Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > impact on women / resistance > L’Espagne tente d’exhumer les crimes du franquisme avant qu’il ne soit trop (...)

L’Espagne tente d’exhumer les crimes du franquisme avant qu’il ne soit trop tard

dimanche 8 novembre 2020, par siawi3

Source : http://www.slate.fr/story/196744/espagne-franquisme-franco-tente-exhumer-victimes-crimes-dictature?utm_source=ownpage&utm_medium=newsletter&utm_campaign=daily_20201107&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

L’Espagne tente d’exhumer les crimes du franquisme avant qu’il ne soit trop tard

Alban Elkaïm

6 novembre 2020 à 8h00

Un nouveau projet de loi sur la « mémoire démocratique » doit être voté au Parlement espagnol. Alors qu’une partie de la société refuse d’évoquer la dictature et les crimes franquistes, victimes et témoins décèdent, laissant le négationnisme gagner du terrain.

Photo : Un squelette exhumé d’une des fosses du cimetière de Guadalajara, en Espagne, par l’ARMH. | Oscar Rodríguez / ARMH

Quelques rayons de soleil viennent caresser le marbre à travers les branches des cyprès agitées par la brise. Les fleurs fraîches, le silence des tombes, la douceur de l’été indien… la paix serait parfaite, ce 1er octobre 2020, dans le cimetière de Guadalajara, non loin de Madrid, s’il n’y avait pas eu ce bourdonnement de moteur, quelque part entre ses murs.

Au bout d’une allée rectiligne, un tractopelle plonge son bras mécanique dans un grand trou rectangulaire pour en extraire une copieuse pelletée de terre. L’Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH) vient de lancer l’exhumation de la fosse commune numéro 3, où vingt-et-une victimes de la répression franquiste ont été jetées après avoir été fusillées, il y a quatre-vingt ans.

« Ce travail aurait dû être fait depuis très longtemps », regrette Emilio Silva Barrera, président et fondateur de l’ARMH. Cela fait vingt ans que l’association s’évertue à lever le tabou qui pèse sur l’histoire du franquisme et de ses crimes. Mais depuis le retour à la démocratie, ceux qui dirigent l’Espagne freinent des quatre fers. La loi et les institutions font obstacle à l’ouverture d’un examen en bonne et due forme de ce chapitre de l’histoire du pays.

Photo : Travail préparatoire sur la fosse 3, au cimetière de Guadalajara, carré civil, le 1er octotobre 2020. | Alban Elkaïm

Un projet de loi sur la « mémoire démocratique » a été présenté au Parlement, le 15 septembre dernier, pour mettre fin à cette anomalie. Mais il y a urgence. Victimes et témoins s’éteignent un à un. Les jeunes connaissent mal ce passé. Le négationnisme s’engouffre dans la faille pour semer la confusion et saper les bases de la démocratie.

À LIRE AUSSI Pourquoi l’Espagne a-t-elle tant de mal à faire face à son passé franquiste ?

Enterrer ses morts avant de partir

« Je revois ma mère, lorsqu’elle a crié quand ils ont frappé à la porte en demandant : “Romualdo Puerto Ibarra ! Où est-il ? Qu’il sorte !” Mon pauvre père, il était terrifié, il ne voulait pas sortir de la cuisine, se souvient Amelia Puerto Gil, le souffle court. Quatre hommes l’ont emmené, avec un pistolet qu’ils pointaient sur lui en dessous du bras. » La scène se déroule dans le petit village de Sacedón, province de Guadalajara, en 1940, juste après la guerre. Amelia a 12 ans.

Quatre-vingt ans plus tard, elle s’agite en revivant cet instant, peine à reprendre sa respiration. Deux tubes de plastique transparent passent derrière ses oreilles pour se rejoindre sous son nez. Amelia a 92 ans aujourd’hui.

Le 9 mars 1940, Romuald est fusillé et jeté dans une fosse commune du cimetière de Guadalajara. Sa famille ne sait pas où il est enterré.

