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France : Les décoloniaux plébiscités aux universités d’été des Verts et de la France insoumise

vendredi 28 août 2020, par siawi3

Source : https://eldiabloisakiller.blogspot.com/2020/08/les-decoloniaux-plebiscites-aux.html

Publié le 24.08.20

par eldiablo

Les décoloniaux plébiscités aux universités d’été des Verts et de la France insoumise

Jean-Luc Mélenchon et Danièle Obono lors des AmFis d’été de la France insoumise à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme).
Le parti écologiste et le mouvement de Jean-Luc Mélenchon ont tous deux invité plusieurs têtes d’affiche de la mouvance racialiste pour s’exprimer sur les sujets liés aux discriminations. Une nouvelle confirmation que l’universalisme est en repli à gauche.

Les universités d’été des partis sont souvent une bonne illustration des mouvements tectoniques de la pensée politique : on peut y observer les nouvelles idéologies en vogue, les penseurs que les formations souhaitent mettre en avant et peut-être un indice sur les évolutions programmatiques à venir. Les conférences organisées par la France insoumise (LFI) et Europe Ecologie Les Verts (EELV) marquent à ce titre une nouvelle étape de la ringardisation de la pensée universaliste à gauche, au profit d’un logiciel racialiste.

Du côté du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, réuni à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme) du jeudi 20 au dimanche 23 août, tout comme du parti écologiste, dont les journées d’été se tenaient à Pantin (Seine-Saint-Denis) du 20 au 22, les mêmes choix ont été effectués : inviter, pour animer les ateliers consacrés aux questions d’antiracisme, des tenants du courant décolonial, le plus souvent sans contradicteur défendant une autre vision de la lutte contre les discriminations. Pour rappel, le courant décolonial, initialement popularisé dans les universités américaines mais importé en France au tournant des années 2000 (notamment par l’entremise du Parti des indigènes de la République), se propose d’interpréter les rapports de domination sociaux comme les conséquences de la colonisation menée jadis par les pays occidentaux. Les décoloniaux développent également une très forte appétence pour la réhabilitation de la notion de race, au point, d’après leurs détracteurs qui les qualifient « d’indigénistes », de s’enfermer dans une vision dogmatique et haineuse finissant par racialiser les rapports sociaux.
Ce qui ne les empêche pas d’être devenus les nouveaux chouchous des partis de gauche. Ainsi, EELV organisait ce jeudi 20 août un débat intitulé « Colonisation, une histoire à déboulonner ? ».

Parmi les intervenants invités à traiter de ce « sujet politique sensible », outre la secrétaire nationale adjointe d’EELV Sandra Regol, on trouvait la sénatrice verte Esther Benbassa, favorable de longue date aux courants indigénistes ; mais aussi Pascal Blanchard, historien auteur de multiples ouvrages destinés à démontrer l’impact du fait colonial sur la société française contemporaine (La République coloniale, Culture coloniale en France de la révolution française à nos jours, Ruptures postcoloniales…) et qualifié de « bonimenteur du postcolonial business »" par plusieurs universitaires ; et enfin Malcom Ferdinand, jeune chercheur au CNRS qui plaide pour Une écologie décoloniale, titre de son livre paru en 2019.

Dans un autre débat portant sur « l’avenir de l’antiracisme en France et en Europe », les écologistes avaient convié, là encore, Sandra Regol et Esther Benbassa ; mais également Françoise Vergès, militante historique du courant décolonial en France et auteure de l’essai Un féminisme décolonial (La Fabrique, 2019). Ou encore Salah Amokrane, militant toulousain et membre du parti Génération-s, mais aussi l’un des fondateurs du Parti des indigènes de la République. Notons également qu’une autre table ronde, ayant pour thème : « Violences policières, dérèglement du climat : même système, même combat ? », et qui ambitionnait de tisser un lien entre les jeunes manifestant pour le climat et « la jeunesse racisée des quartiers populaires », EELV avait invité une énième militante indigéniste, Fatima Ouassak. Deux jeunes figures de l’UNEF et de ce nouvel antiracisme étaient également présentes pour intervenir sur des thèmes sociaux : Mélanie Luce et Maryam Pougetoux.

LES INSOUMIS TENTENT DE SAUVER LES APPARENCES

Joint par Marianne, Damien Deville, membre d’EELV et animateur de la mission « représentation, diversité et territoires », assume le choix d’inviter de nombreux décoloniaux aux journées d’été, manière de « faire le lien entre les combats antiracistes et le rapport à la Terre ». Selon ce géographe et anthropologue, l’écologie décoloniale « invite à renouer avec la singularité de chaque territoire, en proposant un mode de gouvernance adapté et émancipateur, car on ne fait pas territoire de la même manière dans les Cévennes qu’à Paris ou en Guyane. » Le responsable écologiste estime que son parti a longtemps été « faible sur l’antiracisme, très peu de personnes issues des communautés racisées étant membres d’EELV ». Le fait d’inviter des personnalités indigénistes permettrait au parti de « mettre en crise ses acquis et de sortir de ses zones de confort ».

