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France : Peut-on réformer l’Islam en France tant que les fondamentalistes le placent au-dessus de la Constitution ? Le dur réquisitoire de Waleed Al-Husseini

mardi 27 octobre 2020, par siawi3

Source : https://menanews.info/2020/10/27/peut-on-reformer-lislam-en-france-tant-que-les-fondamentalistes-le-placent-au-dessus-de-la-constitution-le-dur-requisitoire-de-waleed-al-husseini/

Peut-on réformer l’Islam en France tant que les fondamentalistes le placent au-dessus de la Constitution ? Le dur réquisitoire de Waleed Al-Husseini

By Lea P.

27 octobre 2020 - 1h16

Rome 26 octobre 2020.

La tension communautariste ne cesse de monter en France depuis le discours du président Emmanuel Macron aux Mureaux, au début de ce mois d’octobre, interprété à tort comme une atteinte à l’Islam, en tant que religion, alors qu’il ne visait qu’à « débarrasser l’islam des mouvements déviationnistes en son sein et qui le prennent en otage ». C’est du moins ce que pense l’essayiste palestinien Waleed Al-Husseini, réfugié en France depuis bientôt 10 ans.

Waleed Al-Husseini, né musulman en Cisjordanie, a payé de sa chair le prix de son combat contre l’obscurantisme véhiculé par l’islam politique. Dans son premier livre, « Blasphémateur, les prisons d’Allah » (éditions Grasset, janvier 2015), il raconte son « réveil », la découverte de la « supercherie » qu’est l’islam, sa révolte et son combat contre cette chape de plomb que tendent à imposer les radicaux sur les sociétés pour les maintenir dans l’ignorance. Dans son livre paru le jour de l’attaque contre Charlie Hebdo, Al-Husseini évoque son arrivée en France et la découverte de l’importance de la pénétration de l’islamisme dans la société. Cette islamisation souterraine l’a inquiété et poussé à cofonder le Conseil des Ex-Musulmans de France (CEMF) dont l’objectif premier est de défendre la laïcité. Dans son deuxième livre, « Une Trahison Française  » (éditions Ring, mars 2017 chez Ring), il a mis en garde contre ce qui se déroule aujourd’hui en France !

Al-Husseini dénonçait déjà en 2017 la « fatwa contre la démocratie laïque » lancée par les islamistes et le sentiment qui prévalait – et qui prévaut toujours – en France : une bonne partie des Français a « peur de l’ennemi, peur d’avoir un ennemi, refus d’avoir un ennemi ». Il dénonçait les « pacifistes collaborationnistes », les « terrifiés », les « traîtres », les « bienfaiteurs de l’ennemi » qui sacrifient identité, valeurs et dignité… Déjà, il mettait en garde les Français : « l’ennemi vous a désignés mais vous ne l’écoutez pas, l’ennemi s’agite mais vous ne le voyez pas. Il prolifère, il intimide, il ment. Vous regardez et regarderez ailleurs jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de citoyens, mais uniquement des croyants. Plus de République, mais que des communautés. Plus de critiques, mais seuls des blasphèmes ».

A la question de savoir si les Français se sont réveillés et ont pris la mesure de la menace qui les guette, Al-Husseini répond à MenaNews.info par d’autres questions : N’est-il pas trop tard ? Le ver n’est-il pas déjà dans le fruit ? Les Français n’ont-ils pas déjà donné l’impression de s’être réveillés au lendemain des attaques de Montauban ? N’ont-ils pas récidivé après l’attaque de Charlie hebdo en organisant une grande marche nationale, voire internationale ? Mais ces manifestations ont-ils empêché l’attaque de Nice et celle du Bataclan, ou encore celle de Conflans-Sainte-Honorine et tant d’autres, sans parler des dizaines de tentatives déjouées ?

