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France : « La perversion de la cité commence par la fraude des mots »

Les idées à la dérive

samedi 5 septembre 2020, par siawi3

Source : http://www.creal76.fr/pages/billet/billet.html

03 septembre 2020

par Jean-Michel SAHUT.

Les idées à la dérive

« Liberté d’expression » ! Au nom de ce bel engagement voilà que se dressent des piloris, que l’anathème agite les pensées, que la mise en cause du religieux redevient blasphème, que l’excommunication tranche les légitimes débats.

Rejetant l’universalisme, tout cet arsenal moyenâgeux reprend du service au nom d’un essentialisme mortifère paradoxalement louangé par des courants de pensée qui avaient pourtant habitué l’Histoire à être à l’avant-garde de l’émancipation humaine. Illustrant la formule prêtée à Platon, « La perversion de la cité commence par la fraude des mots », la dialectique universitaire se parfume d’une casuistique qui falsifie le vocabulaire pour réhabiliter des concepts bannis comme celui de « race », la rhétorique de l’inversion fait de la laïcité une arme d’extrême droite et l’opprobre est jeté sur ceux et celles qui s’obstinent à la défendre.

Les assassins de Charlie auraient-ils gagné la bataille des idées ?

°°°

Source : http://www.creal76.fr/medias/files/combat-laique-72-mars-2019-.pdf#page=15

La perversion de la cité commence par la fraude des mots 1

Si l’art de la rhétorique ne s’enseigne plus, il se pratique toujours dans le but de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Il s’exerce particulièrement quand il s’agit de nous faire croire que l’oppression est un droit pour peu qu’elle soit choisie ! La laïcité étant aujourd’hui une de ses cibles de prédilection.

La rhétorique de l’inversion

La méthode n’est pas nouvelle, elle a fait la renommée de certaines congrégations religieuses... et le quotidien des régimes totalitaires. Il s’agit non pas de contester frontalement les valeurs émancipatrices (droits humains, féminisme, démocratie, laïcité, ...)mais au contraire de s’en saisir, de prétendre que leurs partisans s’en servent pour s’opposer à la liberté, de les vider de leur contenu et enfin de leur donner une dimension conforme à une idéologie préétablie présentée non pas comme un système d’oppression collective mais comme un choix de vie personnel relevant donc de la liberté individuelle qui précisément est au cœur du principe de laïcité. Le tour est joué !

Vivre ensemble mais chacun dans son monde

Cette instrumentalisation du langage est devenue l’arme de communication la plus efficace des islamistes et de leurs couvertures politiques. Alors que l’universalisme est leur bête noire, ils feignent d’adopter les valeurs qui en découlent pour masquer ce rejet. Ainsi c’est par le biais de l’islamophobie qu’ils intègrent le mouvement antiraciste tout en tenant des propos antisémites, le féminisme musulman fait du sexisme religieux un choix personnel des femmes, la « vraie laïcité », avatar de la laïcité ouverte, impose de reconnaître des pratiques liberticides au nom du « vivre ensemble », comprendre vivre côte à côte mais chacun dans son monde. Le tour est joué !

Garant de l’enfermement communautaire

Ainsi islamistes et indigénistes rassurent en affirmant « leur » antiracisme, « leur » féminisme, « leur » laïcité et « leur » vivre en-semble. Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), association prônant l’intégrisme des Frères Musulmans, se présente comme défenseur de la laïcité et de la loi de 1905 qu’il transgresse sans scrupule ne serait-ce qu’en tenant de nombreux meetings politiques dans des lieux de culte 2. Il prétend également défendre la liberté de conscience mais les musulmans qui pensent pouvoir en bénéficier, qui rejettent l’intégrisme ou qui apostasient, sont qualifiés par le CCIF et leurs partisans de « néoharkis », de traîtres, « d’islamophobes ». Faisant de la laïcité principe d’émancipation individuelle le garant de l’enfermement communautaire. Le tour est joué !

Du statut de religion au statut de peuple

Pour rendre ce discours rassurant audible au grand public, il convient de le rendre attractif et d’abord auprès des associations de défense des droits humains luttant contre les discriminations raciales. C’est la raison pour laquelle les islamistes veulent faire passer l’islam du statut de religion au statut de peuple. En quelque sorte « racialiser » l’islam, faire de ses fidèles un peuple distinct de l’ensemble de la population du fait de leur convictions confessionnelles. D’où la nécessité de rendre cette appartenance religieuse visible dans l’espace public par le port de signes distinctifs qui matérialisent un apartheid revendiqué placé sous la protection de la liberté religieuse garantie par la laïcité.
Dénonçant, à raison, les contrôles de police « au faciès », les islamistes installent par l’assignation confessionnelle « au faciès » un contrôle communautaire qui, tout en étant tout aussi raciste, se drape des vertus de la lutte antiraciste appelant au soutien des associations de défense des droits humains.Nos concitoyennes et concitoyens de tradition musulmane se trouvent ainsi pris dans les mâchoires d’un piège entre intégrer la « communauté » en adoptant son mode de vie intégriste ou être dénoncé-e-s comme traitres à leurs origines, islamophobes donc racistes envers les leurs. Le tour est joué !

Sexisme affiché comme une forme de féminisme

Le port du voile pour l’interdiction duquel il ne saurait être question d’invoquer la laïcité qui garantit une totale liberté de ses choix vestimentaires dans l’espace public n’en est pas moins à cet égard l’étendard de cette stratégie de la « fraude des mots » utilisée par les islamistes. Les polémiques qu’il soulève sont vaines. Elles ne peuvent d’ailleurs que satisfaire les islamistes s’en servant pour renforcer leur campagne permanente auprès de la population qu’ils veulent contrôler. L’erreur trop longtemps commise aura été de n’y voir qu’une facette innocente de pratiques religieuses alors qu’en réalité il s’agit d’un contrôle politique de territoire mobilisant en première ligne les femmes affichant un symbole d’oppression au nom de la liberté d’un choix revendiquant un sexisme affiché comme une forme de féminisme. Le tour est joué !

Étonnamment si les pratiquants de cette « rhétorique d’inversion » la manient avec talent quand il est question de liberté, ils sont beaucoup moins volubiles dès qu’il s’agit d’égalité. En effet si la servitude peut être un choix personnel (ce qui est bien difficile à vérifier !) il resterait à prouver que, dans la communauté des croyant-e-s, tous et toutes, à égalité, se soumettent à cette même « servitude ». A moins que de considérer deux égalités parallèles dont une serait rendue subalterne au nom de la divine complémentarité des sexes. La « fraude des mots » a encore de l’avenir !

Notes

1 Formule attribuée à Platon
2 Qu’on se rassure (ou qu’on s’inquiète !), cette perversion du langage qu’évoquait Georges Orwell dans 1984 n’est pas le monopole des islamistes et de leurs porte-voix politiques. La « fraude des mots » est devenue pour les communicants une méthode qui doit s’enseigner dans les écoles de commerce ou d’études politiques. Si la publicité lui a ouvert la voie, elle est vite entrée dans le discours politique et administratif. Ainsi les dispositions qui organisent la venue d’étudiants étrangers et qui va considérablement augmenter pour eux les tarifs des droits d’inscription dans les universités rendant leur venue quasiment impossible pour les plus modestes ont-elles pour titre « Bienvenue en France » !
3 Article 26 de la loi de 1905 : « Il est interdit de tenir des réunions politiques dans des locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte.