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France : Les derniers mystères des attentats du 13 novembre 2015

samedi 14 novembre 2020, par siawi3

Source : https://www.marianne.net/societe/terrorisme/les-derniers-mysteres-des-attentats-du-13-novembre-2015?utm_source=nl_quotidienne&utm_medium=email&utm_campaign=20201113&xtor=EPR-1&_ope=eyJndWlkIjoiZWU1YTU1MWQyNmQzMmYxMmE0MzMyZDY4NmJjYmFiMmUifQ%3D%3D

Les derniers mystères des attentats du 13 novembre 2015
Cinq ans après

Par Laurent Valdiguié

Publié le 13/11/2020 à 7:00

Après cinq ans d’enquête, le procès du 13 novembre 2015 qui devait commencer en janvier a été reporté à septembre pour cause de Covid. Salah Abdeslam, le seul survivant du commando, parlera-t-il ? Pour les victimes, tant de questions restent sans réponse.

Cinq ans ce vendredi soir. Une soirée dont on se souvient encore de chaque minute. De ses bruits. De la folie de ces heures. Des silences d’une nuit interminable. « Une nuit de fer, une nuit de sang… » comme dans cette chanson sombre de Reggiani où les loups entrent dans Paris. C’était la nuit du Bataclan. La nuit des premiers kamikazes en France, aux abords du stade de Saint-Denis. La nuit du commando des terrasses, mitraillant à l’aveugle des tables de café. La nuit des 130 morts. 350 blessés. Et d’un nombre indéterminable de traumatismes parmi les vivants.

Cette nuit-là, Omar, vigile du stade de France, a repoussé un des kamikazes sans billet l’empêchant d’accéder au stade et évitant du même coup un carnage. Apprenant il y a quelques jours l’attaque terroriste de la cathédrale de Nice, Omar s’est effondré dans la rue et a dû être hospitalisé, de nouveau terrassé par les souvenirs de novembre 2015. « Cela reste très très dur pour les victimes, aujourd’hui encore », confie Me Samia Maktouf, son avocate, qui défend une trentaine de personnes parmi les 1765 parties civiles qui viendront demander des comptes lors du procès des terroristes. « Pour certains, même si cinq ans se sont écoulés, les blessures ne sont pas cicatrisées. Ils ne parviennent pas à dépasser cette douleur d’autant que chaque nouvel attentat vient raviver le traumatisme », ajoute Me Maktouf.
Un attentat manqué dans le 18e arrondissement de Paris ?

Prévue initialement en janvier prochain, l’audience a été reportée en septembre 2021 pour raison de Covid. Ils sont 20, dont quatre en fuite sous le coup de mandats d’arrêt, à être renvoyés devant la cour d’assises pour les attaques du 13 novembre 2015.

En tête, un des membres du commando, Salah Abdeslam. Le seul survivant des dix djihadistes du 13 novembre. Abdeslam a d’abord déposé les trois kamikazes du stade de France. Il a ensuite garé sa Clio dans le 18e arrondissement, à deux pas de la porte de Clignancourt avant de traverser Paris jusqu’à Montrouge, probablement en métro, où sa ceinture d’explosif a été retrouvée. Devait-il se faire exploser et le mécanisme de mise à feu de sa bombe, apparemment défaillant, l’en a-t-il empêché ? Ou a-t-il eu finalement eu peur, appelant des amis pour se faire rapatrier dans la nuit en Belgique ?

La question fait partie des milles inconnues du futur procès. Abdeslam parlera-t-il ? Lors de sa garde à vue en Belgique, en mars 2016, il a assuré qu’il était prévu qu’il se fasse sauter au stade de France mais qu’à la dernière minute, il y avait « renoncé » avant de se rendre directement à Montrouge. Pourtant, le communiqué de revendication de l’Etat Islamique situera un attentat qui n’a pas eu lieu... dans le 18e, là où il a garé la Clio. Ce qui rend probable l’hypothèse selon laquelle, il y a actionné sa ceinture en vain…

Abdeslam muré dans le silence

Devant les juges d’instruction, le terroriste de Molenbeek (filmé nuit et jour dans sa cellule de Fleury-Mérogis pour ne pas qu’il puisse se donner la mort) s’est muré dans le silence. Il n’a accepté de livrer quelques mots qu’à deux reprises, une fois pour dédouaner un comparse, une autre fois pour se lancer dans une diatribe contre le gouvernement d’Emmanuel Macron, le rôle de la France, et attester de ses convictions religieuses… Mais rien sur la nuit du 13 novembre.