En connaissance de cause, et ayant vécu cette idéologie de très près, Waleed Al-Husseini soutient fermement les efforts du président français et sa détermination à lutter contre l’obscurantisme et le « séparatisme islamiste ». Mais il nous fait part de ses craintes. Il a peur que les discours de Macron des Mureaux et à la Sorbonne, lors des obsèques de Samuel Paty, ne soient que des « coups de pied dans la fourmilière ». Il en veut pour preuve la surexcitation de la sphère islamiste à travers le monde, orchestrée par le président turc Erdogan, désormais le grand manipulateur des Frères musulmans qui gangrènent les pays arabes, et des réseaux islamistes turcs qui pullulent en Europe. Les relais d’Ankara et des Frères musulmans, incarnés notamment par l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) ont déjà fait l’essentiel du travail de fond. L’UOIF a fortement investi dans des projets éducatifs à travers ses propres facultés de théologie, et dans le développement de collèges et lycées confessionnels musulmans, et accentué le travail de terrain à travers les œuvres caritatives. Ce travail de fonds correspond au projet de l’islam politique porté par les Frères musulmans, dont le but affiché depuis leur création en 1928 par Hassan al-Banna, est le rétablissement du Califat et la concrétisation de l’unité perdue de la Oumma, indépendamment de la nationalité des musulmans. Pour y parvenir, ils préconisent une islamisation par le bas, par un travail de charité et d’éducation des masses qui doit mener à terme à la prise du pouvoir dans les pays musulmans ou devenus musulmans, ou dans lesquels les musulmans constituent une majorité. D’où leur intérêt pour les conversions, sous la contrainte, par conviction ou par mariages… Leur projet s’apparente ainsi à une révolution à l’échelle mondiale.

La nouvelle génération de Français musulmans est caressée par le communautarisme prôné par Tariq Ramadan, petit-fils et héritier idéologique de Hassan Al-Banna. Ramadan rêve de transformer la communauté musulmane de France en organisation puissante pour peser dans le débat et avancer vers la concrétisation de la Oumma. A travers sa promotion du communautarisme, il cherche la reconnaissance de la communauté musulmane par la communauté nationale. En bon stratège, il développe une stratégie fondée sur l’usage de l’islamophobie. Désormais, l’accusation d’islamophobie vaut une fatwa exécutable. Selon Al-Husseini, « ce communautarisme prôné par l’UOIF ne s’arrête pas là. Ses interventions sur le terrain visent à préparer les esprits pour doter la communauté d’un véritable poids électoral et encourage les musulmans à s’inscrire sur les listes électorales afin de faire pression sur les élus, du moins sur le plan local, afin de leur arracher en retour des concessions (construction de mosquées, aménagement d’horaires à la piscine, aménagement de salles de prière dans les entreprises…). Les institutions islamiques ne représentent que le tiers des mosquées de l’Hexagone. Les autres dépendent directement des pays étrangers ou gérées clandestinement par les organisations extrémistes. La plus importante des divisions est en effet celle qui provient des origines nationales des Musulmans de France. En plus des profondes différences ethniques et culturelles entre croyants arabes, turcs ou encore noirs, ces divisions nationales ont une réalité politique à l’intérieur de la communauté musulmane de France. Ce qui empêche toute tentative d’y mettre de l‘ordre et anéantit tous les efforts d’intégration. Et c’est d’autant plus vrai que les radicaux refusent cette intégration qu’ils assimilent à une « dissolution », par rejet des lois terrestres. Les moins radicaux s’y souscrivent par opportunisme pour mieux s’en servir. Et les djihadistes rêvent de les détruire. Ce phénomène laisse peu de marge de manœuvre aux musulmans pacifistes qui rêvent de s’intégrer dans la société française. Par peur des représailles ou par intimidation, ils taisent leurs convictions et n’osent pas dénoncer les horreurs commises par les extrémistes, du moment où ces actes, aussi barbares soient-ils, trouvent justification dans le Coran.

L’islam, comme toutes les idéologies totalitaires, ne tolère aucune critique et nourrit la théorie du complot et l’exclusion de l’autre, qu’il soit non-musulman ou musulman d’une autre obédience. Le conflit entre sunnites et chiites en atteste, alors que les deux franges de l’islam, et les courants qui militent à l’intérieur de chacune d’elles prônent la même finalité et pratiquent la même violence. Si les sunnites radicaux œuvrent pour retrouver la « gloire de l’islam d’antan », les chiites préparent le retour de « l’imam al-Mahdi » et l’établissement de leur « Etat promis » dont la capitale est Téhéran. Mais si les musulmans ne se tolèrent pas entre eux, comment peut-on s’attendre à ce qu’ils cohabitent avec l’Occident, sa culture, sa civilisation et ses valeurs ? Comment s’attendre à ce qu’ils tolèrent les intellectuels musulmans éclairés qui tentent de réformer l’islam et de promouvoir le progrès en son sein pour rattraper leur retard civilisationnel ? Ces élites sont systématiquement arrêtées, torturées ou exilées, et l’islam se referme sur lui-même et se radicalise et rêve, plus que jamais, de ramener la communauté 1400 ans en arrière en lui imposant des textes du VIIe siècle.

