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Quand Daech invitait à tuer les profs en France

vendredi 23 octobre 2020, par siawi3

Source : https://www.lepoint.fr/politique/quand-daech-invitait-a-tuer-les-profs-en-france-22-10-2020-2397584_20.php

Quand Daech invitait à tuer les profs en France

Un texte publié par Daech en 2015 désignait l’école républicaine et laïque comme mère de tous les vices. Et appelait déjà à agir contre ses représentants.

Par Clément Pétreault

Publié le 22/10/2020 à 11:20

Photo : Dès 2015, l’État islamique invitait à s’en prendre au système éducatif français et à ses représentants. © Jaap Arriens / NurPhoto / NurPhoto via AFP

C’est un texte terrifiant et révoltant qu’il faut relire pour comprendre ce qui nous arrive. Avec « Délaisser l’éducation des mécréants », un texte paru en décembre 2015 dans Dar-Al-Islam, la revue francophone de Daech, on mesure l’héritage idéologique mortifère qu’a laissé l’État islamique derrière lui. Alors que Daech est vaincu militairement, sa pensée salafo-djihadiste est encore bien vivante dans l’imaginaire des esprits radicalisés à la recherche du martyre. Invoquer la folie ou les déséquilibres psychiques pour expliquer le passage à l’acte ne résiste pas à l’épreuve des faits : l’arsenal idéologique et les textes de référence sont encore là pour désigner les cibles aux aspirants terroristes. À la lecture de ce texte, on mesure à quel point Samuel Paty et l’institution scolaire constituaient une cible de choix pour un terroriste islamiste.

Si l’école laïque et républicaine constitue un ennemi pour les fous de Dieu, c’est précisément parce qu’elle entend construire des citoyens éclairés sans l’aide de Dieu. Ainsi, les auteurs de « Délaisser l’éducation des mécréants » avancent que, pour eux, « voir ces enfants grandir dans la mécréance est comme les voir mourir à petit feu ». Leur long argumentaire conclut à la nécessité de tuer ceux qui servent l’école française. L’école française et les valeurs qu’elle transmet sont accablées de tous les maux. La laïcité et la démocratie, présentées comme de « fausses religions », sont détestées parce qu’elles véhiculent la théorie de l’évolution, « la tolérance », l’humanisme, le « respect des valeurs républicaines », le pluralisme des convictions, la mixité (« une porte ouverte vers la fornication »), « la banalisation de l’homosexualité » ou « le meurtre d’enfants poliment nommé avortement ». L’éducation qu’on y prodigue transgresse d’autres interdits religieux qui arrivent en fin d’inventaire, tels que la musique, les dessins « d’êtres dotés d’âme » ou encore les menus ?alal rendus « illégaux » par la laïcité.

Lire aussi  : Samuel Paty : itinéraire d’un professeur mort pour la liberté

Charte de la laïcité

Il faut relever l’attention particulière que portent les rédacteurs de ce texte abominable à la laïcité : « Le musulman doit savoir que le système éducatif français s’est construit contre la religion en général et que l’islam, en tant que seule religion de vérité, ne peut cohabiter avec cette laïcité fanatique », expliquent les théoriciens salafo-djihadistes, qui s’en prennent explicitement à la « charte de la laïcité », un texte affiché dans chaque école publique et – normalement – signé par les parents d’élèves au début de chaque année scolaire. « De nos jours, la charte de la laïcité est enseignée à l’école. Elle stipule : « La nation confie à l’école la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République. » Ces « valeurs » ne sont pour le musulman qu’un tissu de mensonges et de mécréance qu’Allah lui a ordonné de combattre et de rejeter. […] L’islam n’accepte pas la liberté de conscience puisque le messager d’Allah a dit : « Il m’a été ordonné de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils disent il n’y a de divinité qu’Allah. » »
L’exégèse de la laïcité que livrent ces théologiens radicaux vise à faire expliquer que la laïcité serait une punition à l’égard des musulmans : « La charte de la laïcité déclare que « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Il est évident que le but et la cible de cette interdiction sont le hidjab qu’Allah a rendu obligatoire aux mères, épouses et filles des croyants. […] Tout père qui accepte que ses femmes, sœurs et filles soient dévoilées par l’école républicaine est un dayyûth (celui qui n’est pas jaloux pour les femmes de sa famille) », expliquent-ils.

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Complotisme et assassinat

Le complotisme et l’un de ses motifs favoris, l’antisémitisme, sont invoqués pour justifier la nécessaire détestation de l’école française, ce « moyen de propagande servant à imposer le mode de pensée corrompu établi par la judéo-maçonnerie. Le but de cette « éducation » est de cultiver chez les masses l’ignorance de la vraie religion et des valeurs morales telles que l’amour de la famille, la chasteté, la pudeur, le courage et la virilité chez les garçons ».
Ceux qui ne répondraient pas à la nécessité de soustraire leurs enfants à ce monde sécularisé et impie sont accusés de vivre dans le péché : « Le père et la mère qui se veulent de l’islam et jettent leurs enfants dans ces antichambres de l’enfer que sont les écoles de la mécréance et de la perversion sont responsables de la mécréance que ses enfants ingurgitent à longueur de journée. »
Les théoriciens de cette entreprise de mort concluent sur les solutions à opposer à cette école haïe : la hijra (migration en terre d’islam) ou bien « tuer tous ces corrupteurs ». Les fonctionnaires de l’Éducation nationale « qui enseignent la laïcité » y sont alors désignés comme des cibles.