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France : Curé, diacre ou nonce, sept femmes candidatent à des fonctions dans l’Église

vendredi 24 juillet 2020, par siawi3

Source : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/cure-diacre-ou-nonce-sept-femmes-candidatent-a-des-fonctions-dans-l-eglise-20200722

Curé, diacre ou nonce, sept femmes candidatent à des fonctions dans l’Église

À la suite d’Anne Soupa, ces femmes, membres du collectif Toutes Apôtres, souhaitent devenir curé, diacre, évêque, « prédicatrice laïque » ou nonce apostolique pour réformer l’Église.

Par Marie-Liévine Michalik

Publié le 22 juillet 2020 à 18:34, mis à jour le 22 juillet 2020 à 20:53

Photo : Elles souhaitent réformer l’Église et donner une plus grande place aux femmes. Le Figaro

Elles s’appellent Hélène, Laurence, Claire, Sylvaine, Christina, Loan et Marie-Automne. À leur tour, après la candidature d’Anne Soupa, théologienne de 73 ans, pour devenir archevêque de Lyon le 25 mai dernier, elles ont déposé plusieurs demandes pour occuper des fonctions importantes dans l’Église. Prédicatrice laïque, curé, diacre, évêque ou nonce apostolique, elles ont choisi des missions qui leur sont interdites car réservées à des hommes qui ont été appelés à se mettre au service de l’Église.

« On prend note de cette démarche sans s’offusquer plus que cela », répond la Conférence des évêques de France, légèrement lasse de cette nouvelle « provocation ».

Qui sont-elles ?

Sept femmes, sept histoires, sept profils différents. Au moment de poser leurs candidatures, elles ont souhaité être représentatives de la diversité des femmes dans l’Église.

Trois femmes souhaitent être diacres : Claire qui a fait des études d’art théâtral et de psychologie, Loan, massothérapeute en énergie taoïste, et Marie-Automne, ancienne Guide de France passée par Sciences Po. Christina, elle, se dit déjà prêtre, « ordonnée aux États-Unis selon le rite catholique romain, après 25 ans de discernement » et aspire à remplir la charge de curé. Sylvaine, docteure en théologie, postule « pour occuper une charge épiscopale ». Laurence est mère divorcée de trois enfants et « enseignante spirituelle depuis vingt ans » et veut être « prédicatrice laïque ». Enfin, Hélène, ancienne directrice de l’Alliance française à Cork en Irlande, est « candidate » à la fonction diplomatique de nonce apostolique.

22 juillet, une date choisie

Pour déposer leurs « candidatures » à Celestino Migliore, nonce apostolique en France, lui seul apte à transmettre les demandes au Pape, les sept femmes n’ont pas choisi cette date par hasard. 22 juillet : jour de la sainte Marie-Madeleine, femme qui a suivi Jésus et qualifiée « d’apôtre des apôtres » par le Pape François.

« On souhaite qu’elle soit notre exemple », clame Hélène Pichon, « candidate à la nonciature ». « Avec Marie, elles étaient les seules présentes lors de la crucifixion de Jésus, les hommes sont partis se cacher », ajoute-t-elle. Une fois les candidatures déposées, elles se sont rendues devant l’église de la Madeleine à Paris pour participer à la messe, « un vrai symbole ».

Laisser plus de place aux femmes

Se sentant délaissées à une place « injuste », les femmes du collectif Toutes Apôtres entendent « bousculer les choses » car ce n’est pas « un problème mineur » mais une « blessure pour l’ensemble du corps ecclésial ». « Notre geste n’est ni une revendication syndicale ni une déclaration des grands principes, mais un acte salutaire de désobéissance à la doxa ecclésiale », annoncent-elles dans le manifeste écrit par cinq femmes « engagées dans l’Église » dont Anne Soupa.

Elles y dénoncent l’absence des femmes aux hautes fonctions de l’Église. Un manque qu’elles qualifient de « scandale » et de « contre-témoignage ». Pour ces femmes, il y a une « confusion entre le pouvoir, le sacré et le masculin ». L’institution ecclésiale doit s’ouvrir « pour accomplir sa mission » et ainsi « permettre aux femmes d’accéder aux différents ministères ordonnés aussi bien qu’aux hautes responsabilités de l’institution », martèlent-elles.
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Pour la Conférence des évêques de France, ces femmes « ne sont pas représentatives des femmes engagées au service de l’Église qui sont des milliers à être heureuses et épanouies dans leur mission ». La place de la femme n’est pas une interrogation nouvelle ; déjà en 2016 une commission sur le diaconat féminin avait été ouverte. Le Pape François s’est même engagé à réfléchir sur le sujet depuis avril 2020. « C’est une vraie question que nous prenons au sérieux mais en respectant le fonctionnement de l’Église ».

À contre-courant

« Dans l’Église, on ne postule pas, on est appelé », rappelle la CEF. Déjà au mois de mai,l’annonce d’Anne Soupa avait été largement critiquée par le milieu ecclésial en reprochant à la théologienne d’outrepasser ce principe fondateur de l’Église. Les sept femmes répondent aujourd’hui en insistant que pour elles leur initiative est « une réponse à un appel » et non « une revendication d’un poste ». « L’Église doit toujours certifier les appels divins, quelle que soit la mission. Mais jamais on ne candidate », ajoute la CEF.

En rouvrant le débat autour de la place des femmes dans l’Église et leur vocation, Anne Soupa se défend de mener un combat « pour l’Église » et non « contre l’Église » car l’institution « a raté le rendez-vous de l’émancipation des femmes dans les années 50-60 ».

Réinventer plus largement l’Eglise

« Je peux comprendre les actions menées par Anne Soupa, temporise Monique Baujard, théologienne au service pendant six ans de la Conférence des évêques de France. Mais mettre une femme à la place des hommes ne réglera pas tous les problèmes de l’Église. » Proche du milieu épiscopal, Monique Baujard insiste sur le besoin de réforme de l’institution. « C’est un énorme chantier, l’Église a besoin d’une plus large réforme ». Mais pour mener ces travaux, « hommes et femmes doivent être impérativement consultés », « les besoins de chacun analysés » et « les jeunes impliqués ».

La CEF ajoute que ce type d’initiative peut « cliver » et « nier la spécificité des femmes ». L’autorité épiscopale alerte sur une confusion entre les rôles masculins et féminins en insistant que chaque sexe a « ses qualités à mettre au service de l’Église ».

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