne souhaitent pas que cette de ?cision per- sonnelle soit un mode ?le pour les autres.

Parmi les noms bien connus qui ne vivent plus en Israe ?l, citons [la the ?oricienne de l’image] Ariella Azoulay et Adi Ophir, son compagnon, qui a e ?te ? l’un des fondateurs de 21st Year, une organisation antioccupation, et qui a refuse ? de servir dans les Territoires occupe ?s ; Anat Biletzki, l’ancienne pre ?sidente de B’Tselem, le Centre israe ?lien d’information des droits de l’homme dans les Territoires occupe ?s ; Dana Golan, l’ancienne directrice de Briser le silence, une association antioccupa- tion ; Hannan Hever, un des fondateurs de 21st Year, qui a milite ? au sein de Yesh Gvul [une association d’anciens combattants qui ont refuse ? de servir pendant la guerre du Liban de 1982] ; Ilan Pappe ?, qui a e ?te ? une fois candidat du parti arabo-juif Hadash, a fait partie du groupe des “nouveaux historiens” [qui ont re ?examine ? l’histoire de la naissance d’Israe ?l], et a quitte ? le pays il y a plus de dix ans ; et Yonatan Shapira, un ancien pilote de l’arme ?e de l’air a ? l’origine de la lettre des pilotes qui refusaient de participer a ? des raids dans les Territoires occupe ?s en 2003.

A ? ceux-ci s’ajoutent entre autres Yael Lerer, qui a participe ? a ? la fondation de Balad, le parti politique nationaliste arabe, et cre ?e ? Andalus Publishing, une maison d’e ?dition aujourd’hui disparue qui publiait de la litte ?rature arabe traduite en he ?breu ; Gila Svirsky, une des fondatrices de la Coalition des femmes pour la paix ; Jonathan Ben-Artzi, un neveu de Sara Ne ?tanyahou [la femme de l’actuel Premier ministre Benyamin Ne ?tanyahou], qui a passe ? en tout pre ?s de deux ans en prison pour avoir refuse ? de servir dans l’arme ?e ; Haim Bereshit, un militant de BDS [“Boycott, de ?sinvestissement et sanctions”] qui a dirige ? l’E ?cole des me ?dias et du cine ?ma du Sapir College de Sderot et cre ?e ? la cine ?mathe ?que de la ville, et tant d’autres...

Ils se joignent a ? ceux qui sont partis pour des raisons politiques il y a de nombreuses anne ?es [dans les de ?cennies 1980-1990]. Le mot qui revient quand on s’entretient avec ces personnes, c’est “de ?sespoir”. Un de ?sespoir insidieux, qui croi ?t au fil des anne ?es. “Je me rappelle parfaitement la pe ?riode des accords d’Oslo [signe ?s en 1993 entre Israe ?liens et Palestiniens], cette euphorie – que je partageais, confie Bronstein Aparicio. Je me rappelle ces anne ?es ou ? on avait l’impression que [le confit] serait peut-e ?tre re ?solu et qu’il y aurait peut-e ?tre la paix. Mais c ?a n’a pas dure ? longtemps. Apre ?s, c ?a a pluto ?t e ?te ? un de ?sespoir qui n’a cesse ? de grandir.”

Le politologue Neve Gordon, 54 ans, a commence ? son activite ? politique a ? l’a ?ge de 15 ans, en participant a ? des manifestations organise ?es par La Paix Maintenant. Il a fait son service militaire chez les parachutistes et a e ?te ? gravement blesse ?. Au moment de la premie ?re Intifada (qui a commence ? en de ?cembre 1987), il e ?tait le premier directeur de Me ?decins pour les droits de l’homme-Israe ?l. Il a ensuite milite ? au sein de Ta’ayush [“Cohabitation”, un mouvement non violent arabo-juif], qui travaille a ? la coope ?ration entre Juifs et Palestiniens. Pendant la deuxie ?me Intifada [qui a commence ? en 2000], il a participe ? au mouvement de refus de servir dans l’arme ?e.

