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Liban : Beyrouth, Où nous en sommes aujourd’hui

vendredi 14 août 2020, par siawi3

Source : l’Orient Le Jour
La Lettre aux abonnés
Édition du vendredi 14 août 2020

Où nous en sommes aujourd’hui

Depuis hier, nous n’entendons plus, au réveil, le bruit du verre balayé dans les rues. Dans certains quartiers du moins. Car dans ceux qui bordent directement le port de Beyrouth, on l’entend encore.

Mais dans les quartiers du deuxième ou troisième cercle, le gros de l’évacuation des débris est fait. Tout n’est pas réparé, loin de là, et sous certains balcons, l’accès au trottoir est barré. Des morceaux de béton ou de verre pourraient encore tomber.

Cela fait dix jours qu’une explosion dantesque a ravagé le port de Beyrouth et nombre de quartiers de la capitale, anéantissant des vies, en brisant d’autres. Des funérailles ont eu lieu, pour des adultes, mais aussi pour de jeunes gens et des enfants. Certains blessés sont sortis de l’hôpital, d’autres toujours pas.

Nous voilà entrés dans la phase 2 pourrait-on dire. Celle où, normalement, l’on obtient de premiers éléments de réponse sur les causes du drame.

Ici, rien de tout ça, alors que les autorités avaient promis de premiers résultats sous quatre jours. Et c’est un énième affront au peuple libanais.

Lundi dernier, le cabinet Diab a jeté l’éponge. Ce qui, soyons honnête, ne change pas grand-chose à l’affaire. Depuis que Hassane Diab a démissionné, dans un discours rejetant la responsabilité de tout, en gros, sur les autres qu’il n’a pas eu non plus le courage de nommer, les consultations parlementaires contraignantes, première étape pour la nomination d’un nouveau gouvernement, n’ont toujours pas été convoquées. C’est qu’avant de les convoquer, les différentes parties au pouvoir ont lancé leur tambouille habituelle de partage des parts.

Plus de 170 morts, 6000 blessés et des dévastations colossales plus tard, rien n’a changé.

La nomination du juge d’instruction en charge de l’enquête a donné lieu à un bras de fer entre la ministre démissionnaire de la Justice et le conseil supérieur de la magistrature. Classique. Et aujourd’hui, au lendemain de la nomination du juge Fadi Sawan, un nouveau blocage semble poindre.

Le président Aoun, lui, s’est pour sa part contenté d’indiquer, lors d’un entretien téléphonique avec le roi d’Espagne Felipe VI, que « les estimations préliminaires pour les pertes essuyées (après) l’explosion au port dépassent les 15 milliards de dollars ». Sans plus de détail.

Le chef du parlement, l’indéboulonnable Nabih Berry, a, lui, sorti de son chapeau la « théorie du complot » contre la Chambre pour expliquer les démissions en série présentées la semaine dernière par des députés indépendants et d’autres gravitant dans l’orbite de l’opposition parlementaire.

Du côté de l’opposition issue de la société civile, hormis un appel lancé par un collectif d’associations pour « la destitution du président de la République, la mise en place d’un gouvernement transitoire ancré dans la révolution et la démission des députés, tous membres d’un Parlement accaparé depuis trente ans par son chef et ses maîtres étrangers », on ne voit toujours rien venir.

Ce que l’on voit venir, en revanche, ce sont des représentants de diverses puissances régionales ou occidentales, dans un ballet diplomatique intense.

Pendant que les responsables sont occupés à leur cuisine infecte, des centaines, des milliers de Libanais viennent en aide, chaque jour et bénévolement, à leurs compatriotes sinistrés et endeuillés.

« En l’absence de vrai répondant à l’intérieur, avec des partis politiques qui se discréditent un peu plus chaque jour ; avec, malgré ce discrédit, une société civile qui semble terrorisée à l’idée de se mesurer à eux dans des élections, la lassitude à l’égard de ce pays finira par revenir. Une extrémité qu’il faudra éviter. À tout prix », écrit Elie Fayad dans son édito du jour. Un édito intitulé « À l’impossible, nous sommes tenus ». Voilà où nous en sommes aujourd’hui.

Emilie Sueur

Rédactrice en chef de L’Orient-Le Jour