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Liban : l’Etat multi-confessionnel face à ses démons

mardi 1er septembre 2020, par siawi3

Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/proche-orient/liban/explosions-a-beyrouth/le-president-michel-aoun-appelle-a-declarer-le-liban-etat-laic_4090115.html

Liban : le président Michel Aoun appelle à la création d’un « Etat laïque »

Le chef de l’Etat s’est engagé à ouvrir le dialogue pour réformer le confessionnalisme, un système politique qui répartit les postes entre les différentes communautés religieuses.

Photo : Le président du Liban, Michel Aoun, lors d’un discours télévisé, le 30 août 2020. (STRINGER / DALATI AND NOHRA / AFP)

franceinfo avec AFPFrance Télévisions

Mis à jour le 31/08/2020 | 10:36
publié le 31/08/2020 | 08:06

Le président libanais Michel Aoun a déclaré, dimanche 30 août, que « le temps du changement » était venu, appelant à proclamer un « Etat laïque » à la veille de la visite d’Emmanuel Macron qui presse pour la réforme du système confessionnel. « Je suis convaincu que seul un Etat laïque est capable de protéger le pluralisme, de le préserver en le transformant en unité réelle », a-t-il justifié dans un discours à l’occasion du centenaire du Liban.

>> L’article à lire pour comprendre le système politique libanais

Alors qu’il est conspué par le mouvement de contestation, le chef de l’Etat a reconnu que « la jeunesse libanaise appelle au changement ». Michel Aoun s’est ainsi engagé à « appeler au dialogue les autorités religieuses et les dirigeants politiques afin d’arriver à une formule acceptable par tous et pouvant être mise en place à travers des amendements constitutionnels appropriés ».

Emmanuel Macron, premier chef d’Etat à se rendre au Liban après les explosions à Beyrouth le 4 août, avait pressé les dirigeants politiques libanais d’entreprendre des réformes politiques vitales. Le président français, attendu à nouveau lundi soir à Beyrouth, avait évoqué vendredi les « contraintes d’un système confessionnel » qui ont conduit « à une situation où il n’y a quasiment plus de renouvellement et où il y a quasiment une impossibilité de mener des réformes ».

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Source : https://www.lorientlejour.com/article/1231072/la-france-et-le-pluralisme-libanais.html

La France et le pluralisme libanais

OLJ / Par Michel TOUMA,

le 01 septembre 2020 à 00h00

Tout le monde le sait… C’est l’évidence même. Une personne nommée à un poste de responsabilité peut faire la différence dans l’exercice de ses fonctions dépendamment de ses compétences, de ses qualités et son envergure personnelles, de son attachement à des principes et des valeurs humanistes… Cela revient à placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

Dans le cas spécifique du Liban, toutefois, un bémol est apporté le plus souvent à ce principe le plus élémentaire. Mais dans le contexte présent, à l’ombre de la cascade de crises sans précédent auxquelles est confronté le pays, il y a urgence ; il n’y a plus de place pour le jeu politique traditionnel, pour les calculs partisans réducteurs ou encore les grands projets géostratégiques transnationaux qui font fi des réalités et des impératifs de la scène locale.

Aujourd’hui, du fait de la constante attitude belliqueuse et des aventures guerrières sans fin de la milice télécommandée par Téhéran, le pays est confronté aux défis de l’application des réformes qui se font toujours attendre, de la relance d’une économie en panne, du redressement du secteur bancaire, de la reconstruction des vieux quartiers de Beyrouth détruits par l’explosion du 4 août – en préservant, à l’identique, leur patrimoine architectural – de la résorption du marasme social, du règlement des énormes difficultés qui menacent l’enseignement privé, au niveau aussi bien scolaire qu’universitaire…

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. La prochaine équipe ministérielle devrait se fixer pour objectif de plancher sur une feuille de route claire, nette et précise, bien ciblée, en se démarquant dans ses déclarations d’intention des lieux communs et de la prose vide de sens si chère à cette partie du monde… Ce dont le Liban a besoin en toute priorité, c’est un « gouvernement de mission », comme le soulignent les sources de l’Élysée. Un gouvernement qui empêche, d’abord, le navire de couler. C’est après que l’on s’occupera de sa décoration d’intérieur et de la répartition des tâches au sein de son équipage…

En marge de la visite – que l’on espère salvatrice – d’Emmanuel Macron, il serait peut-être utile d’insister sur l’importance d’établir une nette distinction, entre, d’une part, la nécessité de modifier profondément les pratiques du pouvoir en vue d’une bonne gouvernance et, d’autre part, l’opportunité dans la situation actuelle d’envisager une refonte du système politique et du « pacte national » qui régit le pluralisme libanais et les fragiles équilibres socioculturels et communautaires qui caractérisent l’entité libanaise depuis des siècles.