Son père était journalier. En 1936, quand le conflit éclate, il est enrôlé du côté des républicains pour faire face à une partie de l’armée espagnole, qui a lancé un coup d’État contre la seconde République. À la fin des combats, en 1939, il tente de rejoindre la France. « Ils les ont pris à la frontière et leur ont dit : “Ceux qui n’ont pas les mains tachées de sang peuvent parfaitement entrer en Espagne”, raconte sa fille. Mon père est revenu à Sacedón. Mais ils l’ont emmené le jour même. »

Photo : Amelia Puerto Gil, aujourd’hui âgée de 92 ans. | Alban Elkaïm

Le 9 mars 1940, Romuald est fusillé et jeté dans une fosse commune du cimetière de Guadalajara. Sa famille ne sait pas où il est enterré. Elle n’a pas le droit de porter le deuil en public. Un mur est bâti autour des fosses communes pour en interdire l’accès. À Sacedón, « les gens nous regardaient mal. Ils nous insultaient. Ils nous criaient : “Rojos !” [« rouges », en espagnol, pour désigner ceux qui étaient de gauche, généralement opposés à Franco ndlr]. »

Romualdo Puerto Ibarra. | Photo de famille – Autorisation accordée pour Slate.fr

« Tu seras plus tranquille maintenant. Ils vont le ramener au village et l’enterrer avec les autres », lance son fils, Ángel Mercado Puerto. Amelia acquiesce, visiblement éprouvée. Tout indique que les restes de son père se trouvent dans la fosse commune que l’ARMH vient d’exhumer. Il ne manque plus que le test ADN. « C’est important pour nous. Cette histoire a été transmise depuis toujours dans la famille. C’est un peu comme s’il rentrait à la maison », explique Ángel Mercado Puerto.

Ce dénouement reste cependant assez rare. En 2008, la plateforme de victimes de disparitions forcées du franquisme avait présenté une liste alignant plus de 143.000 noms à un juge qui l’avait demandée. Entre 2000 et 2019, 740 fosses ont été ouvertes et à peine plus de 9.000 squelettes sortis de terre, selon un rapport de la direction générale de la mémoire historique, une agence ministérielle créée en 2018.

« La majorité des membres de cette génération qui a vécu la guerre civile et la dictature sont morts sans avoir eu le droit à la reconnaissance ou à des réparations », constate Sergio Gálvez Biesca, docteur en histoire moderne et ancien coordinateur du groupe de recherche sur la mémoire historique à l’université Complutense de Madrid.

Photo : Un homme est arrêté dans les rues de Madrid en 1936, en pleine guerre civile espagnole. | AFP

Il faudrait tout oublier...

Le projet de loi sur la mémoire démocratique, qui doit être débattu et voté au Parlement dans les prochains mois, assure « le droit à la vérité pour les victimes » et affirme que « la recherche de personnes disparues durant la guerre civile et la dictature incombera à l’État », selon le ministère chargé de la Mémoire démocratique. Car, en Espagne, le « pacte de l’oubli » a imposé le silence sur les crimes du franquisme en s’appuyant sur l’État.

« Les élèves espagnols connaissent mieux le nazisme que la répression franquiste. »
Enrique Javier Díez Gutiérrez, professeur

Le 18 juillet 1936, une partie de l’armée espagnole tente un coup d’État contre la seconde République. Mais certaines parties du territoire résistent. La plupart de organisations ouvrières et syndicats refusent le coup d’État. Nombre de citoyen·nes prennent les armes. Le 1er avril 1939, pourtant, le « camp national », mené par le général Francisco Franco, finit d’établir sa domination sur le territoire espagnol. Il instaure une dictature militaire et régnera en maître absolu sur le pays jusqu’en 1975, en exerçant une répression systématique et meurtrière.

