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USA-Israel : De retour des USA, Dani Dayan craint pour l’avenir des relations Israël-Diaspora

samedi 22 août 2020, par siawi3

Source :

De retour des USA, Dani Dayan craint pour l’avenir des relations Israël-Diaspora

The Times of Israël

Photo : Dani Dayan participe à un panel de discussion à la Conférence sur la démocratie d’Israël à Tel-Aviv, le 17 février 2015 (Crédit : Amir Levy / Flash90)

Interview
De retour des USA, Dani Dayan craint pour l’avenir des relations Israël-Diaspora

Le diplomate parle des différences culturelles et « ethniques » profondes entre Israël et la Diaspora et regrette l’apathie « insultante » d’Israël à l’égard du monde juif

By Raphael Ahren

20 August 2020, 8:32 pm 1

Exactement une semaine après le 27 octobre 2018, la tuerie dans la synagogue de Pittsburgh qui a tué 11 personnes, la communauté juive de la ville s’est rassemblée au temple Rodef Shalom pour commémorer l’événement tragique. Il s’agissait de la pire tragédie dans l’histoire des Juifs américains.

« C’était une cérémonie très longue, avec de nombreux discours », s’est souvenu Dani Dayan qui officiait alors comme consul général d’Israël à New York. Puisqu’il était aussi en charge de la Pennsylvanie, il s’est rendu sur le lieu du massacre peu après avoir appris la terrible nouvelle.

« Ma semaine à Pittsburgh après la tuerie a été de loin l’expérience la plus forte, la plus difficile que j’ai vécue aux États-Unis », a-t-il confié.

Pourtant, la cérémonie de commémoration, tenue dans une synagogue réformée, lui a laissé une touche d’espoir.

« Je ne sais pas si c’était spontané ou non, mais la cérémonie s’est terminée par un hymne – et cet hymne était la Hatikva. Vous pourrez bien dire un millier de fois que les Juifs américains sont déconnectés d’Israël. Si dans leur moment le plus douloureux, ils finissent une cérémonie avec la Hatikva – il n’y a aucune déconnexion ».

Pourtant, Dani Dayan, âgé de 64 ans, est extrêmement inquiet de la tendance actuelle qui laisse penser, selon lui, que les Juifs israéliens et la Diaspora pourraient bientôt arrêter de se soucier les uns des autres.

« Si nous ne nous occupons pas de ces tendances en créant une responsabilité mutuelle – où les Israéliens se soucient d’Israël mais aussi du monde juif, et le monde juif se soucie de lui-même mais aussi d’Israël – alors il y aura une déconnexion », a-t-il averti.
Photo : Le consul général d’Israël à New York Dani Dayan rend visite à la synagogue de l’arbre de vie un an après qu’un tireur armé a tué 11 fidèles, en octobre 2019.
(Autorisation : Consulat Général d’Israël à New York)

Ayant terminé un mandat de quatre ans en tant que plus haut diplomate israélien dans la Grande Pomme, Dayan a atterri lundi en Israël. Il est actuellement en quarantaine dans sa maison de l’implantation de Cisjordanie de Maaleh Shomron.

Dans un long entretien réalisé sur Zoom, il a parlé des différences culturelles et « ethniques » profondes entre les Juifs américains et israéliens et sur la manière dont on pouvait les surmonter. Il a évoqué la lutte d’Israël pour s’opposer aux politiciens progressistes aux États-Unis, et sur ses propres ambitions personnelles pour l’avenir.

En 2015, sa carrière diplomatique a connu des débuts agités, quand le gouvernement brésilien a refusé de l’accepter en tant qu’ambassadeur israélien à cause de son passé de président du groupe pro-implantations du Conseil de Yesha. Du fait de ses positions de droite, notamment son opposition virulente à une solution à deux États, de nombreux Juifs de gauche se sont inquiétés de sa nomination à New York.

Mais son franc-parler charmant, son progressisme inattendu (concernant des questions sur les droits LGBT ou le pluralisme religieux) et sa volonté de s’impliquer dans presque tous les aspects de la société, Dani Dayan a conquis la majorité de ses détracteurs. Aucun autre diplomate dans l’histoire récente n’a eu le droit à autant de louanges par autant de communautés différentes avant de quitter son poste.

