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Europe : Les menaces terroristes

mercredi 4 novembre 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/terrorisme/inquietude-des-services-de-renseignement-apres-les-attaques-de-vienne-et-de-nice-la-menace-est-tres-forte?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20201103&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Inquiétude des services de renseignement après les attaques de Vienne et de Nice : « La menace est très forte »

Terrorisme

Par Laurent Valdiguié

Publié le 03/11/2020 à 15:28

Ce lundi 2 novembre au soir, à Vienne en Autriche, au moins quatre personnes ont été tuées et quinze blessées par plusieurs assaillants. Un terroriste, abattu par la police, est un sympathisant de l’État islamique. Combien d’autres auteurs de la fusillade sont encore en fuite ? Un seul, selon une source française de l’univers du renseignement.

L’attaque de Vienne signe-t-elle le retour de commandos de l’Etat Islamique en Europe ? Les images du centre-ville de la capitale autrichienne, un espace piétonnier autour de l’Opéra, où six lieux auraient été ciblés, dont la grande synagogue, font penser à la soirée du 13 novembre en France, avec l’attaque du Bataclan, du stade de France et des terrasses de restaurants parisiens. Ce mardi 3 novembre au matin, la police autrichienne annonce la mort d’un terroriste, un « sympathisant de l’Etat islamique » âgé de 20 ans et originaire de la région Nord Macédoine. Kujtim F., condamné en 2019 puis finalement libéré au bénéfice du statut de « jeune adulte » avait tenté de rejoindre la Syrie.

L’attaque a fait au moins quatre victimes et quinze blessés. Combien d’éventuels autres auteurs de la fusillade sont-ils encore en fuite ? Pourquoi le bilan n’est-il pas plus lourd après cette interminable soirée de lundi et la course-poursuite dans les rues de Vienne ? « Nous ne pouvons pas exclure qu’il y ait d’autres assaillants », a déclaré le ministre de l’Intérieur autrichien dans la matinée, alors qu’il avait parlé dans le courant de la nuit de « plusieurs terroristes ». Changement de discours en début d’après-midi : le ministre autrichien assure à présent ne « pas avoir de preuve de l’existence » d’un deuxième tueur.

Un armement « léger »

En fin de matinée, selon une source française dans l’univers du renseignement, l’hypothèse la plus probable était celle d’un autre assaillant en fuite. « Il s’agirait donc d’un duo plus que d’un commando », assure cette source. Autre donnée expliquant le bilan relativement faible, l’armement : un fusil et une arme semi-automatique. Un armement « léger ».

À LIRE AUSSI >> Attaque terroriste à Vienne : un des assaillants était proche de l’État islamique

Un commando du type de celui du Bataclan aurait été doté d’armes plus lourdes, notamment de fusils-mitrailleurs et le bilan aurait donc été beaucoup plus sévère. Enfin, la ceinture d’explosifs retrouvée sur le terroriste neutralisé était factice. Dans le cas du commando du Bataclan, un artificier avait été projeté pour confectionner des ceintures de Tatp, l’explosif fabriqué avec des ingrédients disponibles dans le commerce. « Si cette attaque n’est pas l’œuvre d’un duo, c’est l’œuvre d’un seul terroriste, très mobile. Dans les deux cas, l’attaque de Vienne ressemble donc a priori aux dernières attaques en France, réalisées par des radicalisés », estime cet expert.
Inquiétude à l’approche de l’anniversaire de la nuit du Bataclan

Quoi qu’il en soit, la nuit de Vienne, après l’attaque de la cathédrale de Nice la semaine dernière et la décapitation de Samuel Paty à Conflans Sainte-Honorine mi-octobre, fait redouter aux services de renseignement européens une nouvelle flambée du terrorisme dans les semaines à venir. D’autant que le chancelier autrichien est le principal opposant à Erdogan, et que le président Français fait l’objet ces derniers jours d’une campagne haineuse sur les réseaux sociaux orchestrés par les milieux islamiques.