Photo : Des républicains se battant pour l’Alcázar de Tolède, où les rebelles sont à l’abri, en juillet 1936. | STF / AFP

Entre la fin de la guerre et 1946, au moins 50.000 personnes ont été exécutées par le régime, selon un ouvrage solidement documenté écrit sous la direction de l’historien Julián Casanova. Les choses se calment un peu par la suite, mais le régime tue jusqu’à la fin. Il n’y a qu’un parti, La Falange Española (la Phalange espagnole). La torture est une pratique habituelle. La justice est à la botte du pouvoir et les prisonniers politiques sont légion.

Franco meurt de vieillesse en 1975. Une transition vers la démocratie est alors négociée et une nouvelle Constitution adoptée, en 1978. Une loi d’amnistie se glisse dans les discussions sur l’avenir du pays. Cette dernière empêche toute poursuite des crimes du franquisme jusqu’à aujourd’hui. Elle naît d’un consensus politique selon lequel les Espagnol·es doivent « fermer leurs blessures » pour pouvoir se réconcilier, et que cela nécessite d’oublier le passé. Certains rebaptisent cela le « pacte de l’oubli ».

À LIRE AUSSI L’Espagne est-elle réellement en train de rejouer le scénario de la guerre de 1936 ?

L’impossible inventaire de la dictature

« Le franquisme est toujours très difficile à étudier en Espagne », dénonce Sergio Gálvez Biesca. En plus d’être enseignant-chercheur, il est membre du Corps des archivistes de l’État. « Toute la réglementation relative à la protection des secrets officiels, la loi de protection des données et la réglementation d’accès aux archives elle-même rendent difficile la consultation de document qui permettrait d’approfondir notre connaissance de la répression et, surtout, de connaître les noms de ses auteurs. C’est le cas des archives judiciaires militaires, de celles des forces de sécurité ou de la police, organismes de répression par excellence. »

« Ouvrir une fosse, c’est donner l’occasion à ces personnes assassinées de raconter leur histoire. »
Emilio Silva Barrera, directeur de l’ARMH

Le même flou est entretenu dans l’éducation. « Les élèves espagnols connaissent mieux le nazisme que la répression franquiste », aime dire Enrique Javier Díez Gutiérrez. Professeur des métiers de l’enseignement à l’université de León, il est auteur d’une étude remarquée sur la façon dont les livres scolaires parlent de la dictature. « Il existe une tendance à minimiser, voire oublier la répression franquiste systématique et organisée légalement durant les quarantes années postérieures à la guerre », souligne le document. La spoliation de biens des victimes au profit de partisans de Franco, ou la participation d’une partie de la population civile à la répression, l’humiliation et l’exclusion des vaincus de la guerre sont « taboues ». Les livres parlent surtout de la guerre, mais assez peu de la dictature, et la responsabilité du conflit est présentée comme étant partagée de manière égale par les républicains et les franquistes.

De plus, « le sujet génère des tensions, beaucoup de professeurs profitent du fait que le programme soit trop chargé pour le relayer à la fin de l’année et ne pas vraiment l’aborder », fait remarquer Sergio Gálvez Biesca.

Photo : Une balle retrouvée dans la terre lors des travaux d’exhumation de la fosse 3 du cimetière de Guadalajara. | Alban Elkaïm

Les disparu·es ne sont pas épargné·es par ces tentatives visant à effacer leur mémoire. Pendant des années, la mairie de Guadalajara s’est opposée frontalement à l’ouverture des fosses communes. C’est un tribunal argentin qui a permis le lancement des travaux. Ce fut la première décision de justice en ce sens en Espagne, en raison des blocages de la justice espagnole sur le sujet.

Le souhait de retrouver les personnes disparues est pourtant aussi vieux que les disparitions. Une première vague d’exhumations avait été lancée par des familles de victimes, juste après la fin de la dictature. Mais le 23 février 1981, une tentative de coup d’État y met brutalement fin. Terrifiées par l’idée d’un retour à la dictature, les familles abandonnent leur quête et se terrent dans le silence par peur de la réaction de secteurs comme l’armée et la police, où les franquistes sont encore très nombreux, selon Sergio Gálvez Biesca.