À titre d’exemple, le président du district du Bronx Ruben Diaz Jr a proclamé le 7 juillet 2020, « Journée de l’Ambassadeur Dani Dayan ».

« Non seulement on pensait que Dayan était un très mauvais choix pour New York en soi, mais sa nomination a très largement été perçue comme un lot de consolation après avoir été refusé en tant qu’ambassadeur d’Israël au Brésil par l’administration de gauche de Brasilia », a écrit Abe Silberstein dans The Forward.

« Et pourtant, Dayan part en ayant réussi sa mission. Pourquoi et comment cela s’est-il produit reviendrait à expliquer en grande partie la situation ambiguë des Juifs libéraux et progressistes alors qu’Israël, un pays dans lequel ils ont été impliqués toutes leurs vies, s’enfonce toujours plus dans ce que peu à gauche hésitent encore à qualifier de réalité d’apartheid ».

Avant de devenir ambassadeur, Dani Dayan avait tenté sans succès d’entrer à la Knesset. Il attribue son échec en politique à l’opposition entre ses positionnements durs sur les questions sécuritaires et diplomatiques et ses valeurs autrement progressistes. Il se qualifie lui-même d’ »orphelin politique ».
Photo : Dani Dayan lors d’une conférence de presse le 14 décembre 2014, au cours de laquelle il a annoncé qui se présenterait à la Knesset dans le parti HaBayit HaYehudi aux prochaines élections.
(Miriam Alster/Flash90)

Il n’est pas encore prêt à exclure totalement la possibilité de retenter sa chance en politique. Pendant son séjour aux États-Unis, en plus de New York et de la Pennsylvanie, il était aussi responsable de New Jersey, du Delaware et de l’Ohio. Il a aussi passé beaucoup de temps à Puerto Rico et il est devenu le premier diplomate israélien à se rendre sur les Îles Vierges. Avec le recul, il estime maintenant que le renforcement des relations entre Israël et la Diaspora a été sa mission la plus importante.

Actuellement, il n’a aucun projet concret, a-t-il souligné, mais, à l’avenir, il aimerait travailler pour renforcer les liens entre l’État juif et le monde juif en tant que président de l’Agence juive ou ministre israélien des Affaires de la Diaspora.

« Je suis rentré de New York avec ces convictions chevillées au corps. C’est maintenant dans mes tripes, dans mon sang », a-t-il dit. L’apathie que trop de gens en Israël éprouvent à l’égard du monde juif est insultante. Nous sommes aujourd’hui le grand frère ».

Celui qui est né et a grandi dans une famille sioniste à Buenos Aires ne se dit pas préoccupé par des gros titres à venir sur telle ou telle crise dans les relations de la Diaspora.

« Il y a des crises, ce n’est pas ce qui me dérange. Ce qui m’empêche de dormir la nuit, parfois au sens propre, c’est l’avenir à long-terme de notre relation. Ma crainte est qu’au 21e siècle, les deux grandes communautés juives se scindent en deux groupes différents. Ou pire encore, que l’une des deux puisse disparaître. Ce n’est pas quelque chose d’impossible ; le peuple juif a déjà traversé ce type de processus dans le passé ».
Pas trop préoccupé par le BDS

Juif laïc, il se pose souvent la question de savoir si notre génération avait une « mitzvah spéciale ».

Dans les années 1940, les Juifs avaient l’obligation de sauver leurs frères européens de la Shoah. La génération suivante avait la « mitzvah spéciale » de sauver les Juifs soviétiques et éthiopiens.

« Et pour nous ? Le BDS n’est clairement pas notre mitzvah spéciale », a-t-il dit en référence au mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). La lutte contre l’antisémitisme ne devait pas être sous-estimée, mais ce n’est pas non plus notre mission suprême, a-t-il supposé.

Aujourd’hui, les Juifs ont plutôt deux mitzvot spéciales : garantir la sécurité et la prospérité de l’État d’Israël, et protéger l’existence continue des communautés juives dans le monde, a-t-il affirmé.

