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France : Etre Institutrice à l’Ecole du Petit Bard à Montpellier : 1998-2013

mardi 1er décembre 2020, par siawi3

Source : siawi.org

30.11.20

Isabelle Dupouy-Greteau

Le petit bard

Lorsque je suis arrivée, en septembre 1998 à l’école du Petit Bard, en charge d’une classe de CP, la population scolaire était essentiellement d’origine marocaine. Il y avait quelques Français dit de souche, de milieu très modeste et quelques enfants des familles gitanes du quartier.

Je suis restée dans cette école, 15 ans, jusqu’au moment de prendre ma retraite en 2013 et j’ai enseigné dans toutes les classes de l’école primaire sauf la classe de CM2.
Au fil de ces quinze années, l’école s’est transformé en ghetto et lorsque je l’ai quittée, il n’y avait plus que des enfants issus de l’immigration.

Ces enfants émigrés, étaient pour la plupart originaire du Rif au Maroc, de familles très pauvres, a-culturées ne parlant pas l’ arabe, et bien sur pas du tout le français. Certains élèves étaient là clandestinement, embarqués par un oncle, une tante ou un cousin, le plus souvent nantis eux- même d’une famille, parfois nombreuse, et leur condition de vie pouvaient être très difficile, loin de leurs parents, de leurs frères et sœurs et pas toujours bienvenus dans les familles qui les accueillaient.. Ils se retrouvaient dans une classe de CE1, à un âge qui pouvait être relativement avancé. Et pour la plupart, c’était la première fois de leur vie qu’ils mettaient le pied dans une école.

Je me souviens qu’en ,1998, les mamans qui venaient à la sortie de l’école récupérer leurs enfants et qui portaient le voile étaient en nette minorité, elles se comptaient sur les doigts d’une main,

Je me souviens qu’en 2013, le décor avait complètement changé et c’est celles qui ne portaient pas de voile que l’on pouvait compter sur les doigts d’une main,

Je me souviens de ce père d’une petite fille de CP refusant de serrer la main de la maîtresse de sa fille,

je me souviens de cette maman, qui vivant seule avec ses deux filles et travaillant comme femme de chambre dans un hôtel m’a raconté un jour qu’elle subissait des brimades – poubelles devant ses fenêtres… et des insultes de la part des hommes du quartier qui trouvaient que son mode de vie était incompatible avec leurs valeurs – notamment le fait de vivre, de travailler et d’élever ses filles seules, de ne jamais porter de voile, d’être habillée à l’occidentale. …

Je me souviens de ces élèves refusant de visiter la cathédrale de Maguelone au prétexte que ils n’en avaient pas le droit et que ce serait un péché,
Je me souviens aussi de ces mêmes élèves visitant la cathédrale de Maguelone et ayant oublié leurs réticences jouant entre les pierres tombales comme les enfants qu’ils étaient, et de celui qui, triomphant arrive en courant vers moi, hurlant ; « maîtresse, j’ai trouvé un os ! « fier d’avoir contribué à la recherche du site de fouilles archéologiques,

Je me souviens de la table de la salle de repos des professeurs croulant sous les plats de gâteaux du ramadan en 1998 et de cette même table 15 ans après quasiment vide,

Je me souviens de ces élèves partant en classe de découvertes avec leur professeur et apportant dans leur bagages un tapis de prières ce qu’ils ne faisaient pas auparavant,

je me souviens de ces parents exigeant que les enfants mangent hallal alors qu’auparavant ils leur suffisait d’être sûrs qu’ils ne mangeaient pas de porc, mais il est vrai que cela faisait déjà longtemps que la cantine ne servait plus de porc !

Je me souviens de cette maîtresse de l’école d’à côté me racontant qu’un de ces élèves s’était levé brusquement en classe et l’avait apostrophé de la sorte : « pourquoi est ce qu’on devrait croire ce que vous nous dites ! »,

Je me souviens de ce petit garçon de ma classe de CM1, bon élève, montrant des signes de fatigue pendant le mois de ramadan et qui m’explique qu’il va tous les soirs à la mosquée à 23 heures pour assister aux causeries de l’imam réservé aux enfants,

Je me souviens de beaucoup d’autres choses, des bonnes comme des moins bonnes mais ce dont je me souviens bien c’est que nous, les professeurs de ces écoles, nous sentions, nous savions que les choses changeaient dans ces quartiers….