Me ?me s’il a eu une activite ? politique diversifie ?e, Gordon est peut-e ?tre plus connu du grand public israe ?lien pour un article d’opinion paru dans le Los Angeles Times en 2009, alors qu’il dirigeait la faculte ? de sciences politiques de l’universite ? Ben-Gourion a ? Be’er Sheva [sud d’Israe ?l]. Il se prononc ?ait en faveur du boycott et qualifiait Israe ?l d’E ?tat d’apartheid. L’article avait provoque ? un scandale international, et la pre ?sidente de l’universite ? avait de ?clare ? : “Les universitaires qui ont cette opinion de leur pays sont invite ?s a ? chercher un autre he ?bergement professionnel et personnel.”

“Il fallait que je sauve mon fils du syste ?me e ?ducatif nationaliste et militariste israe ?lien.”
Eitan Bronstein Aparicio, 60 ANS

Dans les anne ?es qui ont suivi, la faculte ? a e ?te ? la cible de campagnes syste ?matiques de l’extre ?me droite. Im Tirtzu [une association e ?tudiante sioniste], notamment, a exige ? sa fermeture en raison des opinions politiques d’une grande partie du corps professoral. En 2012, le ministre de l’E ?ducation Gideon Sa’ar (Likoud) a appele ? au renvoi de Gordon. Au cours de ces anne ?es tumultueuses, le professeur a e ?te ? menace ? de mort a ? plusieurs reprises. Sa compagne, Catherine Rottenberg, qui dirigeait le de ?partement des e ?tudes de genre de l’universite ?, et lui se sont installe ?s a ? Londres avec leurs deux fils apre ?s avoir obtenu une bourse de recherche de l’Union europe ?enne. Gordon est aujourd’hui professeur de droit international et droits de l’homme a ? l’universite ? Queen Mary de Londres.

Ce ne sont pas les menaces pour sa vie qui l’ont incite ? a ? partir ni le conflit avec l’enseignement supe ?rieur, explique-t-il. Ce qui a fait pencher la balance, c’est l’avenir de ses enfants. “J’ai deux fils, avec tout ce que c ?a signifie d’e ?lever des fils en Israe ?l. Ce n’est pas chose facile que de partir a ? 50 ans passe ?s. On vit c ?a comme un e ?chec personnel et un e ?chec politique. Le racisme quotidien cre ?e un lieu ou ? je ne me sens pas a ? ma place.”

Haim Yacobi, 55 ans, a dirige ? la faculte ? de sciences politiques a ? l’universite ? Ben-Gourion dans le Ne ?guev. Il a lui aussi quitte ? Israe ?l. Architecte de formation, il est l’un des fondateurs de Bimkom, une organisation qui s’occupe d’e ?galite ? en matie ?re d’ame ?nagement urbain et de logement. Il s’est installe ? en Angleterre il y a trois ans avec sa compagne et leurs trois enfants, apre ?s avoir obtenu une chaire a ? l’University College de Londres. Comme Gordon, il assure ne pas e ?tre parti a ? cause d’un harce ?lement politique. “Si on regarde la situation politique qui re ?gne en Israe ?l, la question qui se pose – outre le projet colonial en Cisjordanie et le fait qu’Israe ?l est en train de devenir un E ?tat d’apartheid –, c’est : qu’est-ce que je veux pour mes enfants ?”

Et d’ajouter : “Pour les gens comme moi qui militent, l’espoir ou le de ?sespoir pe ?se tre ?s lourd. E ?migrer a ? mon a ?ge et avec mon statut, c’est dire : je suis de ?sespe ?re ?. Nous n’avons pas quitte ? Israe ?l a ? cause du prix du fromage blanc. Nous en e ?tions exactement au point ou ? les bons bourgeois commencent a ? voir le fruit de leur travail, et je pensais avoir tre ?s bien re ?ussi en Israe ?l. C’est terrifiant d’e ?migrer a ? un a ?ge tardif et de se re ?inventer.” Nombre de ses colle ?gues, me ?me ceux qui faisaient partie de la gauche radicale, ont conside ?re ? son de ?part comme une trahison.