« Je suis inquiet par la tendance qui consiste à dire que chacune des deux grandes communautés juives devrait choisir seulement une mitzvah. A savoir, que les Juifs israéliens choisiraient seulement Israël, et les Juifs américains se soucieraient uniquement de leur avenir. Si cela a lieu, c’est une tragédie. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter que cela se produise ».
Photo : Dani Dayan, alors consul général d’Israël à New York, parle avec la police de Monsey, New York, après qu’un homme juif a été poignardé à mort dans une attaque, en décembre 2019. (Autorisation : Consulat General d’Israël à New York)

L’éducation est l’élément clef pour contrer ces tendances inquiétantes, a souligné Dayan. La ministre d’Israël pour les Affaires de la Diaspora, Omer Yankelevitch, devrait consacrer une partie substantielle du son budget pour sensibiliser les Israéliens sur le besoin de prendre soin de nos frères de l’autre côté de l’Océan, a-t-il insisté.

« Oui, je suis le gardien de mon frère, a-t-il déclaré. Je ne parle pas du gouvernement, je parle de la société civile – ils ne sont pas intéressés par la communauté juive américaine, sauf si quelque chose se passe comme à Pittsburgh. Et ce n’est pas suffisant ».

De l’autre côté de l’océan, la situation n’est pas bien meilleure, alors que de nombreux parents juifs sont réticents ou pas en mesure de donner à leurs enfants une éducation juive, a regretté Dani Dayan. Il se rappelle avoir reçu dans son bureau un rabbin réformé qui se plaignait de ne pas avoir les moyens pour envoyer ses trois enfants dans des écoles juives.

Le coût élevé d’une éducation juive n’est pas le seul problème auquel sont confrontés les Juifs américains, « mais c’est clairement un problème important », a-t-il dit.

Les Juifs des États-Unis en savent beaucoup sur les Israéliens et les défis auxquels ils sont confrontés. « Mais je ne pense pas qu’ils comprennent notre façon de penser, notre façon de prendre des décisions, a-t-il dit. Pour remédier à cette situation, il serait bien que les organisations juives américaines arrêtent d’inviter Tzipi Livni et Michael Oren comme intervenants clefs, et ils pourraient commencer à inviter des politiciens orthodoxes comme Aryeh Deri, Moshe Gafni et Betzalel Smotrich, a-t-il dit.

Mais les points de vue extrémistes défendus par ces politiques ne risqueraient-ils pas d’éloigner plus encore les Juifs américains ?
Seth Rogen arrive à la première à Los Angeles de « Game Over, Man ! », le mercredi 21 mars 2018 à Los Angeles (Willy Sanjuan / Invision / AP)

« Bien sûr, ce danger existe, a-t-il répondu. Mais d’autres voix dans la communauté juive américaine – Seth Rogen en étant le dernier exemple, et aussi Peter Beinart et beaucoup d’autres – s’éloignent des Israéliens. Nous sommes différents. Nous sommes très différents. Il n’y a pas de sens à le cacher ».

Les Israéliens ont dû construire un État juif souverain en partant de rien, alors que les Juifs aux États-Unis devaient se fondre dans une société déjà existante, a poursuivi le diplomate. Les deux groupes devaient développer des stratégies complètement différentes pour réussir, ce qui a conduit au développement de traits de caractères et de valeurs différents.

Pour les Israéliens, la valeur juive la plus importante est Shivat Zion, le retour vers l’ancien foyer, et c’est ce qui les pousse à considérer certains coreligionnaires de la Diaspora avec mépris. D’un autre côté, pour les Juifs américains, le principe suprême est le Tikkoun Olam, faire du monde un endroit meilleur.

« Nous sommes aussi différents ethniquement, a-t-il ajouté, notant que les Juifs israéliens sont à 50 % Séfarades et Mizrahi, alors que la communauté juive américaine est à 95 % Ashkénaze. « Nous portons avec nous nos héritages différents, nos traditions différentes, nos manières différentes de penser en fonction de nos origines respectives ».

