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France : Assassinat de Samuel Paty : « C’est le moment d’en finir avec la ’gauche collaborationniste’ »

mardi 20 octobre 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/assassinat-de-samuel-paty-cest-le-moment-den-finir-avec-la-gauche-collaborationniste

Assassinat de Samuel Paty : « C’est le moment d’en finir avec la ’gauche collaborationniste’ »

Tribune
Par Manuel Boucher

Publié le 19/10/2020 à 15:06

Manuel Boucher, professeur de sociologie à l’université de Perpignan Via Domitia, estime que la gauche doit impérativement prendre ses distances avec certains courants communautaristes et racialistes comme le PIR ou le CCIF.

À l’ouverture du « procès Charlie », pour rendre hommage à leurs camarades journalistes et dessinateurs assassinés (12 morts) le 7 janvier 2015 par des jeunes djihadistes français, pour les punir d’avoir publié les caricatures du prophète Mahomet, les survivants décident de republier ces caricatures ce qui entraîne immédiatement des réactions de haine. Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA) exhorte à passer à l’acte tandis que des manifestations appelant à la vengeance sont organisées au Pakistan.

Dans ce climat d’appel au meurtre, deux attentats à l’arme blanche sont perpétrés à quelques jours d’intervalle par deux hommes décidés, de nouveau, à venger le prophète : le premier se produit le 25 septembre par un jeune se présentant comme ressortissant pakistanais né à Islamabad. Il attaque au hachoir deux journalistes rue Nicolas-Appert (dernière adresse connue de Charlie Hebdo) dans le 11e arrondissement de Paris. Le second attentat, particulièrement ignoble et insoutenable, se déroule le 16 octobre à Conflans-Saint-Honorine (Yvelines). Un jeune de 18 ans né à Moscou d’origine tchétchène et vivant à Evreux décapite en pleine rue un professeur d’histoire parce que celui-ci avait montré les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo lors d’un cours sur la liberté d’expression.
Une « gauche collaborationniste »

Cinq ans après l’attentat contre Charlie Hebdo qui avait produit un choc national, cet acharnement contre ce journal satirique et laïque et ceux qui, courageusement, refusent de « canceliser » ce journal pour défendre la liberté d’expression, révèle, dramatiquement, que sous le feu des kalachnikovs qui ont abattu froidement l’équipe de Charlie, il existe donc encore des braises incandescentes. Ces attentats soulignent également les limites de la mobilisation des milliers de Français qui étaient descendus dans la rue les 10 et 11 janvier 2015 pour proclamer « Je suis Charlie » en ne cédant pas à la peur imposée par les terroristes islamistes.

Il est vrai que malgré une condamnation de convenance contre l’attaque meurtrière à Charlie Hebdo, une partie de la population soutenue par une partie de la gauche, avait défendu mollement le droit au blasphème pratiqué par Charlie Hebdo ou même affirmé « Je ne suis pas Charlie », au nom de la lutte contre l’« islamophobie ». Les attentats survenus cet automne interrogent alors la stratégie, voire la responsabilité d’une partie de la gauche qui n’a pas voulu ou assez soutenu le combat de Charlie Hebdo contre le fascisme islamiste.

« Il existe bel et bien une responsabilité de personnalités de gauche. »

En effet, par aveuglement, naïveté, stratégie électorale et politicienne, une « gauche collaborationniste » dénoncée par Riss (caricaturiste et directeur de publication de Charlie Hebdo) et Fabrice Nicolino (journaliste dans ce même journal) lors du procès de l’attentat meurtrier contre Charlie Hebdo s’associe à des néo-réactionnaires racialistes, anti-humanistes et islamistes développant les thèses contre-révolutionnaires des anti-Lumières. Lors du procès de l’attentat contre Charlie Hebdo, Riss et Fabrice Nicolino, rappellent, en effet, qu’en 2011 déjà, les identitaristes décoloniaux avaient signé une pétition contre Charlie qu’ils accusaient de « provocation islamophobe » alors que ses locaux avaient été détruits par un incendie criminel. Dès lors, pour ces deux rescapés de l’attentat, celui-ci s’est produit sur ce « substrat ».