Photo : Exhumation d’un squelette dans une fosse du cimetière de Guadalajara par l’ARMH. | Oscar Rodríguez / ARMH

Les morts parlent quand on les écoute

Quand l’exploration des charniers reprend, vingt ans plus tard, l’impact sur la société est énorme. « Ouvrir une fosse, c’est donner l’occasion à ces personnes assassinées de raconter leur histoire, assure Emilio Silva Barrera, le directeur de l’ARMH. Quand vous voyez un squelette avec l’orifice d’une balle dans le crâne, et qu’il a peut-être eu le bras cassé avant de mourir… c’est un miroir de ce qu’est ce pays. »

Cela rompt aussi le silence qui règne dans certaines familles. « Ma mère ne nous laissait jamais parler de politique. Elle disait : “Toi, ne te mets pas là-dedans !” Je ne comprenais pas pourquoi. Je me suis même demandé si mon grand-père n’avait pas été franquiste… », s’amuse Violeta Santos Barriopedro, 39 ans, enseignante d’histoire qui habite Guadalajara. Jusqu’au jour où une amie lui a dit que l’ARMH cherche la famille d’une victime qui porte son nom, il y a quatre ans de ça. « J’ai pensé : ce doit être mon grand-oncle. Et je l’ai dit à ma grande-tante, sa sœur, María Barriopedro Santamaría. » Cette dernière ouvre enfin le livre de l’histoire familiale, sévèrement verrouillé à l’endroit de cet épisode.

María a 12 ans le soir où des militaires frappent à sa porte. Ils arrêtent Jesús, leurs deux parents et Jacinta, la plus grande de leurs sœurs.

« Mon grand-oncle, Jesús Barriopedro Santamaría, était maçon, commence Violeta. Il était affilié au syndicat Union générale de travailleurs (UGT) ce qui était assez commun à l’époque, cela permettait de trouver plus de travail. Quand la guerre a éclaté, il travaillait à Valence. Quand il a appris que les choses se compliquaient, il a décidé de rentrer là où vivait sa famille, à Loranca de Tajuña [près de Guadalajara, ndlr]. »

María a 12 ans le soir où des militaires frappent à sa porte. Ils arrêtent Jesús, leurs deux parents et Jacinta, la plus grande de leurs sœurs, car elle ne peut dire où est son mari, qui a pris le maquis. Antonio, le frère de 15 ans, demande où ils vont. « Tu veux savoir ? Tu vas venir aussi ! », répondent les franquistes. María se retrouve seule avec ses trois petits frères et son neveu de 3 ans.

Jesús Barriopedro Santamaría. | PhotoP de famille – Autorisation accordée pour Slate.fr

« Le lendemain, ma grand-tante a demandé où étaient ses parents aux autorités locales. On suppose qu’ils l’ont violée, même si elle ne l’a pas dit. Ils lui ont rasé la tête et lui ont fait boire un laxatif, pour que le produit fasse effet pendant qu’elle rentrait chez elle et que les gens se moquent. Puis ils ont détruit sa maison avec un tank. »

Jesús est fusillé le 2 septembre 1940. Il avait 23 ans. Son père aussi sera fusillé. Après cela, une grande partie de la famille part pour le sud de la France. María reste.

Elle a 95 ans aujourd’hui. Retrouver son frère avant la fin est son grand espoir. Dans la fosse 3, l’ARMH a déterré un indice qui laisse penser qu’il se trouverait bien là. Mais sa famille préfère attendre les résultats du test ADN pour le lui confirmer. Elle attend depuis quatre ans, et a déjà été déçue.

Photo : Une plaque de métal retrouvée dans la fosse 3 lors des travaux d’exhumation. Elle porte les initiales J.B, certainement Jesús Barriopedro, grand-oncle de Violeta. | Oscar Rodríguez / ARMH

Les jeux politiques autour de la mémoire

« Nous sommes de nombreux cousins et cousines. Mais je suis la seule qui aide ma grand-tante avec ça, regrette Violeta. Les autres n’ont pas les mêmes idées politiques. Ça ne les intéresse pas d’aller fouiller le passé. » Le pays reste profondément divisé face à cette mémoire. Une partie de la société refuse obstinément de faire l’examen de l’histoire... et refuse de laisser les autres le faire.

