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L’organisation Etat islamique à l’offensive en Afrique

lundi 28 septembre 2020, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/blog/filiu/2020/09/27/lorganisation-etat-islamique-a-loffensive-en-afrique/

Publié le 27 septembre 2020

par Jean-Pierre Filiu

L’organisation Etat islamique à l’offensive en Afrique

Daech est en train de relancer ses activités terroristes au Maghreb et dans le Sahel, malgré la violente rivalité qui l’y oppose aux fidèles d’Al-Qaida.

Photo : La police tunisienne sur les lieux de l’attaque jihadiste de Sousse, le 6 septembre (Bechir Taieb, AFP)

Daech, l’acronyme arabe de « l’Etat islamique », est dirigé par Saïd al-Mawla depuis octobre 2019, quand un commando américain a éliminé en Syrie le « calife » auto-proclamé Abou Bakr al-Baghdadi. L’organisation dispose d’une vingtaine de filiales dans le monde, dont les plus actives récemment se trouvent sur le continent africain : le 9 août, six humanitaires français et leurs deux compagnons nigériens ont été assassinés au Niger, à 60 kilomètres de la capitale ; le 6 septembre, un gendarme tunisien est tué, dans l’agglomération touristique de Sousse, par trois jihadistes, ensuite éliminés par les forces de l’ordre ; le 17 septembre, un affrontement de plusieurs heures oppose, dans la ville libyenne de Sebha, les forces du « maréchal » Haftar à des combattants de Daech, finalement vaincus ; deux bases militaires ont récemment été attaquées dans le nord-est du Nigéria, avec au moins 15 soldats tués le 21 septembre. En outre, la police marocaine a démantelé, le 10 septembre, à Tanger et dans la région de Rabat, une cellule de Daech dont le passage à l’acte terroriste était jugé « imminent ».

LES JIHADISTES PROFITENT DE LA GUERRE CIVILE EN LIBYE

La branche libyenne de Daech a perdu son assisse territoriale, en décembre 2016, avec la chute de son bastion de Syrte, après six mois de combats acharnés. Les milices de Misrata, loyales au gouvernement de Tripoli, seul reconnu par l’ONU, ont payé un lourd tribut à cette reconquête, durant laquelle « l’armée nationale » de Haftar, fidèle au gouvernement de Benghazi, est demeurée ostensiblement passive. La relance de la guerre civile par Haftar, avec son offensive sur la capitale, en avril 2019, mobilise les forces des deux camps libyens aux dépens de la lutte anti-jihadiste. Haftar s’empare en janvier 2020 de Syrte, jouant sur le ressentiment d’une partie de la population locale à l’encontre de Misrata. Même si les hostilités ont depuis baissé d’intensité, un tel conflit intérieur a permis à Daech de réorganiser ses réseaux, alors que chaque camp accuse l’autre d’être lié au « terrorisme ».

Le récent attentat de Sousse a ravivé en Tunisie le traumatisme de juin 2015, quand cette ville avait été frappée par un carnage terroriste de Daech (38 morts, dont 30 Britanniques). Il fait également suite à une attaque-suicide contre une patrouille de faction devant l’ambassade des Etats-Unis à Tunis, en mars dernier, où un policier et un civil avaient été tués. Le 6 septembre, les jihadistes ont essayé d’écraser des gendarmes à Sousse, avant d’en tuer un à coup de couteau, puis d’être eux-mêmes éliminés. Ce mode opératoire révèle une dégradation des ressources de Daech en armements et en explosifs en Tunisie. En revanche, le matériel saisi au Maroc au sein de la cellule tout récemment démantelée de Daech accrédite la thèse officielle de la préparation d’attentats « imminents » et « complexes ». En décembre 2018, deux touristes norvégienne et danoise avaient été décapitées dans l’Atlas au nom de Daech, entraînant l’arrestation et le jugement de 24 personnes (quatre peines de mort ont été prononcées, ainsi que vingt condamnations de 5 à 30 ans de prison).

LA VIOLENTE RIVALITE AVEC AL-QAIDA

L’assassinat du 9 août au Niger a été revendiqué par Daech au nom de sa branche (sa « province » selon la réthorique jihadiste) pour l’Afrique de l’Ouest, généralement désignée sous son sigle anglais d’ISWAP. Cette revendication tardive et peu détaillée illustre de sérieux problèmes de communication et de coordination entre la direction centrale de Daech et cette filiale ouest-africaine. Mais la responsabilité de l’organisation est bel et bien engagée, à la différence de différents exemples passés de revendications opportunistes, voire mensongères d’un attentat par Daech. Cela signifie que l’ISWAP, né d’une dissidence du groupe nigérian Boko Haram, étend significativement ses opérations vers le nord-ouest, après avoir semé la terreur dans la région du lac Tchad. La collaboration peut désormais se nouer entre les deux branches de Daech dans la région, l’ISWAP et l’Etat islamique pour le Grand Sahara (EIGS).

L’EIGS a construit sa réputation militante en tuant quatre soldats américains dans une embuscade au Niger, en octobre 2017, un bilan qui aurait été plus lourd sans l’intervention de Mirage 2000 français. En mai 2019, deux militaires français sont tués, au Burkina Faso, dans une audacieuse opération de libération d’otages aux mains des jihadistes. Cette montée en puissance de l’EIGS se déroule sur fond d’affrontements sanglants avec la branche locale d’Al-Qaida, le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM). Daech encourage les défections chez ses rivaux par la distribution plus généreuse du butin de ses pillages et trafics. La France, qui mène la campagne anti-jihadiste dans la zone sahélienne, s’efforce de ne pas favoriser les uns en affaiblissant les autres. C’est ainsi que les militaires français ont porté des coups sérieux à l’EIGS, en juin dernier, juste après avoir éliminé, dans l’extrême-nord du Mali, le chef d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI).

Cette dangereuse agressivité des filiales africaines de Daech coïncide avec une progression régulière des attaques de la « maison-mère » en Syrie et en Irak, tandis que les branches actives dans le Sinaï égyptien et en Afghanistan sont toujours aussi redoutables. Cela fera bientôt une année que le président Trump proclamait la « victoire » sur Daech avec l’élimination de Baghdadi…