Notre interlocuteur attribue la responsabilité de cette situation à la gauche française. Sans détour, il estime que « certains intellectuels français tentent d’interpréter et de comprendre la dynamique islamiste à travers un prisme occidental sans tenir compte de l’idéologie et de la spiritualité islamiste qui justifient et nourrissent le terrorisme. Dans leur subconscience, les terroristes commettent les pires atrocités pour gagner le paradis et jouir des 72 vierges. Le martyre est un objectif des plus nobles qui les rapproche de leur Prophète. Autant d’éléments que l’Occident ne peut concevoir et que le pragmatisme français peine à comprendre. Le terroriste musulman ne combat pas l’Occident en raison de sa propre marginalisation, de sa pauvreté ou de l’oppression dont il se dit victime, mais il le combat au nom de l’islam qui lui a promis les merveilles de l’au-delà. L’objectif est de faire régner l’islam sur le monde entier. Par définition coranique, le djihad doit être ininterrompu pour réaliser le rêve du Prophète. Les djihadistes ne connaissent pas de frontières et on les voit sur tous les fronts, puisque leur appartenance à l’islam prime sur leur nationalité. De par leur idéologie, plus ils commettent des atrocités plus leur accession au Paradis est rapide. Dès lors, il devient dangereux d’esquiver le facteur religieux qui anime les terroristes. En l’absence de cette approche, les intellectuels français proposent des solutions de courte vue basées essentiellement sur l’évitement de la confrontation politique, intellectuelle et spirituelle. Ce défaitisme a conduit la France, et plus largement l’Europe, à leur situation dramatique actuelle, et il s’apparente à une haute trahison ».

Dans son argumentaire, Al-Husseini s’appuie sur son livre « Une Trahison française » pour affirmer que « cette incapacité à comprendre les vraies motivations des terroristes a conduit à des propositions pour le moins inefficaces et, selon toute vraisemblance, incapables de résoudre la problématique idéologique de l’islam. Revoir les lois de la laïcité afin de permettre aux institutions islamiques d’exercer en toute légalité, recruter des imams modernistes, interdire le financement étranger, revoir la politique étrangère de la France et soutenir l’islam modéré ne suffisent pas à endiguer la violence véhiculée par le Livre saint de l’islam. Bien qu’ils se revendiquent des libertés individuelles et de la modernité, ces intellectuels n’hésitent pas à défendre le droit des musulmans à imposer le voile, le burqa ou le burkini à leurs filles… Ainsi, au nom du respect de l’autre, du pluralisme et de la liberté, la France en particulier et les pays occidentaux en général ont fait le lit de l’extrémisme qui, paradoxalement, rejette le pluralisme et la liberté. Certains intellectuels pensent désormais que le terrorisme est une réaction des musulmans à la provocation culturelle et politique et à la privation sociale. Mais en réalité, le terrorisme est savamment calculé et vise à imposer l’islam comme « la meilleure Nation créée pour les hommes ». Pacifiste, l’Occident a sacrifié ses valeurs pour gagner la cohabitation avec l’islam alors que ce dernier se prépare à la confrontation, sous différents prétextes fallacieux. L’ironie du sort est que l’islam, qui combat la modernité, exploite les moyens les plus modernes pour se répandre, comme internet et ses réseaux sociaux, et exploite les Droits de l’Homme qu’il rejette pour exiger et obtenir des concessions permettant son expansion. Au lieu que les avancées scientifiques servent à dévoiler la supercherie qu’est l’islam, elles lui permettent paradoxalement de se développer à travers le monde.

La culture française s’est enfermée dans son interprétation stricte des Droits de l’Homme, les dissociant de l’indispensable modernité et de toute approche philosophique. Profitant du respect des libertés qu’imposent les droits de l’homme, l’islam a prospéré sans devoir se moderniser et se conformer aux valeurs de ces mêmes droits de l’Homme et de cette même liberté. La Gauche française a commis l’erreur de défendre le particularisme de l’islam au sein du pluralisme sociétal. Or, quand le particularisme se nourrit du pluralisme et l’exploite, c’est tout l’édifice sociétal qui s’effondre. C’est ainsi que l’extrémisme islamiste a exploité le pluralisme français et les droits individuels et collectifs, garantis par la Constitution, pour exercer son hégémonie sur la société française et lui imposer son propre mode de vie. Ceux qui s’y opposent sont systématiquement accusés d’islamophobie. A terme, ce phénomène menace les fondements de la laïcité française. Intégrer l’islam sans faire l’effort de le décortiquer, de le comprendre, de le réformer et le conformer aux valeurs de la République constitue une réelle menace pour celle-ci.