La mémoire est un marqueur politique de gauche, que brandit Pedro Sánchez, chef de file du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), grand parti historique de la gauche, avec la nouvelle loi. Son bord politique souhaite généralement rouvrir le débat. Particulièrement à la gauche du PSOE. Du centre à l’extrême, la droite y est généralement opposée. Elle adhère à un récit qui considère que l’ensemble de la population espagnole a été coupable de la guerre civile et parle très peu de la dictature, que certain·es vont jusqu’à légitimer. Ce récit est en partie issu du franquisme lui-même.


« Sociologiquement, le franquisme a toujours beaucoup de pouvoir. »

Sergio Gálvez Biesca

Outre les exhumations, le projet de loi affirme un droit à la justice pour les victimes et propose la création d’un parquet spécialement dédié à enquêter sur « les faits [...] qui constituent des violations de droits humains et du droit international humanitaire », selon le ministère. Le texte envisage également de revoir les programmes scolaires des équivalents espagnols des collèges et lycées. Il répète la volonté de garantir l’accès aux archives.

Mais, même si le texte est voté, ces mesures seront-t-elles appliquées un jour ? Aucun gouvernement, ni de droite ni de gauche, n’avait remis en cause le consensus de l’oubli avant le socialiste José Luis Zapatero. En 2007, l’équipe exécutive qu’il préside fait passer une loi sur la « mémoire historique ». Elle prévoit notamment que les administrations publiques doivent faciliter aux familles la localisation et l’identification des victimes et garantir l’accès aux archives. Mais ce changement de pied provoque une vive polémique. Surtout à droite, où l’on accuse les perdants de la guerre civile et de la dictature de vouloir leur revanche ou de rouvrir de vieilles blessures d’un pays où « nos grands-parents ont fait la paix ». Avec l’alternance politique, en 2012, la droite rend la loi inopérante.

À LIRE AUSSI En Espagne, Vox entretient le flou sur l’héritage du franquisme

Pourquoi tant de peine à enterrer le passé ?

« Le PP a été fondé par d’anciens dirigeants du régime de Franco, fait remarquer Sergio Gálvez Biesca. Ce parti n’a jamais condamné la dictature. » L’historien souligne également le fait qu’il n’y a pas eu de processus de purge dans les institutions à la fin de la dictature. Dans l’éducation, la justice, la police, ou l’armée, les franquistes sont encore très présents durant de nombreuses années après la transition. « Aujourd’hui, ils ne sont plus là. Mais il y a la seconde génération. Sociologiquement, le franquisme a toujours beaucoup de pouvoir. »

Photo : Emilio Silva Barrera, président et fondateur de l’ARMH. | Alban Elkaïm

« Nous avons connu vingt-deux ans de socialisme depuis 1978 », insiste pour sa part le président de l’ARMH. Pour lui, une grande partie des élites espagnoles actuelles se sont constituées durant le franquisme. « Qu’ils soient du PSOE ou du PP, nous sommes dirigés par les enfants de ces élites. Ils dissertent peut-être sur le sujet, mais aucun ne produit une quelconque législation qui puisse porter préjudice à leur classe sociale. »

Emilio Silva Barrera considère que cette attitude produit une culture politique qui ne comprend pas bien la démocratie. « La transition espagnole n’a pas posé de limite claire disant : “Voici jusqu’où nous pouvons aller dans une démocratie. Au-delà, ce n’est plus démocratique.” On ne peut pas se dire démocrate et justifier la dictature. »

Pour Sergio Gálvez Biesca, il y a urgence là aussi. « Nous assistons à l’essor électoral d’un discours politique à tendance fasciste. Ceux qui le prononcent mènent une guerre culturelle brutale qui nie les réalités de la dictature. Le négationnisme franquiste attente aux bases de l’état de droit et de la démocratie. »