L’une des choses troublantes qui ressort de ces conversations, c’est que les institutions d’enseignement supe ?rieur ont contribue ? de fac ?on de ?cisive a ? pousser au de ?part les universitaires qui avaient des opinions tre ?s a ? gauche. Le processus n’est pas toujours flagrant et, me ?me quand il l’a e ?te ?, certains refusent cate ?goriquement de parler de ce qu’ils ont ve ?cu, de peur que leur ancienne universite ? ne tente de de ?truire leur re ?putation professionnelle.

S’il y a un cas clair et net, qui a e ?te ? largement couvert, c’est le refus de l’universite ? Bar-Ilan, de ?but 2011, de titulariser et de promouvoir Ariella Azoulay, qui enseignait dans l’e ?tablissement depuis onze ans. Ariella Azoulay, 58 ans, the ?oricienne de l’image, commissaire d’exposition, re ?alisatrice de documentaires, est l’un des penseurs interdisciplinaires les plus influents d’Israe ?l. Elle avait e ?te ? recrute ?e par l’universite ? Bar-Ilan en 2000, cinq ans apre ?s l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin.
L’e ?tablissement avait a ? l’e ?poque un proble ?me d’image. En faisant appel a ? une mai ?tresse de confe ?rences connue pour ses opinions de gauche, cette universite ? a ? l’orientation religieuse et de droite, ou ? le meurtrier de Yitzhak Rabin avait fait ses e ?tudes, se parait d’une touche de pluralisme.

Dix ans plus tard, en pleine e ?re Ne ?tanyahou, ou ? les organisations de droite e ?tablissaient des listes noires d’universitaires qui critiquaient Israe ?l, les opinions d’Azoulay passaient moins bien aupre ?s des autorite ?s de l’universite ?. Son parcours a cependant suffi a ? lui valoir une proposition de la Brown University a ? Providence, dans le Rhode Island – une des grandes universite ?s ame ?ricaines. Ariella Azoulay a quitte ? le pays avec le philosophe Adi Ophir, son compagnon. La proposition de Brown comportait e ?galement un poste pour lui. Ils vivent a ? Providence depuis sept ans et se partagent entre l’enseignement, la recherche et l’e ?criture de livres qui rencontrent un succe ?s international impressionnant.

Ophir n’aime pas tellement l’expression “exile ?s politiques”. “Il y a beaucoup de choses qui entrent en jeu dans une de ?cision de ce type, explique-t-il. Le traumatisme cause ? par l’e ?jection de Bar-Ilan a e ?te ? un facteur important. Avant c ?a, nous n’avions jamais cherche ? a ? travailler a ? l’e ?tranger. Ce n’est que quand il est devenu clair qu’ils allaient la virer pour des raisons politiques qu’on s’y est mis. Et puis il y a eu la re ?action de ses colle ?gues a ? ce licenciement. Il y a eu une lettre de soutien respectable, mais c’est tout. Les autres universite ?s n’ont pas propose ? de l’embaucher. Un fosse ? s’e ?tait creuse ? et nous e ?tions de plus en plus condamne ?s. Je n’ai jamais e ?te ? perse ?cute ? a ? l’universite ? de Tel-Aviv mais j’avais en permanence l’impression qu’il y avait quelque chose qui signifiait : voila ? les limites, vous ne pouvez pas les franchir. Parce que si quelqu’un franchissait les limites, il n’e ?tait pas su ?r que son doctorat soit approuve ? ou que son article soit accepte ?...”