Abdeslam reste une énigme. Né en 1989 en Belgique, de parents franco-marocain, ce jeune « traine savate » au passé de délinquant et à la réputation de fêtard, longtemps fumeur de stups, s’est radicalisé dans la banlieue de Bruxelles avec son frère Brahim, un autre membre du commando, et au contact de son chef présumé, Abdelhamid Abaaoud…

L’enquête établit qu’Abaaoud et Brahim Abdeslam, sont partis en Syrie début 2015. Puis que Salah Abdeslam s’est rendu en Grèce en voiture à l’été 2015. Probablement pour rapatrier d’autres terroristes. En quelques semaines, Abdeslam, en logisticien du commando, loue des voitures, achemine des djihadistes depuis la Hongrie et l’Allemagne. L’enquête montre aussi qu’il achète du matériel pour confectionner les explosifs dans un magasin de feux d’artifices, qu’il loue un appartement d’Alfortville qui servira de base arrière…

Le 12 novembre 2015, venant de Belgique avec d’autres terroristes, dans ce que les juges appellent « le convoi de la mort », Salah Abdeslam rejoint un pavillon à Bobigny, loué pour la circonstance. C’est là, avec les autres, qu’il reçoit sa ceinture d’explosif… Mais lui seul sait tout de la suite.

Le document de 348 pages rédigé par les juges et renvoyant les 20 terroristes devant la cour d’assises spéciale résume l’enquête colossale et décortique les épisodes dramatiques de la nuit du 13 novembre, jusqu’à l’assaut donné par la suite à l’immeuble de Saint-Denis où Abaaoud et son dernier complice se sont réfugiés. « Il y a encore beaucoup de choses inconnues, analyse Me Maktouf. Les familles et les victimes attendent de ce futur procès des réponses à leurs questions, et voudront savoir pourquoi cet attentat à grande échelle n’a pas pu être évité… »

Le rôle capital d’un commissaire et de son chauffeur

A la barre, viendront probablement témoigner pour la première fois en public deux héros anonymes de cette nuit tragique. Dans la synthèse des juges d’instruction, il est fait mention du rôle d’un « commissaire de la Bac et de son chauffeur ». Leurs noms de sont pas mentionnés et les deux hommes fuient la presse depuis 5 ans. Le commissaire ne s’est exprimé qu’à une seule reprise, anonymement. Mais leur rôle et leur sang froid, cette nuit du 13 novembre, a permis de sauver de nombreuses vies.

Quand ils entendent qu’une attaque est en cours au Bataclan, les deux policiers n’hésitent pas. Des militaires de sentinelles, pourtant équipés de fusil mitrailleurs, ont refusé d’intervenir. Mais eux, avec leur seule arme de poing, pénètrent dans le couloir de la salle de spectacle dont l’air est saturé d’odeur de poudre. Il est 21h56. L’attaque a commencé à 21h47. Les deux policiers aperçoivent des corps joncher le sol.

Très exactement 44 personnes ont trouvé la mort dans la seule fosse du Bataclan. Debout sur la partie gauche de la scène un des trois terroristes pointe sa kalachnikov en direction d’un homme et le met en joue. Les deux policiers tirent aussitôt à six reprises. Samy Amimour s’effondre, déchiqueté par sa ceinture d’explosifs. Les deux fonctionnaires essuient alors des tirs des deux autres djihadistes, qui les visent depuis le premier étage. Persuadés qu’ils vont y laisser la vie, que les deux terroristes lourdement armés vont venir les traquer, les deux policiers s’abritent. Ils appellent leur femme pour leur dire adieu. Mais à l’étage, les deux djihadistes, estimant à tort qu’une opération a déjà commencé, s’enferment avec un groupe d’otages. Quand la BRI donnera effectivement l’assaut, à 0h18, il ne fera miraculeusement aucune victime supplémentaire.

De fait, grâce à l’intervention des deux policiers de la BAC, le carnage du Bataclan s’est arrêté à 21h56. Sans eux, il aurait pu durer deux heures de plus…