Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Algérie : « REDZ. », une mémoire numérique de la gauche algérienne

Algérie : « REDZ. », une mémoire numérique de la gauche algérienne

LES ARCHIVES DU PAGS, DE L’ORP, D’ETTAHADIREUNIES DANS UN SITE WEB

samedi 22 août 2020, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/edition/culture/redz-une-memoire-numerique-de-la-gauche-algerienne-19-08-2020

LES ARCHIVES DU PAGS, DE L’ORP, D’ETTAHADIREUNIES DANS UN SITE WEB :

« REDZ. », une mémoire numérique de la gauche algérienne

Image : Couverture de la page Facebook de REDZ.

Mustapha Benfodil

19 août 2020 à 9 h 55 min

« REDZ. », tel est le nom d’un nouveau site web qui vient d’être lancé. Non, il ne s’agit pas d’une déclinaison algérienne du club mythique de Liverpool dont les joueurs sont surnommés « Les Reds » comme la couleur de leur tunique légendaire. « REDZ. » se réfère plutôt à « rouge », comme on dit « un rouge », c’est-à-dire un communiste.

Le nom du site est ainsi une contraction de « Red », rouge, et « DZ », « algérien ». Dès l’ouverture de la page d’accueil surgissent ces mots qui résument l’esprit de ce projet : « REDZ. Résistances démocratiques en Algérie, une mémoire des luttes » (voir : https://www.redz.website/).

Il faut dire que le lancement de ce site est en soi un événement en ce qu’il constitue une sorte de « mémoire numérique » d’un pan important de la gauche algérienne, plus précisément sa branche communiste qui s’inscrit, en gros, dans la lignée du PCA (le Parti communiste algérien) et du PAGS (le Parti de l’avant-garde socialiste).

Et si la plateforme ne couvre pas l’ensemble du spectre de la gauche, il n’en demeure pas moins que cette base de données est une mine d’or dans la mesure où elle rassemble des archives précieuses produites par des organisations qui ont profondément marqué le paysage politique algérien et particulièrement le courant progressiste.

Des numéros de Saout Echaâb numérisés

L’architecture du site est sobre mais son contenu est riche, mettant en accès libre divers documents politiques et idéologiques numérisés (communiqués, déclarations, résolutions politiques, plateformes de revendications, analyses, bulletins d’information, conférences…).

Le rubriquage de « REDZ. » est articulé autour des principales formations partisanes qui ont jalonné l’histoire de la gauche algérienne : « PCA », « ORP/PAGS », « Ettahadi »… On y trouve également d’autres traces qui documentent diverses expériences militantes marquantes réunies sous la rubrique « Mouvement social ».

Des archives liées aux actions du Mouvement étudiant (autour notamment de l’UNEA), du Mouvement féministe, du « Comité national contre l’oubli » initié par des familles des victimes du terrorisme, ou encore du Comité national contre la torture né dans le feu des émeutes d’Octobre 1988. Sous la rubrique « personnalités », le site met à l’honneur trois figures militantes majeures : Abdelhamid Benzine, Bachir Hadj Ali et El Hachemi Chérif.

Parmi les trésors que recèlent ces archives numériques : plusieurs numéros de Saout Echaâb (La Voix du Peuple), l’organe central du PAGS qui était distribué clandestinement.

On peut également consulter ce texte de référence de Bachir Hadj Ali : « La révolution socialiste mondiale et les mouvements de libération nationale » (Prague, éditions Paix et Socialisme, 1965). Autre document-clé : la proclamation du 28 juillet 1965 signée Hocine Zahouane « pour la direction de l’ORP », et à travers laquelle l’Organisation de la résistance populaire appelait les Algériens à s’insurger contre le coup d’Etat militaire de Boumediène.

Extrait : « Peuple algérien, travailleurs, travailleuses ! Seule une résistance organisée peut sauver maintenant les acquis de la Révolution. Nous vous appelons à cette résistance. Nous appelons les militants socialistes authentiques à créer des noyaux clandestins du FLN sur la base de la Charte d’Alger. Ouvriers, paysans pauvres, intellectuels révolutionnaires, constituez partout dans les villes et les campagnes, dans chaque usine et dans chaque ferme, dans les bureaux, dans les immeubles, des cellules clandestines, guides et animatrices de l’Organisation de la résistance populaire(ORP) ».

Le site comprend, par ailleurs, des liens vers des « sites amis », en l’occurrence ceux d’Alger Républicain, du MDS (Mouvement démocratique et social, héritier d’Ettahadi), du PADS (le Parti algérien pour la démocratie et le socialisme, né de l’éclatement du PAGS en 1993), ainsi que « SOCIALGERIE » (socialgerie.net), l’excellent site de Sadek Hadjerès, autre figure historique de la mouvance marxiste.

