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Balkans : Le président du Kosovo devant ses juges

samedi 7 novembre 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/monde/europe/le-president-du-kosovo-devant-ses-juges?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20201106&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Balkans : Le président du Kosovo devant ses juges

Par Jean Arnault Dérens

Publié le 06/11/2020 à 12:22

Hashim Thaçi a démissionné jeudi, dès la confirmation de son inculpation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par les Chambres spécialisées. Il a passé sa première nuit en prison en banlieue de La Haye, où il sera jugé.

C’est une page cruciale de l’histoire de la fin du XXe siècle qui est en train de se tourner. Créées en 2016, les Chambres spécialisées, une juridiction ad hoc, délocalisées à La Haye mais rattachées à la justice du Kosovo doivent juger les crimes imputés à l’Armée de libération du Kosovo (UÇK), durant le conflit qui les a opposés au régime serbe de Slobodan Miloševi ? en 1998-1999.

Le visage tendu, Hashim Thaçi avait convoqué une conférence de presse, jeudi matin, pour annoncer lui-même la confirmation de sa mise en accusation pour « crimes de guerre et crimes contre l’humanité ». Le président de la République a annoncé sa démission et aussitôt rejoint le siège de la mission Eulex, dans la banlieue de Pristina. Il y a retrouvé son bras droit Kadri Veseli, qui avait également confirmé son inculpation quelques dizaines de minutes plus tôt, ainsi que le député d’opposition Rexhep Selimi et l’ancien président du Parlement, Jakup Krasniqi, arrêté la veille. Les quatre hommes ont embarqué dans l’après-midi dans un avion spécial à destination de La Haye.

Plus de 20 ans après la fin de la guerre, est-il encore possible de juger ??

Comme attendu, Hashim Thaçi a annoncé qu’il se retirait « de toutes [ses] activités publiques et politiques tant que durera le procès ? », démissionnant donc de sa charge de président de la République, dont l’intérim sera assuré pour une période maximum de six mois par la présidente du Parlement, Vjosa Osmani, issue des rangs de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK). Le Premier ministre Avdullah Hoti a déclaré qu’il croyait « profondément en la justesse de la lutte menée par l’Armée de libération du Kosovo », ajoutant que « personne ne pouvait juger notre lutte pour la liberté ». Il est bien difficile de trouver des voix dissidentes, venant briser le quasi-consensus qui règne dans le petit pays pour soutenir les anciens dirigeants de la guérilla. « Même ceux qui critiquaient la corruption associée au nom d’Hashim Thaçi respectent l’ancien chef de l’UÇK », estime le journaliste Hysni Bajraktari.

C’est sur la base du retentissant rapport présenté en décembre 2010 par le député suisse Dick Marty devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qu’ont été formées les Chambres spécialisées chargées de juger les crimes de guerre commis au Kosovo entre le 1er janvier 1998 et le 31 décembre 2000. C’est normalement au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) qu’il revenait de le faire, mais celui-ci s’est révélé incapable de mener à bien les procès engagés contre d’anciens cadres de l’UÇK, faute notamment de mécanismes efficaces de protection des témoins. Les Chambres spécialisées réussiront-elles, là où le TPIY a échoué ?? Les associations des représentants de victimes serbes ne cachent pas leur scepticisme ? : plus de vingt ans après la fin de la guerre, quand beaucoup de témoins ne sont plus de ce monde, est-il encore possible de juger ??

Le fardeau de la responsabilité collective

Depuis l’été 2019, les Chambres spécialisées ont néanmoins auditionné plusieurs dizaines d’anciens combattants de l’UÇK, tant à La Haye qu’au Kosovo même. Le 24 septembre, l’ancien commandant Sali Mustafa était arrêté et son procès s’est ouvert la semaine dernière à La Haye. Le 25 septembre, c’était au tour des deux chefs de la puissante Organisation des vétérans de l’UÇK d’être interpellés pour diffusion de documents confidentiels visant à saper la crédibilité des Chambres.

D’autres arrestations vont suivre, mais les Kosovars parviendront-ils à admettre que la reconnaissance des crimes commis par quelques-uns n’implique pas l’ensemble d’un peuple et permet au contraire de se dégager du fardeau de la responsabilité collective ?? C’est tout l’enjeu de la justice transitionnelle. Cette promesse n’a pas été tenue par le TPIY en Serbie, en Croatie ni en Bosnie-Herzégovine. Les Chambres spécialisées feront-elles mieux au Kosovo ??