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Algérie : Pour - une loi cadre de lutte effective contre les violences faites aux femmes – la levée des réserves à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations envers les femmes (CEDAW) – des lois civiles égalitaires

mercredi 25 novembre 2020, par siawi3

Source : AFEPEC, 25 novembre 2020

Journée internationale contre les violences faites aux femmes

Pour
- une loi cadre de lutte effective contre les violences faites aux femmes
– la levée des réserves à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations envers les femmes (CEDAW)
–des lois civiles égalitaires

Le 25 novembre, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes que l’AFEPEC marque depuis 1996, intervient cette année dans un contexte particulièrement difficile, dangereux et porteur de grands risques.
La révolte populaire pacifique des Algériennes et Algériens pour leur dignité se poursuivait lorsqu’une crise sanitaire sans précédent a frappé le monde entier et notre pays. Des femmes qu’on a voulu invisibiliser ont contribué à maintenir l’Algérie en vie. Comme dans toutes les crises, ce sont elles et notamment les plus vulnérables qui sont les premières victimes.

Les inégalités sociales entre les femmes et les hommes se sont accrues.
Les violences qui sont identifiées comme prévalentes et les plus graves ont pris de l’ampleur.
Elles continuent à s’exercer dans l’espace privé et l’espace public avec de graves conséquences sur les femmes, sur leurs enfants et sur la société toute entière. Plus de 39 féminicides ont été commis cette année sans compter l’omerta qui prévaut généralement pour ces assassinats que favorise la domination masculine toute puissante dans notre société.

Si les dispositions criminalisant les violences conjugales intégrées en 2015 au code pénal ont constitué un progrès, des clauses telles que celle du pardon, les rendent presque caduques. Ces dispositions n’ont été accompagnées d’aucun texte ni mesure d’application concrète permettant la protection effective des femmes victimes de ces violences et de leurs enfants.

L’ampleur des cas de violences fait que les quelques actions entreprises par des associations des droits des femmes restent limitées et la protection des femmes violentées est inexistante.

Cette situation n’a aucune perspective de solution en dehors de la mise en place d’une loi cadre de lutte effective contre ces violences et de la levée des réserves émises par l’Algérie à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations envers les femmes (CEDAW), en raison de l’islam religion d’Etat. Ces deux mesures peuvent se concrétiser si la revendication de lois civiles égalitaires est portée par tou-te-s les démocrates de notre pays.

Cette revendication vise la remise en cause fondamentale des rapports de domination masculine, des rapports de pouvoir des hommes sur les femmes, des rapports sociaux construits historiquement et profondément ancrés dans la société comme étant des rapports« innés », « naturels », elle implique également le transfert de la religion et de la foi, du champ de l’idéologie politique vers le champ du religieux et du privé.

La question du statut des femmes constitue un enjeu décisif dans la mobilisation populaire dans notre pays et dont les femmes sont partie prenante. L’AFEPEC y a pris sa part avec le carré féministe dès le 8 mars 2019 et la revendication de lois civiles égalitaires.
Aucune issue n’est envisageable sans la citoyenneté pleine et entière des femmes et l’égalité entre les femmes et les hommes. Les démocrates doivent porter ces valeurs démocratiques incontournables et non négociables.
Une issue par le compromis ne peut pas être un consensus autour du déni des droits des femmes à la citoyenneté et à l’égalité. Tout compromis doit se construire sur la garantie de lois civiles égalitaires et de la citoyenneté pleine et entière des femmes.

Des progrès ont été enregistrés ces dernières années grâce aux réseaux sociaux et à la presse qui ont permis de rendre visibles les féminicides. Cette médiatisation contribue à la prise de conscience de ces réalités amères, à l’indignation collective et à l’évolution des mentalités en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Il y a une résistance grandissante aux pratiques sexistes et discriminatoires subies quotidiennement par les femmes et les filles. La récente intervention salutaire et citoyenne de cette maman d’Oran qui n’a pas accepté que l’école abrite une milice morale imposant aux filles une manière de s’habiller, de se coiffer et d’être en est un bel exemple. Que l’acte ignoble de ce chef d’établissement soit dénoncé et l’action de cette maman qui ne s’est pas résignée soit médiatisée est utile et contribue à faire avancer le combat en faveur de l’égalité entre les filles et les garçons, entre les femmes et les hommes.

Cette journée est également l’occasion de rappeler combien est pesant le silence de l’histoire sur les contributions des femmes restées invisibles.Parmi toutes les femmes ayant grandement contribué à la construction de l’Algérie et qui nous ont quitté-e-s récemment, l’AFEPEC rend hommage à quatre d’entre elles et à travers elles à toutes les autres femmes. Qu’elles reposent en paix.

Lila Mehdaoui,psychologue enseignante à l’université d’Oran, très appréciée par ses étudiant-e-s et ses collègues. Sa bienveillance, sa gentillesse, sa bonté, sa disponibilité, sa générosité, sa droiture et son intégrité intellectuelle sont rares. Une femme d’exception. Elle a accompagné durant 14 années l’AFEPEC dans la formation des jeunes, filles et garçons à la citoyenneté pleine et entière des femmes, à l’égalité entre les femmes et les hommes et contre les violences faites aux femmes. Elle a assuré bénévolement le suivi psychologique de femmes en difficulté et victimes de discriminations diverses. Elle s’est proposée en 2015 d’assurer bénévolement le suivi psychologique de la jeune femme migrante camerounaise violée par sept hommes. Elle a contribué à l’élaboration du projet de l’observatoire des violences faites aux femmes que l’AFEPEC a tenté d’initier en 2016. Elle s’est investie pleinement auprès de l’AFEPEC et de ses militantes dans les moments les plus difficiles « sans être militante » comme elle aimait le rappeler. Lila s’investissait sans compter, sa contribution discrète et efficace était capitale.

Leila Ferhat, l’artiste, la peintre, la créatrice. En 2007, elle participa bénévolement, avec sérieux et rigueur au jury du concours de la meilleure œuvre (dessin et caricature) organisé par l’AFEPEC sur les violences faites aux femmes.

Rabéa Sellami, la patriote, la résistante au terrorisme islamiste. Le meilleur hommage que nous pourrions rendre à notre héroïne Rabéa est de poursuivre notre combat féministe anti-islamiste et contre le système en place.

Fatiha Bénali, médecin, docteure en anatomie pathologique, a exercé sa profession avec compétence et empathie à l’écoute et proche des plus démuni-e-s qu’elle soutenait sans faille.

AFEPEC,

Oran, le 24 novembre 2020