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«Attaque contre la morale chrétienne», «endoctrinement laïc»

L’instruction civique divise l’Espagne

par François Musseau

Wednesday 31 October 2007

L’introduction de cette matière à l’école crée un tollé chez les conservateurs.

«Attaque contre la morale chrétienne», «endoctrinement laïc», «catéchisme socialiste». En pleine rentrée des classes, un déluge de critiques acerbes, issues des milieux les plus conservateurs, s’abat sur une matière qui fait son apparition dans les écoles espagnoles. Introduite par le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero, l’ Education para la ciudadania (l’éducation pour la citoyenneté) équivaut à un cours d’instruction civique comme ceux existant dans de nombreux pays européens, dont la France.
«Désobéissance». Féroces ennemis de l’instruction publique, le Parti populaire (PP, le grand parti d’opposition de droite), l’essentiel du clergé et certaines associations de parents d’élèves, appellent à l’objection de concience, voire à la «désobeissance civile», face à une discipline qui ne respecterait pas «les principes religieux, moraux et éthiques de l’éducation familiale».

Les prélats sont d’autant plus furieux que les cours de religion étaient obligatoires dans les écoles jusqu’en 2004 et étaient donnés par des professeurs payés par l’Etat mais choisis par leurs soins. L’instruction civique supplante le catéchisme. Une «normalisation», aux yeux du gouvernement Zapatero.

Unions gay. Pour les socialistes au pouvoir, cette discipline ne cherche pas à semer la discorde. «Il s’agit de diffuser et de préserver les valeurs démocratiques et les droits de l’homme», explique Teresa de la Vega, la n° 2 de l’exécutif. Le contenu de cette «Education pour la citoyenneté», élaboré de concert avec les régions, est «ample», et «permet à toutes les tendances idéologiques de s’y retrouver», précise-t-on au ministère de l’Education. Une demi-douzaine de maisons d’édition, dont deux catholiques, ont élaboré des manuels scolaires reflétant des sensibilités diverses. Certains vantent le mariage homosexuel (légalisé par Zapatero) ou le recours à la pilule. D’autres, à l’inverse, fustigent les unions gay, l’avortement ou le divorce. Qu’il soit public, privé ou concerté (privé subventionné par l’Etat), chaque collège a toute latitude pour choisir le manuel de sa préférence.

[Source: Liberation, 8 septembre 2007]