Fabrice Nicolino dit ainsi qu’il en veut à ceux qui ont préparé le terrain de la violence en entretenant « ce petit bruit que Charlie était un journal raciste, car islamophobe ». Lors du procès rapporté par Le Monde Fabrice Nicolino « dénonce ?l’aveuglement ?, la ?pure stupidité ? de ?ceux qui ont refusé de voir l’évidence ?, et qu’il range aux côtés de ?ceux qui n’ont pas compris la nature du fascisme dans l’entre-deux-guerres ?.Des gens ont conchié Charlie. Ils ont préféré colporter la calomnie. Certes, ils ne sont pas responsables directs de ce qui s’est passé le 7 janvier. Mais ils ont participé à la préparation psychologique de cette affaire. Ils ont donné un quitus aux gens qui vont venir nous tuer après. Jamais, jamais, jamais, on ne leur pardonnera. »

Une partie de la gauche continue pourtant de collaborer avec des organisations et leurs leaders affirmant, à l’instar du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) ou du Parti des indigènes de la République (PIR), toujours ne pas être Charlie. Le 10 novembre 2019, lors de la manifestation contre l’islamophobie à Paris, tombant dans le piège islamo-frériste, en marchant avec et derrière les islamistes et décoloniaux, des personnalités de gauche ont ainsi fait une erreur politique majeure.

Malgré des tentatives d’explications et de justifications, il existe bel et bien une responsabilité de personnalités de gauche issues du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), de La France insoumise (LFI), des Verts, du Parti communiste français (PCF) d’avoir accepté de manifester non pas simplement avec (comme ils le justifient en soulignant qu’ils ont également manifesté pour Charlie et contre l’antisémitisme alors que des dictateurs ou des organisations radicales juives manifestaient également) mais bien derrière des organisations politico-religieuses et identitaristes qui utilisent la lutte contre l’« islamophobie » pour légitimer des idées communautaristes et racialistes au sein de l’espace antiraciste.

Un réveil à gauche

Les derniers attentats doivent produire une rupture au sein de la gauche. Il est temps que toute la gauche prenne conscience que souscrire aux thèses victimaires et complotistes mobilisées par les islamistes et indigénistes participe à la décomposition du modèle universaliste laïque républicain qui, dans la pratique, au-delà de ce discours abstrait, doit être défendu et amélioré pour qu’il soit concrètement mis en œuvre (lutte contre les discriminations et le racisme, réduction des inégalités et des injustices sociales et territoriales, baisse des écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres, développement de la promotion sociale) afin qu’il garde toute sa crédibilité aux yeux de tous ceux qui vivent sur le sol national, au-delà des origines.

Il est temps que toute la gauche se rappelle que son combat historique pour la liberté s’inscrit dans une lutte pour l’émancipation et contre toutes les formes de domination et d’oppression, y compris religieuses. Cela signifie que la gauche, non seulement ne peut pas s’allier aux organisations politico-religieuses qui prétendent lutter contre l’« islamophobie » mais qu’elle doit les combattre au quotidien, partout où elles agissent (dans les quartiers, à l’école, à l’université, dans les associations, les mouvements antiracistes, les organisations politiques et syndicales, la fonction publique…).

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, alors qu’une grande partie du peuple, et même de la classe ouvrière, était sous la forte influence des idéologies superstitieuses et réactionnaires des ecclésiastiques et des activistes catholiques, la gauche anticléricale, au nom de la raison et de la liberté de conscience, n’a pas hésité à défendre, par l’éducation populaire notamment, un contre modèle émancipateur. Dès lors, aujourd’hui, lorsqu’une partie de la gauche, assimilant trop rapidement la religion musulmane à la religion des « damnés de la terre », ne combat pas l’emprise religieuse musulmane conservatrice et moraliste exercée sur une partie des habitants des quartiers populaires, celle-ci fait preuve d’une lâcheté paternaliste et néocolonialiste.

Ne perdons pas l’espoir d’une prise de conscience collective

Il est donc temps que toute la gauche se rende compte qu’au sein de la France multiculturelle et de plus en plus souvent multiraciste, le fascisme est une hydre à deux têtes qui s’alimentent mutuellement. En effet, de la même manière, les « identitaires nationalistes » et les « identitaristes islamistes » sont des mixophobes ethno-différencialistes qui prônent un « choc des civilisations ». Par conséquent, combattre le racisme des ethno-nationalistes voyant l’immigration comme une invasion et la diversité culturelle comme une arme au service du « Grand remplacement » en Occident nécessite de ne pas nier l’existence d’un fascisme islamiste dans la société française sous prétexte que dénoncer le « séparatisme » servirait la ruse des gouvernants cherchant à masquer les inégalités sociales grandissantes et à diviser le peuple.

En définitive, au-delà des calculs clientélistes et électoralistes, la gauche doit désormais avoir le courage de combattre les logiques fascistes sur au moins deux fronts : celui de l’ethno-nationalisme et de l’ethno-communautarisme politico-religieux. Cette exigence nécessite un sursaut de toute la gauche qui ne s’est pas encore réveillée. Pour autant, ne perdons pas l’espoir d’une prise de conscience collective.

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Par Manuel Boucher