Dans quelques jours, le 13 novembre aura lieu le cinquième anniversaire de la nuit du Bataclan… « La menace est très forte », admet une source haut placée, même si le confinement… prive les terroristes de cibles faciles et de lieux de rassemblement. Les services de police devraient donc redoubler de surveillance aux abords des écoles, puisque dans le contexte actuel où la majorité des magasins sont fermés, ce sont les seuls endroits où il y a du monde…

Recherche des compagnons de voyage de Brahim A.

Enfin, autre sujet d’inquiétude pour les services, les éventuelles complicités du tunisien qui a frappé Nice. Les autorités italiennes ont remis à la justice française la liste des 23 autres clandestins ayant accosté avec lui sur l’île de Lampedusa le 20 septembre dernier en provenance de Sfax. D’autres terroristes se cachent-ils parmi eux ? D’abord placé en quarantaine sur un ferry, ce groupe a été débarqué à Bari, sur la cote italienne orientale le 9 septembre. Puis se serait éparpillé dans la nature… Interpellé à Nice, un compagnon de voyage de Brahim A. serait en garde à vue.

« On les cherche tous activement », confiait à Marianne lundi soir une source policière. Ce mardi matin, une opération de police a été menée dans le Val d’Oise. Quatre hommes ont été placés en garde à vue, dont un membre de la famille du terroriste. Quant à lui, soigné de ses blessures, il a repris connaissance lundi. Les enquêteurs ont envisagé de pouvoir l’entendre le jour même... Mais son test Covid s’étant révélé positif, l’audition a été remise. Jusqu’à nouvel ordre.

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Source : https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/menaces-dal-qaida-envers-la-france-les-mouvements-djihadistes-profitent-des-dernieres-attaques?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20201103&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Menaces d’Al-Qaïda envers la France ? : « Les mouvements djihadistes profitent des dernières attaques »

Entretien avec Wassim Nasr ?
Propos recueillis par Vincent Gény

Publié le 03/11/2020 à 17:52

Le 2 novembre, Al-Qaïda au Maghreb Islamique publiait un communiqué menaçant Emmanuel Macron et les Français. Pour Wassim Nasr, auteur du livre « État islamique, le fait accompli », le groupe terroriste veut « effacer la zone grise entre jihadistes et musulmans ».

La France menacée. Dans un communiqué diffusé lundi 2 novembre, le groupe terroriste Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) a appelé à « tuer celui qui insulte le prophète » estimant qu’il s’agit du « droit de chaque musulman capable de l’appliquer ». Le mouvement djihadiste menace également le président Macron, en écrivant ? : « On n’oubliera pas vos agissements atroces ». Analyse de cette menace, de sa crédibilité et de la situation de la France avec Wassim Nasr journaliste et spécialiste des mouvements djihadistes, auteur d’État islamique, le fait accompli.

Marianne ? : AQMI a diffusé lundi 2 novembre un communiqué appelant à « tuer celui qui insulte le prophète ». Comment analysez-vous ce message ??

Wassim Nasr ? ? : Rappelons d’abord que AQMI n’a jamais appelé à des attaques en Occident pour des raisons politiques, comme la situation au Sahel. Ils auraient pu appeler à des représailles après l’élimination du chef d’AQMI par les forces françaises en juin 2020 mais ça n’a jamais été le cas. Lundi, ils ont communiqué spécifiquement par rapport aux caricatures, comme tous les autres groupes djihadistes. Dans ce texte, ils disent qu’il n’y a pas besoin d’être commandité pour passer à l’acte et que tous ceux qui le peuvent doivent le faire.

Ils mentionnent l’attaque de Conflans-Sainte-Honorine et considèrent que l’assassin est un martyr qui a fait son devoir. Il est aussi intéressant de noter que, contrairement à des attaques précédentes, l’Etat Islamique évoque, de son côté, un « jeune musulman » et non un « soldat ». De plus, AQMI se dissocie indirectement de l’attaque de Nice en demandant dans le communiqué de suivre les textes qui disent de « ne pas tuer ceux qu’il n’est pas légitime de tuer », donc des fidèles dans un lieu de culte en l’occurrence.

