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Algérie : Hommage à Ali El Kenz, décédé samedi dernier en France : Un altermondialiste et un sociologue de renom s’en va

vendredi 6 novembre 2020, par siawi3

Source : https://www.elwatan.com/edition/actualite/un-altermondialiste-et-un-sociologue-de-renom-sen-va-03-11-2020

Hommage à Ali El Kenz, décédé samedi dernier en France : Un altermondialiste et un sociologue de renom s’en va

Nordine Grim

03 novembre 2020 à 10 h 40 min

Ecrivain et professeur émérite en sociologie, il laisse une œuvre considérable qui inspirera longtemps encore étudiants et chercheurs, tant les thèmes qu’il avait traités embrayent avec l’actualité et certains faits sociaux purement algériens.

Notre ami Ali El Kenz, professeur de sociologie aux universités d’Alger et de Nantes, vient de nous quitter à jamais à l’âge de 74 ans, des suites d’une maladie cardiaque.

Ecrivain et professeur émérite en sociologie, il laisse une œuvre considérable qui inspirera longtemps encore étudiants et chercheurs, tant les thèmes qu’il avait traités embrayent avec l’actualité et certains faits sociaux purement algériens.

Son ouvrage sur le complexe sidérurgique d’El Hadjar, l’interview fleuve de l’ex-chef de gouvernement Bélaïd Abdesselam à propos de l’industrialisation de l’Algérie, qu’il avait réalisée avec le défunt professeur Mahfoud Benoune, ses publications personnelle, Au fil de la Crise, et collective, L’Algérie et la Modernité, constituent des références, aussi bien pour ceux qui veulent s’informer sur ce qui fut entrepris en matière de choix économique et social durant ces 50 dernières années, que pour les étudiants qui veulent s’initier à la sociologie opératoire.

Ali El Kenz était en effet un sociologue de terrain qui n’a, par exemple, pas hésité à quitter Alger et s’installer quelque temps à Annaba pour analyser dans les détails le mode de gestion bureaucratique et rentier du complexe sidérurgie d’El Hadjar, qui explique en grande partie ses insuffisances productives et sa débâcle managériale des années 1990.

Il nous disait qu’il avait passé ses plus belles années en Algérie et qu’il ne s’était résolu à quitter son pays que parce que sa vie et celle de sa famille étaient réellement en péril. A ce titre, son tout dernier livre Ecrits d’exil (Casbah Editions) fait le point sur ses écrits académiques à l’étranger, mais aussi et surtout sur l’amour et la nostalgie de son pays, qu’il exprime à travers une poignante autobiographie.

Ali El Kenz est considéré comme l’un des meilleurs professeurs de philosophie et de sociologie qu’ait connus l’université d’Alger et, à ce jour, beaucoup de ses étudiants évoquent avec fierté le fait d’avoir suivi ses cours.

Altermondialiste par conviction, il consacra bon nombre d’écrits à la critique du libéralisme, qu’il considère comme un mal absolu pour l’humanité, tant il porte en lui, non seulement les germes destructeurs des populations vulnérables, mais aussi de la nature et de ses ressources vitales.

Il avait écrit les préfaces de quelques livres, parmi lesquelles, celle d’un de notre ouvrage intitulé L’interminable transition Casbah Editions. Avant de l’écrire, il me prévint qu’il le fera avec plaisir, mais selon sa propre vision et ses convictions d’altermondialiste.

Ce que je n’hésitai pas à accepter, en lui disant que « c’est tout de même une manière bien originale d’ouvrir le débat avant même de prendre connaissance du contenu d’un livre ». Et c’est ainsi qu’il inaugura cette forme de débat sur des sujets de fond (libéralisme, durée d’une période de transition, investissements directs étrangers, services publics, climat des affaires, etc.) au moyen de cette préface. Beaucoup d’autres auteurs s’en sont inspirés, m’avait-il appris, lors d’une rencontre à Alger.

Nous saisissons l’occasion de ce bref hommage à ce grand homme pour présenter nos plus sincères condoléances à son épouse, ses enfants et ses nombreux amis.

A ses grands hommes, l’Algérie éternellement reconnaissante.

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Skikda évoque son fils

La nouvelle du décès du sociologue Ali El Kenz a ramené hier Skikda à son passé pour se remémorer et honorer l’un de ses plus brillants enfants.

Fils d’un cheminot, Ali, ou « Aliouat » comme on aime le surnommer à Skikda, est né dans une famille nombreuse au quartier mythique du Faubourg, véritable bastion du nationalisme.

Les Skikdis de sa génération le décrivent comme un enfant prodige qui se distinguait par son intelligence, sa sociabilité et surtout pour l’immense amour qu’il vouait à la lecture, au sport et à la musique. « Il a réussi pas moins de trois baccalauréats, en sciences, en littérature et en langue française », témoigne Moloud Boulnemour, son ami d’enfance.

En 1961, Ali part à Constantine suivre un cursus à l’Ecole normale d’instituteur (ENS), où il put démontrer de grandes aptitudes sportives en plus de sa distinction intellectuelle. « Il a été champion d’Algérie du 100 m lors d’un championnat scolaire et faisait également partie de l’équipe de handball de l’ENS », ajoute M. Boulnemour.

Diplômé de l’ENS, Ali préfère assouvir la passion qui le dévorait et part rejoindre son frère aîné El Haouas à l’Ecole normale supérieure du Vieux Kouba à Alger suivre un cursus en philosophie.

L’ayant connu à cette époque, Mahieddine Chebli évoque la simplicité du jeune Ali. « En dépit de sa supériorité intellectuelle, il restait très humble. Ali El Kenz était le penseur, l’animateur de débats et aussi l’âme de l’ENS. Il fut l’un des créateurs d’un cercle de débats dans cette école en compagnie d’Ahmed Ben Naamoune, Dahou Djerbal, Djaghloul Abdelkader et d’autres. »

« Menacé durant la décennie noire et quelques jours seulement après l’assassinat de Djilali Lyabes et Boukhobza, Ali fut contraint à l’exil et partit alors enseigner à Nantes, en France », ajoute M. Chebli.

Khider Ouhab