Ophir n’a pas toujours e ?te ? de gauche. Il a grandi dans une famille re ?visionniste de droite avant de devenir un membre ardent de Ha’Mahanot Ha’olim, le mouvement des jeunes sionistes socialistes. Il a fonde ? 21st Year avec Hannan Hever, qui est devenu professeur de litte ?rature he ?brai ?que a ? l’universite ? he ?brai ?que de Je ?rusalem et vit maintenant aux E ?tats-Unis. Le mouvement appelait a ? refuser de servir dans les Territoires et a ? boycotter les produits fabrique ?s dans les colonies [juives en Cisjordanie]. “Hannan et moi conside ?rions a ? l’e ?poque que refuser de servir dans l’arme ?e, c’e ?tait se re ?aliser, raconte-t-il. Nous pensions que l’engagement vis-a ?-vis de l’E ?tat d’Israe ?l devait s’exprimer dans le refus de servir dans les Territoires. J’e ?tais totalement sioniste. Il m’a fallu du temps pour comprendre ce que cela signifiait d’e ?tre sioniste.” Ophir ne nie pas que tout n’est pas rose, loin de la ?, aux E ?tats-Unis, ou ? il vit de ?sormais. “Depuis l’e ?lection de Trump, c ?a a empire ?, confie-t- il. Mais quand on s’oppose au re ?gime, on n’est pas seul. On fait partie d’une masse e ?norme, active et cre ?ative. Je peux en parler avec les e ?tudiants en toute liberte ?. Pendant mes dernie ?res anne ?es en Israe ?l, quand je parlais politique a ? l’universite ?, on me regardait comme si j’e ?tais un ovni. J’ai dans une large mesure remplace ? mon inte ?re ?t pour l’Israe ?l politique par un inte ?re ?t croissant pour l’histoire et la pense ?e juive. J’aime e ?tre un Juif de la diaspora.”

“Y a-t-il des choses qui vous manquent ?— Le houmous ?” Ophir rit. “Je plaisante. Mes enfants et mes petits-enfants me manquent. Beaucoup. Parfois Tel-Aviv me manque. Parfois les voyages dans le pays me manquent – le de ?sert en hiver. Mais il n’y a pratiquement pas un endroit ou ? je pourrais me promener aujourd’hui sans avoir l’impression d’e ?tre dans le pays de quelqu’un d’autre.”

Hagar Kotef, 43 ans, s’est trouve ?e dans une situation encore plus perturbante. Militante de Machsom Watch [une organisation d’Israe ?liennes qui surveillent le comportement des soldats israe ?liens vis-a ?-vis des Palestiniens aux points de passage], elle a fait ses e ?tudes de doctorat en philosophie a ? l’universite ? de Tel-Aviv et a ? l’universite ? de Californie a ? Berkeley. En 2012, elle a eu la possibilite ? de revenir en Israe ?l dans le cadre d’un programme de re ?inte ?gration des chercheurs partis a ? l’e ?tranger. On lui a propose ? un enseignement au sein de l’un des de ?partements prestigieux d’une des universite ?s du pays. La veille de l’approbation de son contrat, une ONG de droite a lance ? une campagne contre son recrutement. Le recteur a refuse ? de signer le contrat et l’universite ? a impose ? de nouvelles conditions a ? sa nomination : elle devait entre autres s’engager par e ?crit a ? ne pas participer a ? des manifestations, a ? ne pas signer de pe ?titions et a ? ne pas s’exprimer en public – ni en cours – sur des sujets sans rapport avec ses recherches.

“E ?migrer a ? mon a ?ge et avec mon statut, c’est dire : je suis de ?sespe ?re ?.”
Haim Yacobi, 55 ANS

C’e ?tait a ? l’e ?te ? 2014. Apre ?s le de ?clenchement de l’ope ?ration Bordure protectrice dans la bande de Gaza [lance ?e en juillet 2014 par l’arme ?e israe ?lienne], Hagar Kotef a signe ? une pe ?tition appelant Israe ?l a ? ne ?gocier avec le Hamas. Quelques minutes plus tard, elle a rec ?u un coup de te ?le ?phone de l’universite ? l’informant que son contrat e ?tait re ?voque ?. Elle a saisi le tribunal du travail et obtenu sa re ?inte ?gration. “J’ai commence ? a ? travailler, mais mon contrat de travail n’est jamais arrive ?.”