On voit plusieurs attaques exécutées par des personnes seules, sans l’appui d’un groupe djihadiste. Cela signifie-t-il que leur idéologie réussit à infuser au-delà des mouvances jihadistes ??

Au contraire, ce ne sont pas leurs idées de jihad mondial qui infusent. Ce sont plutôt eux qui profitent de ces attaques. Celles de Paris, Conflans et Nice, jusqu’à preuve du contraire, ne témoignent pas d’une volonté politique, ce sont des fanatiques religieux. Il n’y a pas eu de revendication pour le moment. Le jeune Pakistanais qui a attaqué des journalistes de Premières Lignes en pensant s’attaquer à des journalistes de Charlie Hebdo n’a visiblement aucune conscience politique. Il s’est senti investi d’une mission en voyant les manifestations contre Charlie dans son pays.

Ce communiqué peut-il rencontrer un écho important ??

Difficile à estimer du côté d’Al-Qaïda. Les attentats commis par Mohamed Merah n’ont jamais été revendiqués, probablement parce qu’il s’est attaqué à des enfants qui théoriquement « ne sont pas des cibles légitimes », contrairement aux militaires. Seul Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) a attaqué ouvertement la France par le biais des frères Kouachi en janvier 2015. Il n’existe pas de précédent avec AQMI. En revanche, pour eux l’insulte au prophète justifie le passage à l’acte et si ce message touche des personnes pas ou peu impliqués dans l’islam politique, ça les arrange. Pour la France, bien qu’ils ne soient probablement pas à la manœuvre dans ces derniers cas, les groupes terroristes profitent des attaques. De fait, elles prennent une dimension très politique qui n’est pas pensée par les auteurs. C’est un vrai « cadeau » pour les mouvements djihadistes.

Comment expliquer cette cristallisation autour des caricatures de Mahomet ??

La France est une exception dans sa conception de la laïcité et nous n’arrivons plus à appréhender le fait religieux. Si les caricatures mobilisent à ce point le monde arabo-musulman, c’est parce qu’elles touchent quelque chose de l’ordre de la foi. Les ouïghours, le statut de Jérusalem ou la normalisation des relations entre Israël et certains pays musulmans ne cristallisent pas autant que les caricatures car ce sont des questions d’ordre géopolitique. Ce que nous considérons comme de la radicalité, comme légitimer la mort pour blasphème, est une norme dans certains pays, on l’a vu avec l’assaillant pakistanais. Lorsque l’on touche au religieux, ce ne sont plus forcément les mouvements djihadistes identifiés qui peuvent agir mais c’est élargi au spectre des croyants. Parmi eux, certains sont des fanatiques prêts à passer à l’acte. Le risque est presque plus grave car lorsque c’est revendiqué par un groupe terroriste, on sait à quoi on a affaire. Lorsque c’est guidé par des convictions intimes, c’est beaucoup plus compliqué.

Dans le même temps, AQMI se désolidarise de l’attaque de Nice. Dans quelle mesure le contexte profite-t-il aux groupes terroristes ??

Ils en bénéficient car dans un sens, le débat public se focalise sur ces questions-là et c’est bien le but des groupes djihadistes à visée politique. Ils veulent effacer la zone grise entre les jihadistes et les « musulmans » en général. Quand on assiste à un acte de fanatisme qui prend autant d’ampleur ou de poids politique, ça les aide car on va focaliser les discussions sur les rayons halal ou des questions interreligieuses qui sont à côté du problème qu’est le passage à l’acte violent. Chaque problème appelle à une réponse particulière et il n’existe pas de solution miracle. Donc pour trouver des réponses adéquates, il est nécessaire de bien définir les problèmes et de les compartimenter.

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