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Haut-Karabakh : Macron dénonce l’envoi « de groupes djihadistes » : « 300 combattants ont quitté la Syrie pour rejoindre Bakou »

vendredi 2 octobre 2020, par siawi3

Source : https://www.leparisien.fr/international/haut-karabakh-macron-denonce-l-envoi-de-de-groupes-djihadistes-02-10-2020-8395461.php

Haut-Karabakh : Macron dénonce l’envoi de « de groupes djihadistes »

« 300 combattants ont quitté la Syrie pour rejoindre Bakou », affirme le président, qui veut demander des comptes à Ankara. Ces contingents transiteraient par la Turquie, selon les services de renseignements.

Photo : Une maison ravagée par les combats à Agdam, en Azerbaïdjan, le 1er octobre 2020. REUTERS/Aziz Karimov

Par Le Parisien avec AFP

Le 2 octobre 2020 à 08h27, modifié le 2 octobre 2020 à 17h18

Arméniens et Azerbaïdjanais restaient sourds jeudi à de nouveaux appels au cessez-le-feu et « intensifiaient » même leurs combats au Nagorny Karabakh, où des combattants « djihadistes » auraient été déployés selon Emmanuel Macron, laissant craindre une nouvelle escalade du conflit.

« Selon nos propres renseignements, 300 combattants ont quitté la Syrie pour rejoindre Bakou en passant par Gaziantep (Turquie). Ils sont connus, tracés, identifiés, ils viennent de groupes djihadistes qui opèrent dans la région d’Alep », a déclaré Emmanuel Macron dans la nuit de jeudi à vendredi.

Il avait plus tôt dénoncé le déploiement de « combattants syriens de groupes djihadistes » ayant transité par la Turquie, plus fidèle alliée de l’Azerbaïdjan, pour rejoindre ce territoire séparatiste soutenu par Erevan.
« Une ligne rouge est franchie »

La Russie avait fait état d’informations similaires la veille à celles d’Emmanuel Macron, dont le pays fait partie avec la Russie et les Etats-Unis du « groupe de Minsk » chargé d’une médiation dans ce conflit. Les trois présidents des pays de ce groupe ont d’ailleurs demandé dans un communiqué commun « la cessation immédiate des hostilités ».

« D’autres contingents se préparent, à peu près de la même taille […] Une ligne rouge est franchie […] c’est inacceptable », a martelé le président français. « J’appellerai le président (turc Recep Tayiip) Erdogan dans les tout prochains jours parce qu’en tant que coprésident du groupe de Minsk je considère que c’est la responsabilité de la France de demander des explications », a dit Emmanuel Macron, en interpellant l’Otan, dont la Turquie fait partie.

Le président russe et le Premier ministre arménien ont par ailleurs exprimé ce vendredi au téléphone leur « sérieuse préoccupation » sur la présence supposée de combattants pro-turcs du Moyen-Orient au Nagorny Karabakh, a indiqué le Kremlin dans un communiqué au sixième jour de violents combats dans cette région séparatiste.

« Ankara a fourni à Bakou des véhicules militaires, des armes, ainsi que des conseillers militaires. Nous savons que la Turquie a formé et transporté des milliers de mercenaires et de terroristes depuis les zones occupées par les Turcs dans le nord de la Syrie », a aussi déclaré Nikol Pachinian dans un entretien au quotidien Le Figaro publié ce vendredi, ajoutant que la Turquie s’aventurait « sur un chemin génocidaire ».

Inquiétude de Moscou

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), au moins 28 combattants syriens pro-turcs ont péri dans les combats dans la région de Nagorny Karabakh. Ces combattants, qui appartiennent à des groupes rebelles fidèles à Ankara, faisaient partie des 850 envoyés par la Turquie pour prêter main fortes aux Azéris depuis la semaine dernière, a déclaré le directeur de l’OSDH.

Le Nagorny Karabakh, en majorité peuplé d’Arméniens, a fait sécession de l’Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30 000 morts. Le front est quasi-gelé depuis malgré des heurts réguliers, notamment en 2016. Au cinquième jour des affrontements, aucun camp ne semblait avoir un avantage décisif, Bakou et Erevan indiquant que les affrontements se poursuivaient.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue turc Mevlut Cavusoglu ont convenu jeudi, lors d’une conversation téléphonique, que leurs deux pays étaient prêts à une « coordination étroite pour stabiliser la situation » au Nagorny Karabakh, selon Moscou. Une source diplomatique turque a seulement affirmé qu’il avait été question de « l’agression arménienne ». La Russie, qui entretient des relations cordiales avec les deux anciennes républiques soviétiques, s’est montrée inquiète du rôle de la Turquie, rival géopolitique mais avec qui elle a des relations pragmatiques.

Tirs de roquettes

Sur le terrain, la petite ville de Martouni, située à environ 25 kilomètres du front en territoire séparatiste, a été touchée jeudi par des tirs de roquettes d’une violence encore jamais vue depuis la reprise du conflit. Quatre civils ont été tués par ces tirs, selon les séparatistes, et 11 personnes blessées, dont au moins deux journalistes français du quotidien Le Monde et deux autres arméniens. Ces derniers « ont quitté Stepanakert (capitale de l’enclave du Nagorny Karabakh) et sont en cours d’évacuation », indique le Quai d’Orsay sans plus de précisions. La France a envoyé un avion sanitaire.

Les journalistes (dont une équipe de l’AFP, qui n’a pas été blessée) accompagnaient les autorités locales pour interviewer la population et constater les dégâts quand la ville a été bombardée. Depuis la reprise des hostilités, seuls des bilans partiels sont communiqués faisant état au total de 136 morts. L’Arménie a annoncé que 104 soldats et 13 civils ont été tués. Bakou se refuse de son côté à communiquer des bilans militaires mais a annoncé la mort de 19 civils.

Depuis dimanche, l’Arménie affirme que 1 280 soldats azerbaïdjanais ont été tués et 2 700 blessés. Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a lui affirmé que 1 900 militaires arméniens étaient morts.

Risque d’internationalisation

Emmanuel Macron, Vladimir Poutine et Donald Trump ont encore appelé jeudi « les dirigeants de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan à s’engager sans délai à reprendre les négociations ». A l’inverse, le président turc Erdogan a estimé qu’un cessez-le-feu ne pouvait passer que par un retrait des forces arméniennes de l’enclave séparatiste.

Les accusations d’Emmanuel Macron risquent d’envenimer un peu plus les relations entre Paris et Ankara. Le ministre français des Affaires étrangères a par ailleurs estimé que la prolongation des hostilités « ne faisait qu’accroître le nombre de victimes, notamment civiles, les coûts matériels et humains supportés par les deux parties ainsi que la menace d’une escalade hors de contrôle entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ».

La Turquie a assuré Bakou de son soutien, mais une ingérence militaire turque n’est pas établie, seule l’Arménie l’affirmant jusqu’ici. Erevan a par ailleurs annoncé jeudi avoir rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv du fait des ventes d’armes israéliennes à l’Azerbaïdjan. Une intervention directe turque constituerait un tournant majeur et une internationalisation du conflit.