La première démarche – insuffler un nouvel esprit dans la gestion de la chose publique – devrait être au cœur de la feuille de route du nouveau gouvernement. Elle devrait être surtout la finalité du forcing effectué par le président Macron, et à travers lui sans doute la communauté internationale et certains pays arabes, quitte à stimuler quelque peu un tel renouveau en agitant sérieusement le spectre de sanctions sévères contre les obstructionnistes qui entravent les réformes requises au niveau des services vitaux.

Quant à la seconde démarche portant sur le système politique en place et les équilibres fragiles entre les composantes du tissu social libanais, elle nécessite, elle, un dialogue franc, transparent et en profondeur qui ne peut être entamé et entretenu que sur le moyen ou le long terme et surtout dans une atmosphère sereine et calme, dans un climat de paix civile. Un tel dialogue ne peut aboutir à un résultat sérieux et durable si l’une des parties prenantes est un para-État milicien surarmé, bénéficiant d’un appui multiforme et illimité de la part d’une puissance étrangère à laquelle il est totalement soumis de par sa doctrine politique.

Précipiter les choses à l’ombre de la conjoncture présente, confondre et mélanger ces deux démarches, tomber dans le piège de l’amalgame entre ces deux approches, reviendrait à effectuer un très dangereux faux pas en mettant en péril ce qui a fait au fil des siècles – et qui doit continuer de faire – la richesse socioculturelle, la spécificité et la raison d’être du Liban dans cette partie du monde. Le terme « pacte politique », évoqué par le chef de l’Élysée lors de sa première visite, n’a sans doute pas la même signification et la même portée à Paris et à Beyrouth…

La France, plus que tout autre pays, connaît de près et a « vécu » sur le terrain cette complexité libanaise. Elle a accompagné et encadré à travers l’histoire la sauvegarde du pluralisme libanais, plus particulièrement sous l’Empire ottoman. La célébration, aujourd’hui même, du centenaire de la proclamation du Grand Liban offre à Emmanuel Macron l’opportunité historique de renouveler l’engagement constant de la France à préserver les particularismes pluriels de ce « pays-message » tant de fois loué par feu Jean-Paul II.

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Source : https://fr.sputniknews.com/international/202008311044349741-malgre-laccord-de-principe-du-hezbollah-le-nouveau-pacte-de-macron-pour-le-liban-mission-impossible/

Combattants du Hezbollah
Malgré l’accord de principe du Hezbollah, le « nouveau pacte » de Macron pour le Liban, mission impossible ?

20:30 31.08.2020(mis à jour 22:17 31.08.2020) URL courte

Par Hakim Saleck

Emmanuel Macron arrive ce 31 août au Liban avec la complexe mission de proposer « un nouveau pacte » aux dirigeants libanais. Un pari risqué pour le Président de la République, compte tenu de la configuration politique au Liban. Macron a-t-il eu les yeux plus gros que le ventre ?

Analyse Riad Sidaoui,
spécialiste du monde arabe, pour Sputnik.

Emmanuel Macron grand sauveur du peuple libanais ? Celui qui était venu en visite au lendemain de la terrible explosion dans le port de Beyrouth avait promis de revenir au Liban début septembre avec des solutions concrètes. Ces propositions devraient prendre la forme d’un « pacte » qui a pour ambition de réformer en profondeur un système politique libanais à bout de souffle et gangréné par la corruption.

Un pari risqué compte tenu de l’histoire du Liban. Le système politique actuel au Liban est fondé sur les accords de Taëf, qui ont mis fin à 14 ans de guerre civile. Ceux-ci garantissent une représentation politique égale des différentes communautés du pays. Le chef du gouvernement doit être sunnite, la présidence allant à un chrétien maronite et la présidence du parlement à un musulman chiite. La récente nomination de Moustapha Adib au poste de Premier ministre s’inscrit d’ailleurs dans cette logique.