Hagar Kotef et son compagnon, un physicien, se sont mis a ? chercher un poste en Angleterre. “Je ne pouvais plus rester dans cette universite ? et je savais que je ne trouverais rien d’autre en Israe ?l”, explique-t-elle. Elle a fini par trou- ver un poste de professeur associe ? en sciences politiques a ? l’e ?cole des e ?tudes orientales et africaines de l’universite ? de Londres. Elle reconnai ?t qu’elle n’a pas le cœur a ? continuer ses activite ?s politiques a ? Londres. “Il y a quelque temps, mon compagnon m’a passe ? un savon parce que j’e ?tais alle ?e a ? une manifestation : ‘On s’est de ?ja ? fait chasser d’un pays a ? cause de toi, on ne va pas se faire chasser d’un autre.’”

Yael Lerer, 53 ans, traductrice et e ?ditrice, avait e ?te ? l’une des premie ?res a ? tenter de rapprocher Israe ?liens et Palestiniens dans une perspective culturelle et citoyenne. Elle jouait un ro ?le important au sein de l’Alliance pour l’e ?galite ?, un mouvement politique arabo-juif. Elle s’est installe ?e a ? Paris en 2008. Elle a beau vivre dans cette ville depuis douze ans, elle a l’impression de n’avoir jamais quitte ? Israe ?l. “Je vais et je viens. Je ne me suis pas coupe ?e d’Israe ?l. C’est juste que ma vie quotidienne est plus agre ?able ici. Mes amis franc ?ais de ?plorent le racisme qui re ?gne dans ce pays, mais ce n’est rien a ? comparer avec Israe ?l.”

Les perse ?cutions politiques qu’elle a subies en Israe ?l font qu’elle a parfois du mal a ? trouver du travail en France. Pour joindre les deux bouts, elle doit comple ?ter les revenus qu’elle tire de traductions et de relectures en travaillant dans l’immobilier (“J’ai vraiment horreur de c ?a”). “Il y a des projets qui m’inte ?ressent, mais on ne me laisse pas les faire, parce que quand on cherche mon nom sur Google en France, la premie ?re chose qui apparai ?t, c’est que je suis l’une de ces Israe ?liennes qui ont passe ? une alliance avec les terroristes, confie-t-elle. Il y a eu des appels a ? me tuer et des calomnies. On m’avait propose ? un boulot a ? la te ?le ?vision franc ?aise, mais quelqu’un a mis son veto parce qu’il ne voulait pas avoir d’ennuis avec la communaute ? juive.”

Rozeen Bisharat et Saar Sze ?kely sont aussi de ?sespe ?re ?s d’Israe ?l, alors me ?me qu’ils sont plus jeunes que les autres personnes que nous avons rencontre ?es. Ils ont malgre ? tout eu le sentiment de devoir partir vite, eux aussi. “Le meilleur moment pour e ?migrer, c’est le de ?but de la vingtaine, explique Sze ?kely, mais j’avais de ?ja ? 33 ans et Rozeen 32. On sentait qu’une minute de plus, et il serait trop tard.”