Le Hirak et l’héritage militant de la gauche

Sous le titre « Se nourrir du passé et s’inscrire dans le présent », les créateurs de ce site web soulignent qu’ils l’ont pensé comme un « pont entre camarades et un pont entre générations ». Faisant le lien avec le soulèvement populaire du 22 février, ils notent : « Depuis l’émergence du hirak le 22 février 2019, les forces de gauche et progressistes connaissent un renouveau tandis que s’accroît l’intérêt pour celles et ceux qui ont animé les résistances démocratiques et sociales depuis l’indépendance et même avant, tant il est vrai que celui qui résiste, c’est celui qui a résisté.

Cette évolution concerne les jeunes militants qui cherchent autant à se former que des sources d’inspiration, mais elle touche aussi les milieux journalistiques ou académiques ». Les auteurs insistent pour dire que ce nouvel espace est une « archive ouverte » et n’est pas l’apanage d’une chapelle : « C’est au point de rencontre de toutes ces attentes que souhaite se trouver REDZ.".

Le site sera autant un instrument pour armer les nouvelles forces qui s’engagent dans la lutte politique qu’une archive ouverte à la curiosité des militants qui voudraient se remémorer leurs engagements passés, des citoyens, des médias ou des universitaires. Un site non pas pour une organisation mais pour toute la mouvance de gauche et progressiste.

Conçu comme un carrefour, REDZ. voudrait voir converger les efforts pour reconstituer et promouvoir un patrimoine militant autant que pour honorer la mémoire de ceux qui ont incarné le combat pour une Algérie de liberté et de justice, dans un cadre pluriel et autonome ».

L’initiative aspire en outre à engager une réflexion sur l’apport et la place de la gauche dans la cartographie militante en Algérie et ses horizons de lutte : « Le site ambitionne d’ouvrir un débat sur ce que fut le mouvement de gauche et progressiste en Algérie pour pouvoir lui dégager de nouvelles perspectives mobilisatrices.

Dans un moment de recomposition politique, ce débat permettra d’éclairer la refondation de la pensée et des luttes, car c’est dans les angles morts de la mémoire collective que s’alimentent les illusions. Les éléments et matériaux proposés devront aider à s’en prémunir et permettre d’identifier le véritable changement radical ».

Octobre 88 : appel à témoins

REDZ. se veut par ailleurs une manière de capitaliser les luttes, de permettre une accumulation des résistances citoyennes et de construire un récit des combats démocratiques : « Le site évoquera la permanence des luttes pour mieux souligner leur exigence toujours renouvelée. Il balisera la voie pour la réécriture du récit national en y inscrivant des luttes et des engagements qui ont été au cœur des conquêtes de la société algérienne. Il rappellera que le fil conducteur de toute notre histoire est la lutte pour l’émancipation totale ».

Il tombe sous le sens que cette plateforme digitale ouvre des perspectives extraordinaires dans le sens où elle va inciter – en tout cas, on l’espère – tous ceux qui gardent jalousement un quelconque matériau documentaire si modeste soit-il, fût-il juste une photo, un tract, une lettre, un badge, une coupure de journal… jalousement gardé dans leurs tiroirs, à le partager et le mettre à la disposition du grand public, des chercheurs, des jeunes générations de militants curieuses d’en apprendre un peu plus sur leurs aînés, leur univers, leur vocabulaire, leurs méthodes…

Et cela ne peut qu’enrichir cette mémoire numérique en construction. Les fondateurs de REDZ. ont d’ores et déjà lancé un chantier important à travers cet appel diffusé sur la page d’accueil, et qui vise à alimenter la mémoire d’Octobre 1988 : « Vous avez participé aux événements d’octobre 1988 ? Vous avez été victimes de la répression ? REDZ. sollicite votre témoignage ».

Cet « appel à témoins » illustre parfaitement l’idée que ce site est une plateforme dynamique et s’inscrit dans une démarche participative qui lui permettra à coup sûr d’élargir son fonds documentaire en l’enrichissant avec les documents, les témoignages, les visuels (photos et vidéos) de toutes celles et ceux qui ont pris part à l’action de la gauche en Algérie et ils sont nombreux.

C’est en même temps un bel hommage à tous les précurseurs, les pionniers, qui défiaient la répression autoritaire en plein parti unique. Sans oublier tous ces anonymes, ces militants discrets, des rêveurs acharnés qui n’étaient parfois qu’une petite poignée à croire qu’une autre Algérie est possible….

On ne peut donc que saluer ce beau projet en souhaitant ardemment que ce site fasse des petits, et qu’il inspirera les autres forces politiques, les mouvements citoyens… Et vivent les REDZ. !