Une grande partie des intellectuels, particulièrement de gauche, imbibés des valeurs progressistes, ont omis de regarder le phénomène sous cet angle, occultant la réalité du choc des civilisations et des courants au sein des mêmes civilisations. Ils ont ainsi favorisé la constitution de mini-sociétés au sein de la société française. Ils persistent aujourd’hui à dissocier le conflit avec l’islam, en France, de l’histoire des conflits ancestraux entre les deux rives de la Méditerranée, entre les deux civilisations et les deux religions. Ils veulent imposer la coexistence et la cohabitation au nom du vivre ensemble, alors que les « invités » n’entendent nullement respecter ce concept et ils le revendiquent… »

Waleed Al-Husseini affirme que « l’islam et l’islamisme sont des vases communicants et puisent leur idéologie des mêmes textes. Tous les courants de l’islam politique se nourrissent du Coran, de la Sunna et du Hadith. Quant à la réforme de l’islam de France, il rappelle que « toutes les tentatives ont échoué et qu’il est sans doute trop tard pour contraindre l’islam à se conformer aux lois de la République » tant que les théologiens radicaux poursuivent le lavage des cerveaux et l’endoctrinement de la jeunesse. Il en veut pour preuve les propos de Tariq Ramadan, qui, dans ses prêches, ses prédications auprès des jeunes de banlieues, ou ses prêches en ligne, il ne manque pas de rappeler aux musulmans que « l’islam est un marqueur génétique, alors que la nationalité est un marqueur géographique. La nationalité du musulman ne peut primer sur son appartenance à la Nation islamique. Le musulman ne reconnait pas les frontières terrestres dessinées par l’homme. L’islam doit ainsi primer sur les constitutions et les lois ».

Selon notre interlocuteur, « il est quasiment impossible de réformer l’islam et d’assainir le Coran des versets violents qui prônent le djihad et qui justifient la violence. Car, pour les musulmans, le Coran est l’œuvre de Dieu, et il est impossible d’en changer une seule lettre. La réorganisation des cultes catholique, juif et protestant, dans le cadre de la loi sur la laïcité de 1905, semble impossible pour l’islam. Car pour les musulmans, toute réforme de leurs textes sacrés mettrait en cause leur foi, et serait donc rejetée. Cet ex-musulman redoute donc une radicalisation de masse au sein de la communauté et rappelle que les musulmans ont rarement manifesté leur désapprobation des attentats contre les innocents, ou ils les ont condamnés très timidement, car « au final, les terroristes n’ont fait qu’appliquer les enseignements du Coran ».

Al-Husseini redoute les conséquences de cette crise multiple de l’islam en France. Il parle de crise identitaire, crise de représentativité, rupture de confiance avec la République, endoctrinement, radicalisation, inféodation à l’étranger… Très alarmiste, il estime que « si les pouvoirs publics ne font rien, l’islamisation s’accélèrera. Mais s’ils agissent brutalement, ils poussent à la radicalisation. Dans les deux cas, le divorce est consommé ». Il préconise « la lutte contre les influences étrangères sur les musulmans de France, l’interdiction de la double nationalité pour réduire l’influence des pays d’origine, soutenir les intellectuels et les musulmans éclairés qui prônent la laïcité et contrôler les prêches… ». Un vaste chantier dont les résultats restent hasardeux, reconnait-il. Et en conclusion, il s’interroge sur l’absence de mesures de réciprocité prises par la France contre le boycott des produits français dans certains pays ? Il suffirait de boycotter les Kébabs qui servent souvent de vitrine à tous les trafics et blanchiments. Ce qui obligerait des millions de ressortissants turcs à retourner chez Erdogan. Il ne doit pas avoir l’exclusivité des chantages à l’immigration clandestine ! ». Mais, admet-il, « beaucoup de musulmans préfèrent demeurer en Europe en général et en France en particulier, où ils peuvent vivre librement leur foi, que de retourner dans l’enfer de leur pays d’origine qu’ils ont déjà fui. Paradoxalement, ce qui reste inexplicable, c’est qu’ils cherchent à reproduire dans les pays d’adoption les conditions qu’ils dénonçaient chez eux ».

(Entretiens réalisés entre le 18 et le 26 octobre 2020 par Lea P. et Magdi W.)