Interrogé sur l’absence de représentant d’un antiracisme universaliste et républicain, Damien Deville répond de manière plutôt critique à l’égard de ce courant, avançant que « pendant longtemps, l’antiracisme n’a pas pensé le lien à l’autre et les nouvelles manières de faire société, de faire gouvernance à l’échelle des territoires ».

Plus au sud, la France insoumise n’a pas été en reste, mais sur un mode différent : le mouvement de Jean-Luc Mélenchon fait cohabiter en son sein des républicains convaincus et des personnalités plus proches des thèses indigénistes. Même si le second courant a davantage le vent en poupe depuis la présidentielle de 2017, il s’agit donc de donner le change. LFI a abouti à une forme de compromis en confiant des interventions spécifiques sur des sujets théoriques à des figures universalistes, mais en réservant les débats sur le racisme à des invités favorables au mouvement décolonial.

ABSENCE DE PERSONNALITÉS RÉPUBLICAINES

L’historien Thomas Branthôme a ainsi été convié à disserter sur la 6e République, et le philosophe Benoît Schneckenburger sur les « fondements et enjeux de la laïcité ». Mais le débat sur « le racisme et les discriminations systémiques » avait une tonalité très différente : y étaient notamment présents Patrick Simon, chercheur spécialiste des discriminations ethniques qui est intervenu au « QG décolonial » en 2017 ; Nacira Guénif, sociologue historiquement favorable au Parti des indigènes de la République ; Malcom Ferdinand, chercheur décolonial déjà invité chez les écologistes ; et Danièle Obono, députée LFI elle aussi issue de la matrice indigéniste.

Aucune personnalité républicaine n’a trouvé sa place lors de ce débat, pas plus que dans celui sur « un nouvel antiracisme populaire », saisissante compilation de figures racialistes en vogue à gauche : LFI a ainsi invité Taha Bouhafs, journaliste et militant là encore proche de positions communautaristes, alors même que l’intéressé avait été à l’origine d’un incident aux AmFis de l’année dernière en insultant le philosophe laïque Henri Peña-Ruiz (qui n’a lui pas été réinvité) sur les réseaux sociaux. Arié Alimi, son avocat, était aussi présent, tout comme la militante de Seine-Saint-Denis Diangou Traoré, l’inévitable Danièle Obono, ainsi qu’Eric Coquerel, autre député LFI accommodant avec les thèses du « nouvel antiracisme ».

CONFRONTER LES POINTS DE VUE

Surtout, la France insoumise avait convié à débattre une figure controversée en la personne de Maboula Soumahoro. Maîtresse de conférence à l’université de Tours, celle-ci est surtout connue pour constituer une figure de proue du militantisme identitaire décolonial, ce qui l’amène parfois à défendre des positions discutables : en 2017, sur le plateau de LCI, Soumahoro avait été interpellée au sujet d’une liste aux municipales à Sarcelles qui dénonçait le fait que la commune soit « une ville de Noirs dirigée par des Juifs » et invitait les Noirs à « reprendre le pouvoir ». « Cette démarche ne me choque pas », avait rétorqué l’universitaire, au motif curieux que la liste « n’avait pas été élue ».

Autre fait d’armes notable, une intervention datant de 2019 dans laquelle Maboula Soumahoro donne une idée plus précise de la nature de « l’antiracisme politique » qu’elle défend : « Cet homme blanc (...) ne peut pas être l’antiraciste, il ne peut pas avoir raison contre une Noire et une Arabe, il ne peut pas, ce n’est pas possible, et ça il va vraiment falloir que la France s’en rende compte ». A noter que Maboula Soumahoro était également invitée à participer à un débat sur la police aux journées d’été d’EELV, mais que son nom a finalement été retiré de la liste des intervenants. Pour de simples raisons logistiques selon Damien Deville, qui nous indique que l’universitaire décoloniale « est une personnalité certes controversée mais que les Verts n’ont aucun problème à inviter ».

Il faut croire que les discours tenus par Maboula Soumahoro sont en tout cas préférables à un argumentaire universaliste pour être invité à débattre d’antiracisme aux universités d’été de la France insoumise. Interrogé avant la tenue des ateliers au sujet de ces choix, Adrien Quatennens, coordinateur du mouvement, nous répond qu’il « ne connaît pas l’ensemble des intervenants » cités dans notre article, ni le détail de leurs orientations idéologiques, mais que la contradiction est assurée par le fait que « LFI n’est pas sur [leurs] positions et qu’elle sera représentée dans ces conférences par ses parlementaires et par les Insoumis eux-mêmes ». Mais en confrontant les décoloniaux aux députés Danièle Obono et Eric Coquerel, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon ne leur a pas opposé les adversaires les plus farouches, loin de là…

Adrien Quatennens, lui-même plus proche de positions universalistes, avance que les AmFis d’été ont « vocation à confronter les points de vue qui ne correspondent pas à notre tradition », l’engagement « républicain, laïque et universaliste » de la France insoumise n’étant « plus à prouver » mais, selon le député, « régulièrement caricaturé pour alimenter la polémique ». Reste qu’en invitant une flopée de personnalités indigénistes pour débattre d’antiracisme sans leur confronter le moindre intellectuel d’une autre sensibilité, LFI ne fait rien pour brouiller l’ambiguïté

Source : https://www.marianne.net/