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Suisse : Zurich is the new black

Expo-photo

mardi 1er septembre 2020, par siawi3

Source : https://www.letemps.ch/culture/zurich-is-the-new-black?utm_source=Newsletters&utm_campaign=0fc2bd6c91-RSS_EMAIL_AFRIQUE&utm_medium=email&utm_term=0_56c41a402e-0fc2bd6c91-110294213

Zurich is the new black

Jusqu’au 23 août, l’exposition « Black Art Matters » crée l’événement à Zurich. Ses nombreuses images de photographes africains et afro-descendants sont devenues un point de ralliement dans toute la Suisse

Elisabeth Stoudmann

Publié samedi 8 août 2020 à 12:03 . Modifié samedi 8 août 2020 à 12:04

A deux pas du Hardbrücke, dans le quartier très branché du Züri West, la Maag Halle, une large structure en béton, s’ouvre sur un grand bar-salon africain mis sur pied par Mélanie Hanimann et son agence de designers. Habits, cosmétiques ou produits d’alimentation entourent un café cosy et constituent l’antichambre de la toute nouvelle exposition Black Art Matters.

A l’intérieur de ce grand espace, plus connu pour ses spectacles de music-hall, sont exposés quelque 750 clichés de 70 photographes africains ou afro-descendants. Accrochés aux murs bien sûr, mais le plus souvent simplement posés sur des cubes en Sagex recyclables. L’énergie vibre de partout, témoignant des besoins d’expression pressants, qu’il s’agisse d’artistes confirmés ou de nouveaux talents. Ainsi les incroyables images-installations de l’Américaine Jasmine Murrell, qui présentent des têtes féminines aux gigantesques coiffes sculptées dans des matières organiques. Ou ces photos de jumeaux ou jumelles, subtilement habillés par des stylistes pour évoquer la spiritualité et le mystère, signées Marc Posso, un Gabonais de Paris. Et encore les nus de Gregory Prescott, qui immortalisent des couples du même sexe enlacés, albinos…

« Nous nous considérons plutôt comme une plateforme pour les photographes noirs contemporains que nous avons recherchés et choisis. Et non pas comme des curateurs travaillant sur un sujet bien défini. Nous n’avons volontairement pas fait le choix des images. On a discuté avec les artistes, et ce sont eux qui ont décidé ce qu’ils souhaitaient présenter. La seule directive était que leurs photos soient actuelles, autrement dit, qu’elles aient été prises au cours des douze derniers mois. Bien sûr chaque participant savait que l’exposition s’appelait « Black Art Matters ». Au final, le thème des manifestations de Black Lives Matter a été surtout exploité par des photographes suisses ainsi que par trois Américains, mais pas du tout par les Africains », relève le producteur Michel Pernet, l’un des directeurs de l’agence d’événements culturels et de communication Blofeld. Pas de catalogue d’exposition, mais à côté de chaque texte de présentation, le nom Instagram de l’auteur… Enfin, pour répondre à la demande de photographies-reportages réalisés en terre africaine, un diaporama a été mis en place dans l’auditorium attenant à la salle.

Dans l’urgence

La petite histoire veut que la réalisation de cette exposition relève d’un miracle post-coronavirus. Dans l’impossibilité d’organiser de grands concerts, les gérants de la Maag Halle se sont tournés vers l’agence Blofeld, avec laquelle ils ont l’habitude de collaborer. Ça tombait bien : Michel Pernet travaillait depuis fin 2019 avec la Kenyane Marieta Kiptalam sur une meilleure représentation des artistes noirs vivant en Suisse. En décembre dernier, ils lançaient en ligne la plateforme Blackculturemovement.com. Dans la foulée, ils ont également mis sur pied une exposition thématique avec les œuvres de 25 photographes suisses et internationaux d’origine africaine au sein de Photo Schweiz, vitrine pour talents du cru (également signée Blofeld).

Pour répondre à la demande de la Maag Halle, Michel Pernet et Marieta Kiptalam, en contact avec le mouvement Black Lives Matter, pensent alors naturellement à développer cette exposition spéciale. « Il nous semblait important de continuer de stimuler une prise de conscience et d’encourager la créativité des Noirs en Suisse et dans le monde », explique Michel Pernet au téléphone. De l’idée au vernissage, ils ont trois semaines pour réaliser ce tour de force. A la direction artistique, l’Erythréenne Helen Gebregiorgisch et Joshua Amissah, originaire du Ghana, également actifs au sein de Photo Schweiz.

Tout ce beau monde a secoué son réseau d’artistes, de festivals, de fondations. Quelques stars, dont l’Américain Greg Gorman, donnent un coup de main, entraînant dans leur sillage d’autres grands noms comme Kwaku Alston, le photographe officiel d’Obama. « J’ai envie d’être un pont entre les Blancs et les Noirs et d’avoir recours à la culture pour atteindre ce but, explique de son côté Marieta Kiptalam. C’est fantastique si je peux aider les gens. Même si – du fait de la situation économique et de la situation des migrants – je ressens une recrudescence de racisme en Suisse, je n’aime pas les discours victimistes. Nous devons nous entraider, nous devons changer de façon positive. Le racisme n’aura jamais de gagnants, que des perdants, car nous avons tous la même échéance : la mort. »

Lire également : Le mouvement Black Lives Matter expliqué en trois minutes

Rêve éveillé

Apparue aussi soudainement qu’un champignon après quelques jours d’averses, rencontrant un vif succès, principalement auprès d’Afro-descendants de toute la Suisse, Black Art Matters s’impose comme un point de ralliement d’une minorité en recherche de repères, d’identité et agit comme un vecteur d’empowerment, grâce aussi aux événements proposés dans l’African Living Room : projections de films, rencontres-ateliers avec des artistes ou simples réunions et échanges entre femmes, comme cette récente Black Women Night. « Dans notre culture, les femmes se parlent peu entre elles, explique la cofondatrice du projet. Elles font face seules à leurs difficultés. Et là, c’est comme si tout d’un coup nous pouvions laisser tomber le masque. J’ai vu des femmes sortir de cette exposition très fières ou très émues, et c’est ça qui compte. D’autant que je ne m’y attendais pas. C’est un peu comme un rêve éveillé. »

Ce succès fulgurant, tout comme l’intitulé de l’exposition, n’a pas manqué de susciter quelques remarques au sein de la communauté zurichoise. Opportuniste, Black Art Matters ? « On a lancé la plateforme Black Culture Movement bien avant la mort de George Floyd, bien avant le coronavirus. Je voulais juste faire quelque chose pour les miens et personne ne trouvait rien à y redire. Aujourd’hui avec Black Art Matters, certains nous critiquent. Je ne vais pas laisser quelqu’un marcher sur ma tête alors que je fais quelque chose de bien. Je n’ai pas de plan pour le futur. Je prends les choses comme elles viennent. Nous avons reçu des demandes de Berlin et même des USA qui voudraient présenter cette exposition. Mais ce sont des projets extrêmement onéreux. On verra bien. Nous songeons aussi à amener ce projet en Afrique. »

« Black Art Matters », Maag Halle, Zurich. Jusqu’au 23 août. blackartmatters.com