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Un essai historique sur les racines du management. Le nazisme comme modèle de direction des ressources humaines

Book Presentation

mardi 4 août 2020, par siawi3

Source : https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/02/18/un-essai-historique-sur-les-racines-du-management-le-nazisme-comme-modele-de-direction-des-ressources-humaines/


Un essai historique sur les racines du management. Le nazisme comme modèle de direction des ressources humaines

Publié le 18 février 2020

Nicolas Béniès

« Libres d’obéir » est un oxymore qui ouvre directement sur une réflexion sur les manières de gouverner, dans les entreprises comme dans l’administration. Johann Chapoutot, historien, spécialiste du nazisme, passe du passé au présent, mêle les périodes pour éclairer les formes des rapports sociaux. Le sous titre précise le sujet : « Le management, du nazisme à aujourd’hui » pour faire l’histoire de cette notion à travers le parcours biographique et philosophique d’un général SS, Reinhard Höhn, reconverti en formateur de managers après la deuxième guerre mondiale. Les collaborateurs d’Adenauer viennent souvent du nazisme pour lutter contre l’ennemi soviétique et promouvoir la « cogestion » et la « codécision » pour abolir la lutte des classes.

Plusieurs niveaux d’analyse s’entrecroisent. L’Histoire du nazisme, de ses corpus théoriques, de la survivance des théoriciens comme de leurs idéologies, sur l’histoire de la RFA et de l’Europe de la guerre froide comme, dans l’épilogue, une réflexion sur les relations sociales – la fameuse direction des ressources humaines – dans les entreprises d’aujourd’hui mesurées par l’impératif de la compétitivité dans la mondialisation qui fait du « coût du travail » la seule variable d’ajustement en conduisant à un management de la terreur.

Les termes de « flexibilité », de « performance », de « rentabilité maximum » naissent pendant les 13 ans du IIIe Reich. Höhn, c’est une découverte, se méfie de l’Etat qu’il voit comme une machine bureaucratique et non pas un comme le lieu où s’élabore la stratégie du capitalisme. Il propose de donner plus de pouvoir aux échelons intermédiaires : les sous-officiers dans l’armée, les cadres dans l’entreprise pour en faire des « collaborateurs libres et joyeux ». Le « management par objectifs » en sera la traduction. Les objectifs sont décidés par la direction, l’exécution laissée aux échelons intermédiaires, responsables de la non-réalisation des objectifs désormais souvent chiffrés. Transfert du risque sur les salariés exonérant la direction de toute responsabilité allié à un discours sur la nécessité d’être performant provoquent « burn out », dépressions, suicides. Supprimer les services publics, la protection sociale empêchant la créativité pour privatiser tout azimut et faire exploser les statuts des fonctions publiques suppose la mise en place de méthodes brutales comme le montre l’exemple de France-Télécom devenu Orange.

Une réflexion salutaire sur notre modernité.

Johann Chapoutot : Libres d’obéir. Le management, du nazisme à aujourd’hui, Gallimard.