« Malgré nos différences, les Israéliens et les Juifs de la Diaspora doivent maintenir un lien. Ce n’est pas facile, c’est un défi. Mais c’est nécessaire. Autrement, nous serons l’État des Israéliens et non plus l’État des Juifs, et je ne suis pas prêt à accepter cela ».

Parmi les militants pro-implantations, le laïc Dayan a toujours fait figure d’exception. En tant que diplomate, il a continué à critiquer le manque de pluralisme religieux en Israël. Le fait que des ministres israéliens ne se rendent pas dans des synagogues réformées et conservatrices est « extrêmement problématique », a-t-il dit.

En même temps, il a aussi réservé quelques critiques dures pour le mouvement réformé américain à cause de ses positions trop ambiguës sur le conflit israélo-palestinien, comme le fait de s’opposer au transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem.

« L’une de leurs grandes erreurs est qu’ils n’ont pas décidé s’ils sont un courant religieux ou un groupe politique », a commenté Dayan. Mélanger la religion avec la politique est néfaste surtout pour le mouvement lui-même, puisque cela empêche tous les alliés israéliens de droite en Israël de le soutenir.

« Je n’ai pas réussi à les convaincre de faire de la politique dans différentes organisations, a reconnu Dayan. Certaines des décisions politiques que le mouvement réformé a prises à l’égard d’Israël revenait à se tirer une balle dans le pied, voire plus haut ».
Photo : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le président américain Donald Trump se serrent la main au Musée Israël à Jérusalem, le 23 mai 2017. (AP/Sebastian Scheiner)

Dayan a hésité à parler de la politique israélienne, mais il a noté qu’il n’était pas inquiet que l’État juif puisse devenir un point d’achoppement de politiques partisanes aux États-Unis. L’alignement proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le président américain Donald Trump n’a pas vraiment affecté le soutien bipartite pour Israël, selon lui.

« Israël a une stratégie très claire : avoir une relation aussi proche que possible avec n’importe quelle administration américaine. Je n’ai aucun doute que si la Secrétaire d’État [Hillary] Clinton avait été élue présidente, Israël aurait agi de la même manière, cela aurait été un effort concerté pour avoir la relation la plus proche que possible avec cette administration ».

Dayan a reconnu que les forces progressistes au sein du Parti démocrate sont hostiles à Israël, mais il affirme que leur opposition vis-à-vis de l’État juif n’a rien à voir avec les politiques de son gouvernement.
Photo : De gauche à droite : Rashida Tlaib, (Démocrate-Michigan, Ilhan Omar, (Démocrate-Minnesota), Alexandria Ocasio-Cortez, (Démocrate-N.Y.), et Ayanna Pressley, (Démocrate-Massachusett), prennent la parole au Capitole à Washington, le 15 juillet 2019. (AP Photo/J. Scott Applewhite, File)

« Il n’y a aucun intérêt à tenter de les convaincre. Ils ne seront contents que quand Israël aura disparu de la carte. Oui, il y a ces mouvements : nous l’observons sur les campus, et nous le voyons en politique. C’est un problème, je ne le sous-estime pas. Mais généraliser en disant que nous ne pouvons pas maintenir le dialogue avec les progressistes serait une erreur totale ».

Bien sûr, Israël peut et devrait en faire plus pour dialoguer avec les Américains de gauche, a-t-il reconnu. « Mais ce n’est pas un combat perdu ».

Comme exemple, il a cité les primaires démocrates de cette semaine pour le 15e district de New York, qui se situe dans le sud du Bronx. « C’est probablement le quartier le plus pauvre de New York. Il n’y a littéralement aucun Juif là-bas. Cinq des six candidats étaient progressistes. Et cinq des six, dont le vainqueur, sont pro-Israël ».

Le prochain élu probable, Ritchie Torres, un homme gay afro-latino dans la trentaine, est un soutien ferme de l’État juif, a déclaré Dani Dayan, en notant qu’il avait parlé avec lui avant le scrutin de mardi. « Je crois sincèrement qu’Israël devrait être une cause progressiste dans la politique américaine. Il a tous les mérites pour être une cause progressiste ».