Beyrouth
© REUTERS / ALKIS KONSTANTINIDIS
Liban : le nouveau Premier ministre désigné
Un système qu’il va être difficile de remplacer, car, comme l’explique au micro de Sputnik France Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d’analyses politiques et sociales (CARAPS), « l’alternative, c’est la guerre civile. »

Vers une laïcité à la libanaise ?

Parmi les éventuelles propositions, pourrait se trouver une transition vers un État laïc qui permettrait un égal accès au pouvoir, indépendamment de son appartenance communautaire. C’est en tout cas la proposition que fait le Président Michel Aoun lors d’un discours pour les 100 ans du Grand Liban.

Une proposition chimérique, selon Riadh Sidaoui :

« Si ce que Michel Aoun veut dire est « oublions le communautarisme et nos différences au profit d’un nationalisme libanais », ça risque d’être très difficile à mettre en place. Parler au Liban d’un système laïc est très exagéré, pour ne pas dire condamné à l’échec. »

Reste donc à voir ce que contient ce « nouveau pacte » que vient proposer Emmanuel Macron ce 31 août au Liban, car pour le moment, « la formule d’un nouveau pacte utilisée par Macron est floue, ça ne veut rien dire », tacle Riadh Sidaoui.

Photo : Michel Aoun
© AFP 2020 Hussein Malla

Le Président Aoun appelle à changer le système politique au Liban et en faire un État laïc
Néanmoins, malgré la difficulté évidente d’un tel processus, il semble tout de même que les cercles de pouvoir au Liban soient volontaires pour faire évoluer la situation. Les différents chefs de parti ont indiqué qu’ils étaient ouverts à un nouveau pacte. Même le Hezbollah :

« Nous avons entendu l’appel du Président français au cours de sa dernière visite au Liban à un nouveau pacte politique », a déclaré le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans un discours prononcé ce 30 août.

Le Hezbollah, véritable État dans l’État libanais, est donc prêt à entendre la proposition d’Emmanuel Macron pour une future transition politique au Liban. Le chef du « Parti de Dieu » a tout de même mis le Président français en garde : « Nous sommes ouverts à toute discussion constructive sur le sujet […], mais à la condition qu’il s’agisse d’un dialogue libanais et que ce soit la volonté de toutes les parties libanaises. »

Le Hezbollah, un « parti politique très pragmatique »

Il n’y a là rien de bien surprenant pour ceux qui connaissent les rouages du Hezbollah, explique Riadh Sidaoui :

« Le Hezbollah est connu pour être un parti politique très pragmatique à l’intérieur comme à l’extérieur du Liban. Il sait qu’il est la bête noire d’Israël et des États-Unis, donc il cherche d’autres compromis ailleurs, notamment chez les Européens. Ils ne sont pas dans une logique de jusqu’au-boutisme idéologique. »

Mais au-delà de la prise de position du Hezbollah, le réformisme affiché par la classe politique libanaise semble paradoxal au vu de la nomination de Moustapha Adib au poste de Premier ministre.

 ?Les différents tenants du pouvoir se disent favorables ou ouverts au changement, tout en désignant un Premier ministre sunnite, pur technocrate, dans le cadre des accords de 1989.

« C’est un point d’inflexion entre les chiites du Hezbollah et d’Amal, les chrétiens de Michel Aoun et les sunnites de Tayy ?r al-Mustaqbal [courant du futur, ndlr]. C’est un choix consensuel basé sur les accords de Taëf. »

Rien de bien nouveau donc et les Beyrouthins n’en sont pas dupes. Lors de la première visite de Moustapha Adib dans certains quartiers qui avaient été dévastés par l’explosion du 4 août, celui-ci avait été accueilli par des « Thawra, Thawra », ce qui veut dire « révolution » en arabe. Un chant clairement hostile au nouveau Premier ministre que beaucoup de Libanais perçoivent comme une perpétuation du statu quo.

Et ce, malgré la volonté affichée par l’ancien ambassadeur du Liban en Allemagne d’avoir « comme point de départ un accord avec le Fonds monétaire international. » Ce qui suggère nécessairement qu’il est prêt à entreprendre des réformes, en tout cas d’un point de vue économique. Et dans le cas du Liban, ça serait déjà un pas de géant.

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