Sze ?kely le Juif et Bisharat la Palestinienne vivent en couple. Ils ont quitte ? Israe ?l il y a deux ans et demi. Bisharat a perdu espoir quand le mouvement de protestation a e ?te ? e ?crase ? lors de la guerre de Gaza en 2014. “Pendant des anne ?es, j’avais pense ? qu’il e ?tait possible de provoquer un changement dans la socie ?te ? israe ?lienne, confie-t-elle. Mais le fait d’avoir une opinion diffe ?rente a commence ? a ? e ?tre conside ?re ? comme une trahison. Et comme je suis Palestinienne, on me disait : ‘C ?a ne te plai ?t pas ? Va a ? Gaza.’ Il n’y avait pas moyen d’avoir une discussion avec qui que ce soit. Me ?me pas a ? Tel-Aviv. Si je suis partie, c’est en partie pour me libe ?rer de mon ro ?le de ‘Palestinienne a ? Tel-Aviv’. A ? Berlin, je suis du Moyen-Orient. Je ne suis pas un gadget, comme je l’e ?tais a ? Tel-Aviv, mais une e ?trange ?re parmi des centaines de milliers d’autres. Berlin me donne acce ?s au monde arabe, je peux rencontrer des Syriens, des E ?gyptiens et des Libanais. Aujourd’hui, Tel-Aviv est bien plus blanc et europe ?en que Berlin. Mon ve ?ritable exil culturel, c’e ?tait en Israe ?l.”

— Shany Littman
Publie ? le 23 mai

Repe ?res

YORDIM
C’est la fac ?on dont sont appele ?s en Israe ?l ceux qui ont choisi la voie de l’expatriation, soit “ceux qui descendent”. Un mot lourd de sens dans un pays qui s’est construit avec l’immigration et “ou ? les nouveaux arrivants sont appele ?s ‘Olim’ (‘ceux qui s’e ?le ?vent’)”, souligne The Times of Israel. “Leurs de ?tracteurs conside ?rent qu’ils ont quitte ? le navire et trahi leur he ?ritage pour une vie plus douce a ? l’e ?tranger”, de ?veloppe le site d’information,
qui rappelle qu’en 1976 le Premier ministre israe ?lien de l’e ?poque, un certain Yitzhak Rabin, les qualifiait de “froussards me ?prisables”.
Les choses ont un peu e ?volue ? depuis.
Si leur nombre reste difficile a ? e ?valuer (“entre 600 000 personnes et plus d’un million de personnes”), “il s’agit indiscutablement d’un nombre significatif et d’un exode majeur des cerveaux pour un petit pays comme Israe ?l”, reconnai ?t The Times of Israel.

AMBIVALENCE ET DE ?DAIN
A ? l’e ?tranger, les Israe ?liens expatrie ?s doivent par ailleurs affronter “l’ambivalence – si ce n’est le de ?dain – des communaute ?s juives
des pays dans lesquels ils e ?migrent”, rele ?ve par ailleurs The Times of Israel. Il cite a ? titre d’exemple l’expe ?rience de “Koren, 62 ans, e ?ditrice d’un magazine municipal londonien
en he ?breu” : “Je pense que les juifs britanniques sont un peu perdus. Comme nous parlons he ?breu et eux non, ils nous regardent avec
un œil diffe ?rent, de ?clare-t-elle. Nous venons de cette terre que les juifs au Royaume-Uni ont toujours conside ?re ?e comme leur assurance-vie – un lieu ou ? aller en cas de danger. Quand
les Israe ?liens ont commence ? a ? arriver, les juifs britanniques n’ont pas appre ?cie ?. ‘He ?, vous auriez du ? rester la ?-bas et de ?fendre ce pays
ou ? il serait peut-e ?tre un jour ne ?cessaire que nous venions.’ Et aujourd’hui, au Royaume-Uni, davantage de juifs parlent de faire leur alyah
a ? cause de l’antise ?mitisme croissant.”

DANS NOS ARCHIVES
courrierinternational.com
Les 70 ans d’Israe ?l, une histoire a ? deux voix. En mai 2018, pour
le soixante-dixie ?me anniversaire de la fondation d’Israe ?l, nous avons publie ? un nume ?ro spe ?cial consacre ? a ? cet e ?ve ?nement,
pour de ?crypter la fac ?on dont Israe ?liens et Palestiniens racontaient chacun l’histoire riche et complexe de l’E ?tat he ?breu.