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France : Un jeune homme condamné à de la prison ferme après des menaces de mort sur Mila

samedi 3 octobre 2020, par siawi3

Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/02/affaire-mila-prison-ferme-apres-des-menaces-de-mort-sur-la-jeune-fille_6054505_3224.html

Un jeune homme condamné à de la prison ferme après des menaces de mort sur Mila

Dans des vidéos, Kevin B., 23 ans, a menacé d’égorger l’adolescente qui avait critiqué l’islam sur les réseaux sociaux en janvier.

Par Lorraine de Foucher

Le 12 septembre au soir, Kevin B. dit avoir trop bu. Le jeune homme de 23 ans se filme en train de proférer une logorrhée d’insultes : « Mila la pute, va te faire enculer Mila. (…) On va t’égorger comme ça Mila la pute, on va te cramer Mila, sale pute t’es mort, si t’es cramé avec de l’essence. » Il joint le geste à la parole et mime un égorgement avec un couteau de boucher. Cette nuit-là, il enregistre trois vidéos qu’il envoie à des proches. Et une quatrième encore le lendemain matin, dans laquelle il brandit son sexe et réitère ses menaces de viol.

Dans ses destinataires, il y a une collégienne qui montre les vidéos à sa mère, laquelle effrayée effectue un signalement aux forces de l’ordre. Les gendarmes du Gers l’identifient, sans bien comprendre au début qui est cette Mila dont ce paysagiste dans un établissement et service d’aide par le travail (ESAT) parle. Ils font ensuite le rapprochement avec une jeune fille, Mila, âgée de 16 ans, harcelée sur Internet depuis janvier pour avoir notamment déclaré sur son compte Instagram : « Je déteste la religion (…), le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde. »

Pour ces vidéos, le tribunal correctionnel d’Auch, où Kevin B. a été jugé en comparution immédiate jeudi 1er octobre, a condamné le jeune homme à trois ans de prison, dont dix-huit mois ferme avec mandat de dépôt.

Intérêt pour le groupe Etat islamique

En garde à vue, Kevin B. reconnaît les faits, explique avoir voulu « se venger ». Les enquêteurs l’interrogent : Est-il musulman ? Va-t-il à la mosquée ? Il répond qu’il ne l’est pas, mais qu’il aurait dû l’être, son père qu’il n’a jamais connu étant d’origine sénégalaise. Son audition se termine par des déclarations qui alarment encore plus les gendarmes : Kevin B. a vu à la télévision l’attaque au hachoir contre les anciens locaux de Charlie Hebdo, aspire à faire la même chose et éprouve de l’intérêt pour le groupe Etat islamique.

Au cours de l’audience, le parcours fracturé d’un jeune homme qui vit sous curatelle renforcée et qualifié de « très dangereux » par l’expert psychiatre a été exposé. Le tribunal a doublé les réquisitions du procureur. « C’est inédit une sanction aussi lourde pour ces faits-là. Mais l’idée, c’est de produire un effet de sidération chez ceux qui seraient tentés d’emboîter le pas de l’auteur et de harceler encore Mila », analyse Me Eric Mathias, qui a représenté Mila et ses parents devant le tribunal.

Depuis janvier, la vie de Mila est très perturbée. L’adolescente n’est jamais retournée dans son lycée. Elle a pu être rescolarisée dans un internat, mais seulement en signant un contrat dans lequel elle s’est engagée à ne plus utiliser aucun réseau social et à ne rien exprimer. Cet été, elle est partie à Malte pour un voyage linguistique. Au restaurant de l’hôtel où elle séjourne, un homme s’approche d’elle et lui demande si elle est bien Mila. Elle confirme sans réfléchir, il la menace de viol, de mort, en jurant « sur Allah et sur le Coran ». Son agresseur est arrêté à Malte et condamné.

« Près de 30 000 menaces »

A son retour en France, Mila porte aussi plainte contre lui. A la question « pourquoi vous a-t-il menacé selon vous ? », elle répond : « Parce que je suis Mila. Il devait se faire une joie de me menacer en face. D’ailleurs, il m’a menacé quand il a vu que je lui tenais tête. Si je m’étais écrasée, il ne se serait pas énervé comme ça (…). Il aurait pu me frapper. »

– « Et qu’est-ce que cela vous fait de savoir que des gens veulent votre mort ? » – « Ça me fait du mal et ça me choque tellement que j’ai l’impression que ça me rend malade (…). Je reste persuadée que je vais mourir en me faisant buter par un musulman ou par un islamiste », a-t-elle déclaré aux gendarmes.

« Mila a reçu près de 30 000 menaces, la police et la justice ne peuvent pas tout traiter. C’est un enjeu sociétal de dire qu’on respecte des personnes mais pas des croyances sinon c’est de l’obscurantisme et on perd la liberté de critique », indique Richard Malka, l’avocat de Mila. Une instruction est en cours au tribunal judiciaire de Vienne pour les menaces de mort et le piratage au cours duquel des photos dénudées d’elle ont été diffusées sur Internet. Au moins trois personnes sont mises en examen : « Devant le juge, ces jeunes ont déclaré qu’ils avaient fait le boulot que la police n’avait pas fait en la punissant. Il y a encore beaucoup de pédagogie à faire », analyse-t-il.